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Souvenirs d'escalades - 1950 Le spéléo Club de Belgique

Soumis par Lechat Jean-Marie le 1 December 2009

1950 : Le Spéléo Club de Belgique

A l'époque, la spéléo est un sport peu connu, initié par le français Martel, mais dominé ensuite par la figure de Norbert Casteret qui était plus un scientifique et un écrivain qu'un grand sportif. Ce sport ne commence vraiment à faire parler de lui en Belgique qu'à partir de 1952, lors de l'accident de Loubens gravement blessé d'abord, décédé ensuite, suite à une chute dans le puits du gouffre de la Pierre Saint-Martin, d'où on ne parvient pas à le remonter.
En Belgique, il y a quelques "locaux" qui descendent dans les grottes en élargissant les entrées, parfois à la dynamite. Et aussi des géologues comme Max Cosyns ou des passionnés d'archéologie recherchant de vieux os d'homme ou d'ours préhistorique comme à Goyet, des topographes dessinant les plans de ces espaces souterrains comme Vandersleyen, et aussi une petite équipe de "découvreurs", élèves du collège de Godinne qui vont nous donner trois noms de la spéléo belge : Jean-Pierre Van den Abeele, le chef pétulant de l'équipe, Bernard Magos un fou de cinéma et Didier de Bournonville, le plus discret mais aussi le plus sage des trois, grand bagueur de chauves-souris. S'ils se sont déjà retrouvés dès 1951 à la Pierre Saint- Martin, comme assistants de Max Cosyns professeur à l'ULB, leur terrain de jeu naturel se situe aux environs du collège de Godinne et particulièrement à Mont de Godinne. On n'y connaît alors que le trou d'Haquin gardé par une grille placée par le propriétaire M. de Gaiffier d'Hestroy. Les collégiens vont exploiter largement le trou Wéron que les fermiers du même nom connaissent bien puisque l'eau de leurs prairies s'y déverse. Mais l'entrée en est défendue par une "boîte aux lettres" qui ne manque pas d'oppresser ceux qui s'y aventurent.

Les collégiens font la découverte du trou de l'Eglise, au milieu du village et surtout du trou Bernard, record de Belgique de profondeur (120m.), dénommé ainsi en l'honneur de Bernard Magos. Par ailleurs, il y eut aussi à Lustin le trou de la Corde et celui du Renard au-dessus de Mont, mais l'ampleur de ces grottes ne valait pas les trois autres.

Ma parenthèse spéléologique ne vaut dans ces souvenirs que vu ses liens avec l'escalade.

Le premier lien c'est que Jean-Pierre Van den Abeele crée le Spéléo-Club de Belgique. Il réussit à convaincre les dirigeants du Club Alpin Belge que le Spéléo-Club de Belgique doit devenir une section du prestigieux CAB. Nous serons donc admis à nous réunir les lundis soir au siège du Club Alpin, alors situé au 139, rue de la Loi. L'occupation la plus prisée des membres du club est de passer sous les tables, de monter sur les armoires et de se glisser à travers les barreaux des chaises. Cela nous paraît le meilleur test pour recevoir les nouveaux membres du club et tester leur agilité. Je suis très maigre et juge que si ma tête passe quelque part, le reste peut suivre. Une jeune bruxelloise assidue de nos réunions m'avait affublé du sobriquet de "fleske Sidol", du nom de ce fin et haut cylindre métallique contenant un produit pour astiquer l'argenterie. Je me considère plus comme le "déménageur" du club car ma spécialité est, lors d'incidents d'aller rechercher le matériel après la fin des secours.

Un dimanche soir, alors que je rentre chez moi après une soirée dansante en smoking, je suis cueilli à mon retour par la Citroën de Spéléo-secours et ne peut prendre que ma salopette sans avoir le temps de me changer. Le sauvetage terminé au trou Bernard, l'équipe conduit l'accidenté à Sainte-Camille à Namur. Je reste seul pour récupérer les cordes et les échelles laissées dans les puits et ne ressort que vers 4 heures du matin. Il n'y a plus personne et je dois réussir à ouvrir la grange des Wéron pour pouvoir y passer le reste de la nuit. Le matin, vers dix heures, Monsieur Wéron me découvre dormant dans son foin. Son épouse, une charmante vieille dame, me sert un bon déjeuner et me laisse ensuite faire du stop vers Bruxelles. Jusqu'à Namur les automobilistes me prennent pour un croupier du Casino cherchant à rejoindre son job. Mais ensuite sur la route de Bruxelles, mon smoking fait sensation autant que le lourd sac kaki où je transporte les cordes et les échelles récupérées. Je serai payé de ce travail par l'accueil que je reçois le soir même au Club, où l'équipe de Spéléo-secours raconte ses exploits laissant entendre que le matériel du club, prêté au groupe accidenté, est perdu.

Extrait des carnets de souvenir de Jean Marie Lechat, 2009

Après ses premiers pas en escalade à l’aiguille du Paradou, Jean-Marie Lechat nous raconte son escapade en spéléologie à une époque où tout n’était que découverte et invention.