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Trekking au Manaslu - Pisang Peak 2me partie

Soumis par Deramée Edouard le mar, 16/10/2001 - 00:00

Dans la dernière édition de Par Monts & Par Vaux nous avions abandonné les membres de l'équipe au début de leur trek au tour du Manaslu.
Entretemps, Lambert Martin et Yves Raymaekers nous ont offert une superbe présentation de leurs dias à tous et ont donc défloré quelque peu la suite de leurs aventures.
Tout le monde n'a évidemment pas pu assister à cette soirée. C'est pourquoi nous voudrions convaincre Lambert de la refaire, maintenant que l'immense travail préparatoire a été effectué. Nous espérons qu'à la lecture de la suite du récit pour serez avides d'en voir ou d'en revoir les images. A bientôt donc pour une nouvelle soirée de projection. Lundi 22 octobre : Barpak - Laprak.
Nous déjeunons sur la place du village, dominée par le Boudha Himal, 6000 mètres de toute beauté, et c'est à regret que nous nous arrachons à la vue de ce splendide sommet : nous avons à gravir quelques centaines de marches qui nous mèneront à un col, à 2900m d'altitude. Plusieurs villageois s'affairent à dépecer leur boeuf ; la traversée du village nous a réservé la surprise de cette préparation de tète, dont nous ne ferons pas partie, malheureusement.. En trois heures, 900 mètres de dénivelée sont avalés et la halte sur un petit plateau nous permet d'apprécier le spectacle grandiose offert par le Shringi Himal et la chaîne des Ganesh, dont 1`extrémité, dixit Lambert, n'est autre que le Paldor, ou quelques uns d 'entre nous sont allés en 1999.
C'est la descente sur Laprak, le village du petit Mukti. Nous en atteignons l'école vers 15h00 et y installons le camp les enfants accourent et Jean-Mi en profite pour nous distiller quelques tours de passe-passe. Après quelques moments de repos, nous descen-dons au village, impressionnant par ses alignements de toitures en bardeaux séparés par des ruelles étroites . Avides de voir le fils de Gorgon et sa maman, nous arrivons à la maison de 1 ' aïeule, qui nous accueille en nous offrant le thé et des pommes de terre en chemise, salées et parfumées au cumin . Bien sûr, tout le village nous a escortés dans notre quête : il est peu courant de croiser des Européens ici et ils ont deviné sans doute la raison de notre visite ; la maman est aux champs et nous rejoindra plus tard ; la grand-mère, très fière de son petit-fils, le présente à tout le groupe réuni. Monique lui apporte quelques cadeaux, principalement des vêtements, mais aussi des jouets. Cependant, assez intimidé et réveillé un peu trop tôt à son goût, il devient un peu grincheux et nous prenons congé de lui. Merci à Nil et à l'instituteur du village qui nous ont servi d’interprète au village gurung .Shangra a trouvé du fromage et nous a préparé une délicieuse pizza. Après le souper, arrive la mère du petit qui vient nous saluer. Monique se charge de lui donner notre contribution à l'éducation de son fils ; elle semble rassurée d'apprendre de vive voix qu'elle bénéficiera d'une pension annuelle, pour la scolarité de Mukti. C'est la fète ce soir : à la lueur des lampes « Coleman » des sherpas, les jeunes nous offrent des danses et des chansons folkloriques dans une ambiance bon enfant, et c'est de bon coeur que nous « participons « al 'embellissement du village et de son école . Jean-Mi, à la grande joie des habitants, nous a gratifiés d'un spectacle de magie. Les enfants (et les adultes) sont subjugués.
Mardi 23 octobre : Laprak - Khoria Bensi.
Aujourd'hui, au menu, descente vertigineuse : 1650 mètres pour 350 mètres de montée, pour rejoindre le lit de la Budhi Gandaki . Traversée d'adieu à Laprak et nous nous retrouvons à travers champs de millet et de sarrasin sur le chemin qui descend au pont qui enjambe la Machha Khola Le plancher en est assez vétuste et c'est assez rassurés que nous reprenons contact avec le sentier, maintenant à flanc de coteau De joyeuses cas-cades qui le traversent en agrémentent le parcours. Mais l'humidité, surtout lorsqu'on se rapproche de la plaine, augmente nos chances d'accueillir ces hôtes célèbres autant qu'indésirables que sont les sangsues. Charlie, toujours légèrement vêtu, s'en apercevra à ses dépens : tout à coup, une sensation quasi imperceptible lui fait découvrir une grosse tache rouge, il est déjà trop tard . Un peu de sel et il se débarasse de l'importun. En chemin, nous aurons le bonheur d'apercevoir quelques bandes de singes assez paisibles.
L'après-midi, la pluie est de la partie, rendant la descente de plus en plus glissante. Peu d'entre nous arriveront à la rivière sans avoir chuté, parfois douloureusement, sur les pierres humides des terrasses qui jalonnent les pentes. Le camping au bord de la Budhi Gandaki, est allongé et assez étroit, et nous devons le partager avec plusieurs groupes, Les tendeurs vont quelque peu s'entremêler ce soir. Surprise : une équipe de notre agence est arrivée avec une partie des bagages manquants. Cependant, Yves et Marthe s'aperçoivent que leurs vivres de course et du matériel de montagne manquent à l'appel : nous rendons le matériel de location aux porteurs qui repartent vers Kathmandu, ainsi qu'un message pour récupérer ce qui manque à l'étape de Pisang . Nous sommes à 1000 mètres d'altitude. Mercredi 24 octobre : Khorla Bensi - Jagat. Longeant la rivière, nous arrivons en face d'un gigantesque éboulement barrant partiellement la vallée, provoquant une inondation des rives non loin de Tato Pani que nous rejoignons sans encombre. Tato Pani signifie eaux chaudes ; ce sont quelques suintements d'eaux thermales le long des parois rocheuses calcaires, où les mousses prolifèrent. Une fontaine donne à plusieurs d'entre nous l'occasion de se laver le cheveux. Traversant le cours d'eau, nous remontons à nouveau les pentes ; le temps s'est remis et il fait chaud. Après une courte mais solide montée, nous découvrons le staff des cuisiniers sur un petit plateau bien ensoleillé, propice à la sieste. Repus et reposés, nous redescendons à la rivière, enchâssée dans les graviers qui envahissent une vallée s'élargissant entre des parois abruptes, au passage d'un torrent que nous allons franchir sur un pont en mauvais état. Les porteurs ont préféré passer à gué pour nous rejoindre un peu plus loin : plus sûr. La vallée se resserre ensuite pour s'évaser à nouveau avant d'arriver à Jagat, remarquable de propreté et dont l'artère principale est entièrement dallée. Nous sommes au « check point » du tour du Manaslu. Le ton monte au son des djembés de nos porteurs et leurs chants invitent à la danse : Francesca et Annick entament une petite fête improvisée, où bientôt se retrouve le gros de la troupe{ ne me faites pas dire ... }Tout à coup, Marc, qui a compris le sourire un peu gêné d'Arzul, notre « officier », s'en empare et le plante au beau milieu du groupe. Cette fois il a compris qu'il était adopté ; c'est un plaisir de le voir danser avec nous. Jeudi 25 octobre : Jagat - Dzeng. Insensiblement, nous remontons la vallée, traversant plusieurs villages, passant d'une rive à l'autre du torrent par des ponts parfois assez « tordus » et curieusement inclinés, preuve que la montée des eaux peut parfois sérieusement endommager ces ouvrages.
La Budhi Gandaki, après Nyak, se transforme peu à peu en torrent, érodant artistement ses flancs calcaires et les gros blocs qui l'encombrent. C'est par des bois assez touffus que nous atteignons Dieng, petit hameau de trois ou quatre maisons de pierre, perché à 1900 mètres d'altitude. Le bâtiment principal est un « lodge », réquisitionné par les cuisiniers ; nous camperons non loin dans un chaMp fraîchement moissonné au bout duquel Philippe a repéré un chôrten qu'il s'en va admirer. Les indigènes sont plutôt de type tibétain. De jeunes enfants vêtus de robes de bure, le visage et les mains noirs de crasse, viennent voir le camp ; nous leur offrons des bonbons ; quant à Jean-Pierre, sa spécialité c'est les ballons, qu'il distribue dans chaque village.
Ce soir, nous sommes proches de la frontière, que nous allons longer jusqu'au Larkhia .Pass, parfois à moins de dix kilomètres, raison principale de la présence de notre officier de liaison, qui est là pour nous surveiller.
Vendredi 26 octobre : Dzeng -Namrung.
Vers midi, nous arrivons sur une grande terrasse ensoleillée, dont les champs pour la plupart déjà moissonnés se garnissent de faisceaux de paille. Nous franchissons un chôrtèn-portail, aux peintures intérieures vivement colorées de scènes de la vie de Boudha..
A l'extérieur, on peut admirer quelques jolies sculptures de « manis » • ce sont des inscriptions en népali : « om mani padme om, oh joyau dans la fleur de lotus »
Les habitants du hameau viennent agrémenter le déjeuner ; il sont très curieux du fonctionnement des jumelles ou des appareils photographiques. Mais les sherpas nous ont dit qu'ici, nous devons nous méfier des vols. Nil, notre sirdar, est plutôt attiré par les jeunes filles, auxquelles il adresse parfois quelques « marlboros » bien sentis, que la pudeur nous empêche de traduire. Les sherpas nous ont appris quelques mots qu'à notre tour nous leur traduisions en wallon. « Zam zam », c'est :« en route » ; chez nous on dit :« on est stévol ». Quant à bistaré, nous pourrions le comparer à l'expression « à s'n aise ». Ne vous étonnez pas si un jour vous entendez des porteurs prononcer ces mots là au beau milieu d'une vallée perdue du Népal.
Nous repassons dans les bois l'après-midi, pour rejoindre Namrung, à 2600 mètres d'altitude.Samedi 27 octobre : Namrung - Syala. Nous sortons des bois dans une vallée qui s'élargit très fort faisant place à des champs dorés de céréales et à des étendues de buissons rouge vif à rouge fauve : les berberis. Les pentes sud sont garnies de sapins et de mélèzes jaunissants. Les prairies brûlées, à l'herbe rase, participent à cette symphonie des couleurs que vient enfin couronner le blanc étincelant des neiges éternelles. Lihi, nous pénétrons dans le sanctuaire du Manaslu.
Les villages ici, prennent un caractère religieux, jalonnés de gompas et de chapelles, imprégnés de la sérénité des lieux. Sa, Lho, ici, tout devient sujet à prière ou recueillement. Les murs de « manis » s'étirent dans la vallée. L'or enjolive les flèches pointées vers la montagne. Aujourd'hui, nous regrettons de n'en avoir pas profité pleinement : nous les occidentaux, avons toujours un train à prendre, une bouilloire sur le feu, un travail à terminer, des délais à respecter...
Nous repartons à l'assaut des sentiers abrupts, parcourus par des « dzôs » chargés comme des « boeufs »(un dzô est un yack croisé et domestiqué), dont les clochettes animent les bois de sapins. La pente est de plus en plus abrupte, il fait chaud ; enfin nous débouchons sur un plateau, à 3400 mètres d'altitude. Syala : son camping, son estaminet, ses échoppes, ses scieries artisanales et son éclairage public, tout cela au beau milieu d'une forêt déjà fort clairsemée par les coupes. Déjà le soleil disparaît derrière la montagne ; il va geler cette nuit, l'eau de la fontaine est très froide et on parvient difficilement à se réchauffer après avoir tant transpiré. La solution, certains l'ont trouvée au pub : tapis de sol et tabourets bas autour de l'âtre enfumé, rakhi (la boisson habituelle des porteurs et sherpas) ou thé rance chauffé au feu de bois, cognac chinois servis par la j6une tenancière que Nil tente ostensiblement de séduire. Dimanche 28 et lundi 29 octobre : Syala - Stundo.
Quittons la forêt, pour des paysages plus clairsemés et plus ensoleillés aussi. Le paysage est plus aride : steppe à l'herbe rase broutée par quelques yaks paisibles, cernée de part et d'autre par les montagnes. Nous longeons de grands murs de « manis », par la gauche, évidemment, visitons une pittoresque chapelle, dont l'entrée est cernée de bouses mises à sécher au soleil. Petite halte près d'un grand thÔrtén ; on fait le plein de rire grâce à Jean-Michel et Na qui se sont affublés d'os de yack pour s'en faire des masques et danser.
A midi nous retrouvons l'équipe des cuisiniers abritée derrière un mur de pierres, car le vent s'est levé. Des botteresses transportant qui des fagots de bois, qui des bouses de yack, croisent notre halte. Une petite vieille s'approche et vient nous proposer bijoux et poignards. Après la pause, des bergers nous initient au maniement de leur fouet lance-pierres. La plaine se termine au pied d'une moraine assez pentue que nous devons gravir pour arriver à l'étape de Samdo, 3800 mètres d'altitude. Yves, terrassé par la fatigue et un début d'angine, s'affale dans la première tente venue. Quelques tentes sont en très mauvais état et Lambert décide de confier une des tentes de montagne aux soins d'Yves et Marthe. Edouard et Claire vont désormais aussi camper dans leur tente. Le lendemain est jour de repos et d'acclimatation. Hubert et Jean-Pierre, les « badzés »(grands¬pères),s' en donnent à coeur joie sur les collines ; ils sont souvent les premiers sur les chemins et les plus fringants. D'autres visitent le village et ses habitations, curieux de la façon de vivre de leurs habitants.
Mardi 30 octobre : Samdo - Dharmasala.
A la croisée des chemins menant au Tibet et au col de Larkhia, nous trouvons des marchands de bibelots et les touristes que nous sommes les assaillent comme des mouches. Annick et Francesca adorent les bijoux. Nous pouvons revoir à nouveau le Manaslu, un moment caché par de plus modestes montagnes, Nous bouclons l'étape sur des pentes morainiques à l'herbe rase pour rallier Dharmasala, altitude 4460 mètres.
Cet établissement consiste en un unique bâtiment de pierres, refuge pour les porteurs et la cuisine. Il fait froid ce soir et la neige fait son apparition ; les nuages ont envahi la vallée.
Demain, le grand jour.
Mercredi 31 octobre : Dharmasala - Larkhia Pass- Bimtang.
Des discussions très animées n'ont pas pu départager les spécialistes ès altimétrie. Le géoïde n'est pas suffisamment précis pour l'altitude donnée par le gps et après plusieurs jours sans pouvoir se recaler sur des repères fixes, les altimètres ne sont pas non plus au mieux de leur précision. Nous sommes finalement tombés d'accord pour dire qu'à plus ou moins cent mètres près, l'altitude du col est de 5200 mètres.
Lever à trois heures, départ à quatre heures ce matin. Les sherpas craignent que. le vent se lève et les porteurs ont reçu un équipement spécial : pantalon et veste coupe-vent, chaussures. Monique n'est pas en forme , elle prendra un cheval. Certaines se taperont de solides migraines, d'autres manquant de calories (c'est de la faute d'Yves) auront un fameux passage à vide, mais tous s'accrochent opiniâtrement. Les drapeaux à prières apparaissent, tels des mirages dans ce désert lunaire de blocs et de cailloux, mais ce n'est qu'arrivés au petit lac gelé que nous distinguons enfin les tissus annonçant l'arrivée à la passe, face au Larkhia Peak. On se requinque un peu, avant de poser fièrement pour la photo de groupe (Arzul et Serge compris). Chapeau aussi, pour les porteurs et l'équipe des cuisiniers. Fourbus mais heureux, nous descendons l'interminable vallée morainique dont la pente finale nous gratifie d'une splendide vue sur le Manaslu et ses satellites, dominant le petit hameau de Bimtang, situé à 3600 mètres d'altitude.
Ce soir nous fêtons l'anniversaire d'Edouard, Shangra nous a confectionné un délicieux gâteau et Arzul nous chante un de ses poèmes, empreint de mélancolie, car sa mission s'achève bientôt.
A suivre Edouard Deramée et Yves Raymaeker

Dans la dernière édition de Par Monts & Par Vaux nous avions abandonné les membres de l'équipe au début de leur trek au tour du Manaslu.

Tour du Manaslu