Aller au contenu principal

News falaises - Baffin expé CAB RCT

Soumis par Favresse Olivier le mar, 18/08/2009 - 00:00

Notre super plan de dépose de matériel ayant échoué, la seule manière d’atteindre notre objectif, grimper Asgard, était d’énormément marcher.

Avec 45 jours de bouffe et pas moins de 400 kg de chargement, nous voilà déposés par un petit bateau au fond du fjord de Pagnirtung. Déjà, on peut apercevoir au loin une multitude de big walls annonçant qu’on ne s‘est pas trompé de destination. Il est tard, mais nous sommes tellement excités de découvrir la vallée que nous nous mettons en route chargés comme des mulets. D’ailleurs, qu’est ce que ça signifie tard ici puisqu’il n’y a pas de nuit??? Très vite, nous remarquerons que tout est beaucoup plus grand que ce que nous estimons. Au bout de 2h de marche, en se retournant, nous remarquons que notre point de départ est juste là, à peine dernière nous. On a l’impression de marcher sur un énorme tapis roulant face à un magnifique poster qui ne change jamais !
Au bout d’une marche interminable, nous installons notre premier camp de base dans un endroit paradisiaque parsemé de petits lacs. On est au milieu d’un énorme champ de blocs déposés sur un matelas de toundra mou. Tout autour de nous, une multitude de parois vierges et attirantes nous attendent. Au bout de quelques jours de travail de forçats avec nos gros sacs, nous ne pouvons plus retenir notre excitation et devons grimper quelque chose ! Nous nous séparons en 2 teams et le choix est difficile parmi toutes les parois autour, nous en ciblons 2.

Sean et Steph grimperont le mur vierge de Tirokwa Peak en terminant une voie australienne inachevée. Olivier et Nico feront la première ascension d’une aiguille sans nom au pied du mont Odin.
Les deux voies de ± 800 m ont été ouvertes dans un style parfait : à vue, dans un push de 24h et en clean (sans laisser aucune trace de passage).
La voie de Nico et Oli sera baptisée « Le bic rouge d’Odin » et la voie de Steph et Sean "chocolate boomerang".

Après cette bonne mise en bouche, nous nous sentons revitalisés pour porter notre lourd fardeau en direction de notre objectif principal « Asgard ». Au total 60 km nous sépare de celui-ci, et 3 allers-retours seront nécessaires pour acheminer toute notre quincaillerie au pied de ce monolithe parfait. Il fait très beau pour le moment mais pour combien de temps ???

Au bout de 3 semaines de mulage intensif, on est enfin arrivé. La beauté d’Asgard est bien au-dessus de nos espérances et la météo est toujours avec nous !
Après une première reconnaissance légère dans 2 voies d’artif existantes, « Inukshuk » sur la tour nord et la « Bavarian » sur la tour sud, nous décidons de mettre beaucoup de notre énergie pour tenter la « Bavarian » en portaledge.

Sylvia Vidal, une grimpeuse de Catalunya, experte en solo artif extrême, est notre invitée surprise. Nous l’avions déjà rencontré lors de notre trip au Pakistan où elle avait passé plus de 20 jours seule en parois! Pour nous, grimpeur de libre, avoir une grimpeuse d’artif dans notre équipe sera une expérience intéressante. On pourra probablement apprendre beaucoup de chose ! Et de plus, elle possède un portaledge ! Nos plans originaux, pour être plus léger, étaient de grimper avec un seul portaledge pour 4 et de prendre avec nous 2 hamacs très légers. Maintenant un seul d’entre nous devra dormir dans un hamac…

Le jour J a sonné, il est 2h du mat et personne n’a su dormir de la nuit. On était trop excité.
Nous profitons de la fraîcheur matinale pour grimper avec nos derniers sacs, les 300 m de glace menant au pied de la face.
Arrivés en haut, une grosse avalanche de glace et de caillou lessive le couloir juste là où on était 30 secondes avant !! Une bouffée de frissons d’adrénaline nous réveille tel un expresso au Tabasco. On l’a échappé belle !

La face est impressionnante, lisse et verticale !
Les premières longueurs sont très intenses et dans un style Freyr sans fissure.
L’itinéraire est complexe et seulement quelques plaquettes et rivets ont été laissés par les ouvreurs. Une escalade engagée où même un microscope n’aurait pas été de refus pour trouver les micro-pieds. Le granit est orange et d’une qualité exceptionnelle ! Le reste de la voie suit une ligne de fines fissures majeures dans une face lisse. La plupart des longueurs combinent de la très belle escalade en fissure avec des cruxs à réglettes pour joindre un système de fissure à un autre.
Tous les soirs, nous jouons à « pierre papier ciseau » pour décider qui va dormir dans le hamac. Mais ce soir n’est pas un soir comme les autres car demain, si la météo le permet, on tentera le sommet. Le suspense du jeu est intense et chacun y joue très sérieusement comme si une véritable stratégie existait. Résultat de la compétition, c’est Stéphane qui va dormir dans le hamac. C’est comme ça, ce sont les règles du jeu…

Le lendemain, au bout de 10 longueurs extraordinaires, il est 2h du mat et nous voilà au sommet ! La vue est splendide et l’endroit est lunaire.
Le sol est plat comme si un géant avait coupé le haut de la tour d’un coup de sabre.
Il n’y a pas de vent et c’est tellement grand qu’on pourrait y faire un match de foot.
Nous resterons là plus de 4h à profiter du lever du soleil et de la vue unique où nous pouvons observer une infinité de parois énormes à l’horizon.

De retour aux portaledges, après presque 24h d’effort, nous dévorons notre repas lyophilisé bien mérité. Il nous reste encore 3 jours d’autonomie pour faire les 4 longueurs qui nous manquent pour l’enchaînement complet de la voie en libre

Au bout de 11 jours en parois à grimper de nombreuses longueurs très intenses entre 7b et 7c, il reste une section de 2 m en traversée qui n’a pas été libérée. Une section très dure mais possible, probablement un peu trop dure pour nous surtout après 3 semaines de marche… L’itinéraire que nous avons suivi en libre ne suit pas exactement la voie ouverte à l’origine en artif. Nous avons grimpé ± 50% de la voie dans du terrain vierge. C’est pour cela que nous baptiserons notre variante la « Belgarian » pour mettre en valeur l’effort des « Bavariens » d’il y a 15 ans et celui des Belges.

Après quelques jours d’orgie alimentaire, de trempette et de jam-session avec accordéon, mandoline, flûte et percussion, nous voilà remis d’aplomb pour attaquer maintenant la tour nord en style alpin.

Sean et Stéph répètent la « Porter route » en 24 h de grimpe non-stop.
Une voie de 800 m très soutenue suivant une ligne de dièdres intimidants. Ils feront tous les deux toutes les longueurs à vue à l’exception de 3 longueurs faisables en libre mais qui nécessiteraient du travail.

Olivier et Nico ouvrent une nouvelle ligne sur la face nord-est de la tour nord.
Une voie soutenue de 1200 m qui suit une ligne de fissure d’une qualité exceptionnelle.
Tous deux enchaîneront les 24 longueurs à vue en 24 h de grimpe non-stop. La grimpe était assez intense (5.10/5.11) avec des passages délicats et engagés en dalle.

En bref, on a passé un super séjour de grimpe en terre de Baffin. La météo était extrêmement bonne avec des températures optimales pour la grimpe en libre.
En été, il n’y a pas de nuit à Baffin donc c’est le paradis des pushs alpins.
On devra certainement revenir, car ici il y a à grimper pour 1000 vies!
Olivier Favresse

CHAQUE RÊVE A UN PRIX : LE NÔTRE, GRIMPER EN TERRE DE BAFFIN, A NÉCESSITÉ 6 VOLS DIFFÉRENTS, 1H DE BATEAU ET 600 KM À PIED !

Mont Asgard, Terre de Baffin