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Les carabistouilles de pépé John - septembre 2019

Soumis par Olaerts Johnny le 1 September 2009

Les dimanches de beau temps, le long de la rive gauche de la Meuse en face des rochers, il y avait du monde. Et nous, les habitués des lieux, on se posait la question: «mais qu'est-ce qu'ils ont à être là toute la journée!!»
Les mauvaises langues vous diront «En Flandre, il y a le zoo d'Anvers, en Wallonie, il y a les rochers de Freyr.» Il y a bien de temps en temps un grimpeur qui baissait son pantalon (l'encordement se faisait autour de la taille) en chantant (doux Jésus) des chansons paillardes, surtout quand le bateau mouche passait.
Quelques vols de-ci, de-là, des engueulades (de la rive gauche on entend distinctement les grimpeurs), et je ne sais pas qui a eu l'idée, je pense que ce fut collectif, d'organiser un spectacle pour ces braves gens, mais quoi!!!
Grand Guy avait bien proposé une course cycliste? Des grimpeurs déguisés en coureurs cyclistes, grimper le mérinos, vélo sur l'épaule, avec buvette au relais, ambiance kermesse et commentaire sportif, etc....
Mais finalement ce qui fit l'unanimité, c'est de provoquer un accident, une belle chute, bien sanglante. Comme personne n'était volontaire pour jouer le rôle de la victime, il a fallu fabriquer un mannequin. Une salopette bourrée de paille qu'on laisse dépasser aux extrémités et auxquelles on ficelle casque gants et grosses chaussures, de dos et de loin, c'était parfait.
Des dalles en hauteur bien visibles avec une traversée et un endroit pour cacher le mannequin. Le Zig-Zag dans l'Al leigne avec la niche de la Directe pour planquer le mannequin, c'est l'idéal. L'ambulance: 2 grandes croix rouges collées sur les portières avant de la camionnette blanche de Jean-Michel O. — des petits rideaux blanc aux fenêtres sur le côté feront l'affaire. Des caches poussières blancs et un stéthoscope autour du cou transforme Jean Michel en docteur et sa femme et une copine en infirmières. Pour attirer le chaland, la présumée victime doit avoir un organe puissant; Hélène B.!! avec elle on est certain de l'entendre jusqu'à Anseremme, et pour être certain d'avoir du monde, deux grimpeurs seront envoyés sur la rive gauche pour faire la retape, deux grimpeurs ayant la langue bien pendue, et pour faire bonne mesure, un francophone et un flamand Marc B.
Le samedi d'un week-end bien ensoleillé, on prépare tout. Dimanche matin très tôt, Jacques C. descend le mannequin dans la niche. On gonfle le dinghy qui servira à traverser le blessé d'une rive à l'autre. On veille qu'aucune cordée ne grimpe dans le secteur compris entre le Spigolo et la Directe. On attend que la foule soit là pour frapper les trois coups ou plutôt que la cordée de trois grimpeurs puisse partir. Au fur et à mesure que la cordée s'élève, la

voix d'Hélène va crescendo. Sur la rive gauche les 2 compères chauffent l'ambiance. Arrivé à la niche, le mannequin prend la place d'Hélène qui continue à donner de la voix et au milieu du Zig-Zag, un petit coup sec et c'est le grand saut du mannequin, accompagné du cri déchirant d'Hélène à faire se dresser les cheveux sur la tête! Du grand art!!
Aussitôt sur le plateau, c'est l'effervescence. Grand Guy part avec un groupe vers le haut de l'Al Leigne, Jean-Michel 0 saute dans son ambulance suivi de Johnny dans sa méhari (petite jeep décapotable en polyester) qui emmène deux plongeurs équipés de combinaisons et palmes, sur le siège avant Jean-Claude Debels qui, de sa grosse voix, engueule les conducteurs trop lents, à fond la caisse par Hastière pour arriver rive gauche et observer en haut de l'Al Leigne une petite dizaine de grimpeurs descendre en rappel ainsi que Grand Guy équipé d'un porte-voix, diriger et commenter les opérations de sauvetage. Les deux plongeurs se jettent à l'eau et ramènent en dinghy le blessé, plus vrai que nature car c'est Roland B, qui dans la vie est comédien, en salopette déchirée, taché de rouge, la figure bien ensanglantée! Heureusement que Jean-Claude Debels et d'autres faisaient reculer le badaud car à moins d'un mètre le blessé puait le ketchup.
Les week-ends suivants, il n'y a jamais eu autant de monde sur la rive gauche!!?!

Cette histoire se déroule à une époque où la TV n'était pas encore dans tous les foyers, les programmes ne commençaient que tard dans la soirée et les autoroutes pratiquement inexistantes.