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Pourquoi Saint-Jacques de Compostelle ?

Soumis par Olaerts Johnny le 30 August 2009

mais c’est peut-être le fait de mettre mes pas dans ceux des foules pèlerines du passé, peut-être aussi de traverser la France de haut en bas qui m’a poussé le samedi 8 août 2009 à partir de Bouillon, par un soleil resplendissant, à couper les Ardennes belges et françaises pour rejoindre à Rocroi le GR 654 qui me fera parcourir la Thiérache avec ses églises fortifiées et son paysage de bocage, et atteindre le canal des Ardennes. Ouf un peu de plat. À intervalles réguliers, je rencontre d’immenses silos à grains, dont je comprendrai l’utilité en quittant le canal pour croiser le grenier à blé de la France. Doux Jésus !! Une plaine à l’infini. Tout ce qui pousse et qui ne rapporte rien est rasé, place à la culture intensive. Le sol crayeux me renvoie un peu de chaleur car le soleil est toujours bien là ; heureusement j’ai mon parapluie ou plutôt parasoleil !! Ce qui ne m’empêche pas d’arriver un soir au gîte d’étape presque à quatre pattes, le thermomètre dans la journée ayant frisé les 40°. A travers les plaques et monuments des villages, je me rends compte que les combats de 14-18 ont été très durs ici.
Je retrouve le canal mais c’est celui de la Marne. Je ne sais pas ce que j’ai fait au Bon Dieu, mais la plupart du temps, l’ombre des arbres se trouve sur l’autre rive où bien entendu, il n’y a pas de chemin de halage. Arrivé à Reims le 14 août, je prendrai mon 1er jour de repos.
Je loge dans un pensionnat vide à cinq minutes à pied de la cathédrale **** (qui vaut largement le détour). Le 15 août, la ville est déserte, idéal pour la visiter.
Dimanche à huit heures, je quitte Reims. Dans une rue, à l’enseigne d’une pharmacie, le thermomètre digital affiche déjà 20°. Je rejoins mon canal où de nombreux joggeurs, marcheurs promenant leur chien m’accompagnent sur quelques kms. Puis c’est le calme plat, pas de péniche, ni de petit bateau pour briser la monotonie. Je découvre la marche méditative !!! Je quitte le canal après Châlons-sur-Marne. J’imaginais franchir d’immenses vignobles en Champagne, mais je ne croise que des petites parcelles à flanc de collines. Un paysan m’a expliqué que c’était très réglementé : plante pas qui veut où il veut.
A partir d’ici, le paysage est plus traditionnel (culture, prairie, bois) et l’habitat composé de maisons à colombages qu’on appelle « à pans de bois » dans la région de Der en Champagne. Les églises à « pan de bois » font partie d’un circuit touristique, la plus jolie se trouvant dans le village d’Outines où je suis invité par l’ancienne maire du village à un souper au champagne (pour soutenir le moral du pèlerin).
A Brienne-le-château, où Napoléon a été à l’école militaire, son souvenir y reste très tenace et est bien exploité par le syndicat d’initiative. Je ne dirai surtout pas que j’habite Waterloo !!
Passage par Chablis et son vin blanc – très bon pour le moral – jolie petite ville en plein milieu des vignobles.
Le jeudi 27 août, j’aperçois dans le lointain la cathédrale de Vézelay en haut d’une colline ; ce sera mon 2ème jour de repos. Vézelay est un des départs officiels du chemin de Saint-Jacques qu’a tracé la chrétienté médiévale (l’Unesco l’a placé au patrimoine de l’humanité et dans la plupart des villages et villes une plaque le rappelle). Lieu de rencontre des pèlerins venus des pays de l’Est, Allemands, Hollandais, Belges et Français du nord. Je continue vers le Puy-en-Velay, c’est un détour mais le parc naturel du Morvan et d’Auvergne m’attire.
Passé Vézelay, les cultures et pâturages font place aux forêts et dénivelées. Certaines parties du trajet me laissent en mémoire les chemins les plus terribles de tout le parcours (pire que le GR20 en corse). Les lacets, connais pas, droits dans la pente, idem dans les descentes, parfois sur des dizaines de km avec pour conséquence que l’eau y ravine à plaisir, et comme si ça ne suffisait pas, par endroits, de la bonne grosse caillasse. En fin de journée, en arrivant au village de Dun-le-vieux, et en sentant sous ma semelle le macadam, j’ai failli m’agenouiller pour l’embrasser.

Je laisse la forêt et ses grands lacs pour les pâturages d’un coin de Bourgogne. Ici, c’est la race charolaise qui domine, du costaud. Pétard ! Quelles belles bestioles, mais alors complètement ahuries, à nous voir elles en oublient de manger et dans leurs yeux on peut lire : « qu’est-ce que c’est que cette bestiole avec une grosse bosse sur le dos ? ». Pas de barbelé pour entourer l’exploitation, du bois et du bon. Je n’ai pas vu de ranch, mais des manoirs ou petits châteaux. J’ai un peu accéléré le pas, des fois qu’on se demande qui c’est, ce traîne-savate, ce manant sur nos terres !! Et que je finisse dans un cul de basses fosses. Plus loin, beaucoup plus loin les exploitations étaient plus traditionnelles, quoi que !
Dans la descente pour arriver au village de Bert, alors qu’un panneau indique que la pente s’incline à 14°, je vois une petite vieille dans une chaise roulante remonter cette pente. Aussitôt je dépose mon sac et me précipite pour l’aider, pour m’entendre dire : « ça va gamin !! Je n’ai pas besoin d’aide » J’en suis resté comme deux ronds de flanc.
Au seul bistrot restaurant du village (c’est un miracle dans un si petit village d’avoir encore un bistrot) tenu par des belges (pas de bière ici, mais un petit vin du pays, du tonnerre, toujours pour soigner le moral), on me dira que la petite vieille est âgée de 84 ans, habite une maison en haut du village et a toujours refusé de l’aide (j’espère que quelqu’un vérifie bien ses freins). Au dessus de Lavoûte-sur-Loire, en débouchant après une rude montée sur la crête, j’ai le bonheur de découvrir un panorama des monts d’Auvergne encore enveloppé d’un peu de brume et de soleil, c’est splendide (merci la nature pour ce cadeau).
Arrivé au Puy en Velay, un choc. La ville se trouve dans une cuvette et je suis au bord. Le Puy et l’entité de l’Aiguille, du fait de l’extension immobilière, ne forment plus qu’un ensemble et c’est grand, très grand. Le seul moyen d’y descendre, c’est une route sinueuse avec de chaque côté le mur des propriétés, pas de trottoir, un vendredi à 16h00, heure de pointe, bonjour l’ambiance ; après un mois de presque solitude, le bruit du trafic me fait flipper. J’ai bien essayé quelques petites rues qui descendaient, mais qui finissaient toutes en cul de sac ! Et c’est en serrant les fesses tout en récitant le Notre Père, le Salut Marie et tutti quanti que je me résigne à descendre par la route et suivant les virages, aller une fois à droite, une fois à gauche. Presque vers la fin de la descente, alléluia mes frères, un trottoir et le miracle du GR qui m’emmène par des petites ruelles dans la vieille ville, îlot de tranquillité, où je suis hébergé dans un couvent. Ce sera mon troisième jour de repos.
Puy en Velay, un autre départ officiel du chemin de Saint-Jacques, où je trouve qu’il y a beaucoup de monde, et il paraît que ce n’est rien à côté des mois entre mai et août. C’est le chemin de ceux qui partent de la Suisse. A voir le nombre de gîtes et de chambres d’hôtes sur le chemin, je n’en doute pas, mais beaucoup ne font le chemin que jusqu’à Conques ou Figeac. De solitaire, je passe à une ambiance de groupe, qui a son charme aussi. L’avantage de partir d’ici est que je ne devrai plus me soucier des trois problèmes depuis la Belgique, c’est à dire trouver de l’eau, des gîtes d’étape et des magasins. Les pompes à eau, épiceries, boulangeries et bistrot cela n’existe plus ; parfois j’ai eu l’impression et je ne suis pas le seul, de traverser des villages abandonnés ou habités uniquement par des vieux !!
Je traverse les forêts du Gevaudan où la bête a sévi, grand chien dressé à tuer par un psychopathe (voir le film « le pacte des loups ») où comme le prétend certain officiel politique et historien de la région, un grand loup !! En tout cas, tout profit pour le tourisme et les commerçants qui ont mis la bête à toutes les sauces.
La Margeride, vaste espace désert et silencieux avec des fermes massives construites en granit et chapeautées d’une toiture en lauze de micaschiste. Un paysan, qui menait son troupeau de 180 brebis en pâturage, ne trouve personne pour reprendre son troupeau (avis aux amateurs, vie saine au grand air et tranquillité assurée). Il prend sa retraite l’an prochain et s’il vend ses brebis sur pied on lui donne 7 € par tête.
La spécialité des bûcherons du coin c’est la sculpture sur bois, cela va d’un Saint Jacques sculpté dans le fût d’un arbre jusqu’à une sculpture complexe et impressionnante d’une seule pièce dans un énorme arbre à la sortie de St Alban sur Limagnole.
L’Aubrac. On m’a tant parlé de la beauté des paysages qu’en débouchant sur le plateau (entre 1200 et 1469 m) je suis en plein brouillard, et entre deux murets de pierres sèches qui me servent de fil d’Ariane, je prie tous les saints du paradis et d’ailleurs pour que ces murets ne s’arrêtent pas brutalement parce qu’alors je serais mal barré. Vers 10h00, je devine le soleil à travers le brouillard qui commence doucement à se lever, à partir en lambeaux grâce à la brise, je vois des formes se déplacer entre ombre et lumière, que je devine être du bétail. C’est un moment magique et je comprends que rumeurs, légendes et superstitions se bousculent ici. D’ailleurs, ne suis-je pas passé à côté du « moulin de la folle » ? Je découvre le plateau de l’Aubrac, hérissé de grosses bosses dont certaines ressemblent à de l’obésité ; pas de haies, mais des murets de pierres sèches qui serpentent sur des kms et des kms, les arbres se comptent facilement sur une main, pays de vent que rien ne contredit. L’hiver, ça ne doit pas rigoler ici. Pour l’instant, le soleil brille dans un ciel d’un bleu limpide et donne un éclat particulier aux pâturages, c’est splendide. Contrairement aux vaches charolaises, blasé sans doute, le troupeau de vaches brunes d’Aubrac aux beaux yeux charbonneux reste totalement indifférent aux marcheurs. Je traverse de très jolis villages médiévaux (St Côme – D’Olt – Espalion et Estaing) mais Conques en est le fleuron, bâti à flanc de colline dans une vallée boisée, avec son abbatiale dont le tympan est une BD représentant le jugement dernier sculpté dans la pierre.
Fatigue accumulée plus certainement autre chose, cocktail dangereux, mon genou gauche siffle la fin de la récréation. Je prends deux jours de repos et repart pour 25 kms. J’arrive à Figeac à une allure d’escargot. Il reste ± mille km jusqu’à Compostelle, mais j’ai la ferme intention de continuer l’année prochaine.
Parti randonneur, à l’arrivée à Figeac, je ne dirais pas que je suis tombé dans la marmite spirituelle. J’ai fait de grandes randonnées beaucoup plus dures physiquement, mais ce chemin a quelque chose de spécial. Est-ce la rencontre avec des gens simples mais avec un cœur gros comme ça ? De passer par des hauts lieux spirituels chrétiens, bien qu’un peu mécréant sur les bords, j’ai été souvent surpris par l’ouverture et la compréhension des chrétiens.
Johnny Olaerts

± 3.000 km à partir de Namur en passant par Vézelay et le Puy en Velay.
Je ne suis pas catholique, disons mi-croyant mi-mécréant,

Saint Jacques de compostelle