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Trekking au Manaslu - Pisang Peak suite et fin

Soumis par Raymaekers Yves le mar, 30/10/2001 - 00:00

 Dans l'édition du mois de juin, il nous a été raconté comment notre vaillante équipe avait franchi sans gros problème le "Larkhia Pass", 5200 mètres d'altitude.
Au cours du trekking, Lambert, Jean-Mi et quelques-uns parmi ceux qui désiraient gravir le Pisang Peak ont planché sur la possibilité de grappiller un voire deux jours sur le programme de randonnée. Nous n'en avons pu gagner qu'un, ce qui nous a malgré tout permis de souffler un peu. Ce fut bien utile car tout le monde était fatigué.
Ainsi donc, nous n'avions droit qu'à quatre jours pour notre sommet. Quant à ceux qui ne désiraient pas continuer, il était convenu qu'ils nous quitteraient au village de Pisang, après une dernière nuit passée ensemble. Ils redescendraient alors "à s'n aise" vers Kathmandu
SUITE ET FIN DU RECIT
Jeudi 1er novembre : Bimtang - Tiliche En ce début de matinée, nos photographes amateurs mitraillent les splendides sommets qui s'offrent à nos regards : Manaslu, Phungi, North Peak _Peu à peu, nous quittons le domaine minéral pour entrer dans la forêt de sapins, majestueuse, festonnée de guirlandes de mousse. Réapparaissent aussi les rhododendrons, avant de faire la place, dans l'après-midi, aux prairies et aux champs. Aujourd'hui, les Sherpas nous ont fait goûter un peu de "tsampa": farine d'orge que l'on mélange généralement avec du thé rance.
Vendredi 2 novembre : Tiliche - Darapani Chame
Darapani : C'est là que nous établissons la connection avec le tour des Annapurnas. Arzul, notre officier de liaison, nous laisse à regret après une dernière photo du groupe au complet. Nous allons à présent suivre la rivière Marsyandi. Les villages sont bien achalandés, et les lodges fleurissent un peu partout. Nous croisons fréquemment des caravanes de mules; les touristes ,dans cette vallée, sont évidemment plus nombreux qu'au Manaslu, et nous sommes un peu tristes d'avoir abandonné sa sauvagerie et sa tranquillité. Chame, check point pour le "trekking permit" des Annapurnas : ses lodges, ses magasins de vêtements, sa banque...retour à la civilisation. Nous allons boire une "San
Miguel" au bistrot du coin; Serge, assez joyeux et très bavard, a peut-être abusé du "rabbi"; Charlie veille au grain (sans jeu de mots). Après le souper, Mingma et Nil font parler les djembés : les porteurs dansent, les trekkeurs tapent dans les mains, y a de l'ambiance, on ne pense plus au lendemain. Samedi 3 novembre : Chamé Pisang (3050m)
Nous sommes maintenant en pays manangi. La vallée se resserre et nous cheminons sur un sentier creusé à même la roche sur quelques centaines de mètres; c'est assez impressionnant. Plus loin, à la croisée d'un ruisseau nous pouvons admirer un moulin à prières vivement coloré, actionné par l'eau. A midi, déjeuner à la terrasse ensoleillée d'un petit lodge. Edouard, en entrant, a vu pendre de la viande séchée à l'intérieur. Curieux, il demande à Nil de nous la faire goûter cuite a l'huile et pimentée, c'est délicieux I Avant d'arriver à Pisang, nous longeons une immense dalle de schiste, incurvée et suffisamment inclinée pour donner des démangeaisons à Lambert et Yves.
Les ponts en rondins dans cette vallée sont assez pittoresques. Nous en franchissons un à l'arrivée à Pisang. Derrière le lodge où s'établit la cuisine, nous installons les tentes sur un terrain
Yves et Marthe ont la surprise de retrouver leur valise en aluminium, en même temps que le matériel qui leur manquait, vivres de courses et vêtements de rechange. Elle est arrivée ici avec les porteurs qui accompagnent Lakhpa, notre sherpa d'altitude. Le souper est un peu mélancolique, car demain, nous formerons deux groupes. Marc et Francesca, Michel et Annick, Monique, Marthe et Albert vont rentrer sagement et tranquillement à Kathmandu. Les autres continuent l'aventure.
Dimanche 4 novembre : Camp de base (4200m) Au petit matin, le passage inopiné d'une vachette dans le camp achève définitivement l'une de nos tentes de trekking, déjà fort délabrée. Helst de rire général.
Serge est malade mais décide de partir quand même. Les quelques mille mètres de dénivelée sont avalés en un peu plus de trois heures. Au passage, nous pouvons admirer le vieux village et son monastère, aux toits dorés et embrumés, enchâssés dans un écrin de prairies rases et fauves parsemées de berberis rutilants.
Décidément très malade, Serge redescend dans la vallée. A 3800 mètres, nous rejoignons une large crête alors que disparaît peu à peu la forêt de sapins. Après avoir dépassé des chôrtens, surmontés de drapeaux à prières dansant au' gré du vent, nous rejoignons le plateau du camp sous les rafales. De l'autre côté de la vallée, la dominant de leur superbe : les Annapurna 2 et 3. Tandis qu'à l'ouest, on aperçoit Manang et son champ d'aviation, ainsi que les Chulus qui lui font face. Le vent a forci et les tentes collectives sont montées avec difficulté. Il se calmera dans la soirée avant qu'il ne se mette à neiger.
Lundi 5 novembre : Camp d'altitude (5200m) et retour au camp de base
L'arrivée du soleil sur les tentes saupoudrées de neige est immortalisée par les lève-tôt.. Dès la montée cependant, le vent se lève et, le ciel se couvre à nouveau.. L'acclimatation est au point, mais nous ne sommes pas assez reposés. Fatigués, Edouard et Claire, bientôt rejoints par Babeth, redescendent. Quant à Christian, il s'est offert un jour de farniente avant de monter demain. Les autres rejoignent les schistes délités de l'arête sud-ouest, et établissent le camp d'altitude ,d'où la vue plonge de deux mille mètres vers Pisang. Nous nous attardons quelques instants, le temps d'admirer notre sommet tant convoité. 11 est recouvert d'un dôme de neige d'où émergent les schistes de l'arête, jusqu'à trois cents mètres de la cime. La descente, est assez rapide, les sacs sont vides.
Mardi 6 novembre : Camp d'altitude
Jean-Pierre et Hubert en tête, comme d'habitude, la caravane s'ébranle pour la tentative finale. A l'arrivée aux tentes, le soleil est de la partie et les scénarios les plus optimistes s'échafaudent. Quelques-uns d'entre nous partent en reconnaissance sur l'arête. La roche n'est pas de très bonne qualité, les plaques de schiste se délitent parfois d'une simple traction de la main, mais la crête est aisée à parcourir. Entre-temps, les Sherpas sont montés pour installer des cordes fixes, au-dessus de la grande plaque de neige dure, dans les rochers situés sous le sommet. Le Pisang Peak semble alors à notre portée. Cependant, vers la fin de l'après-midi, reviennent les nuages et bientôt le vent. Yves s'est fait un plaisir de faire goûter à tout le monde son fabuleux potage au pemmican, mais l'appétit n'est pas féroce et il faut garder de la place pour le vrai souper. En effet, une équipe de cuisiniers nous a accompagnés et a monté sur l'arête la tente-cuisine.
Lambert avait emmené des walkie-talkie dans ses bagages, ce qui nous a permis d'établir une vacation radio. Dernière vérification, dernier lestage des tendeurs, et nous rentrons dormir. La nuit n'est pas de tout repos. Le vent va souffler en tempête jusqu'au petit matin et la neige s'est remise à tomber. Les tentes encaissent parfois de solides rafales. Mercredi 7 novembre : Tentative avortée. Pas de chance : au cours de la nuit, la tente-cuisine s'est effondrée et les cuisiniers n'ont pu que se réfugier dans la tente des Sherpas, en attendant que les choses se calment. Dormir assis les uns contre les autres n'a pas du être, pour eux, chose aisée Miracle : vers trois heures arrive Lakhpa avec la soupe. Mais il n'est pas très optimiste et tout le monde se recouche. Enfin, vers cinq heures, il revient à la charge, nous demander de nous préparer. En effet, le calme est revenu, et vers six heures, tout le monde est plus ou moins prêt à partir. Les conditions ont bien changé : avec une couche d'environ dix centimètres de neige qui recouvre tout, la roche est beaucoup plus glissante et nous cache traîtreusement ses défauts, entraînant une progression très lente. Nous mettrons à peu près deux heures pour parcourir sur l'arête, ce que certains ont grimpé le jour précédent en quarante minutes. Déjà, Charlie, qui a très mal dormi, a abandonné; Christian et Jean-Michel jettent ensuite le gant, estimant les conditions trop dangereuses, alors que Lakhpa , pour établir le dernier relais, a coincé son piolet sous une grosse plaque de schiste après l'avoir décollée. Philippe et Marianne aussi, décident de redescendre, laissant à leurs doutes les derniers mousquetaires (ils sont réellement quatre), les ''badzés"(grands-pères), soit Hubert, Jean-Pierre, Lambert et Yves.
Mingma et Lakhpa sont toujours en forme, prêts à continuer, alors que Nil, notre Sirdar, n'est plus très fringant. Quittant l'arête, nous remontons la grande plaque de neige, pour rejoindre les rochers supérieurs. Mais nous ne sommes pas seuls : déjà, une autre équipe s'est lancée dans la dernière paroi de schiste. Tout à coup, lè dernier de l'équipe fait tomber des parpaings dans la pente, après avoir un peu maladroitement pendulé dans les cordes fixes. Nous sommes un peu estomaqués. Il est passé dix heures, le ciel est gris plombé, et il se remet à neiger. Lambert consulte son altimètre : 5700m. "Il reste près de quatre cents mètres à parcourir, dit-il, est-il vraiment raisonnable de continuer ?"
Nous sommes tous d'accord : il faut abandonner. Mingma et Lakhpa acquiescent à regret. La mort dans l'âme, sachant que nous n'avons pas droit à une autre tentative, nous redescendons. Par la suite, nous apprendrons que ce jour-là, personne n'est arrivé au sommet. Nous rejoignons les drapeaux à prière du début de l'arête, et après quelques minutes de répit, remballons le matériel et démontons les tentes. Les derniers atteignent le camp de base vers treize heures. Celui-ci est déjà démonté : la tempête de cette nuit a grandement facilité le démontage. Shangra nous attendait avec un bon potage, loué soit-il. Mais il est temps de terminer le démontage de la tente d'Yves et Christian, les derniers à remballer, avant de repartir pour le village. Vers quinze heures, tous sont en bas, rassemblés au camp, passablement fatigués. Comble de la vexation, le ciel s'est dégagé et le soleil brille.
Agréable consolation : Monique nous avait réservé un cubitainer de vin rouge pour ce soir ainsi qu'une fondue au fromage que nous dégusterons avec des pommes de terre nouvelles : un régal.
Du jeudi 8 novembre au dimanche 11 novembre : Descente vers Beshishar
En trois jours à peine, nous rejoindrons Beshishar, début de la route carrossable où nous attend le bus qui va ramener tout le monde, porteurs et Sherpas compris, à Kathmandu. Le vendredi aura été la journée la plus harassante pour tous avec arrivée au camp en début de nuit. Les porteurs étant fourbus, nous avons monté les tentes à la lueur des lampes frontales, pendant que les Sherpas battaient le rappel des plus fatigués. Le dernier soir, à Khudi, aurait dû être une fête, mais vu la fatigue générale, nous n'avons pas eu droit aux chants et danses habituels, qui normalement couronnent la fin d'un trekking. Les primes et cadeaux offerts n'étaient-ils pas suffisants?...Ou bien la déception de l'échec du sommet ?.....
Mais le dernier soir, à Kathmandu, pour nos retrouvailles avec le reste de la troupe, nous avons eu droit au souper traditionnel au "Thamel House'', avec les Sherpas...et Arzul, notre sympathique officier de liaison!
Merci à Monique et Lambert pour l'organisation du voyage, ainsi qu'à NiI, notre sirdar, et toute l'équipe des Sherpas.
• A l'heure actuelle, nous savons que les Népalais vivent dans l'incertitude du lendemain. Espérons que les choses se clarifient bientôt... Car nous reviendrons... Si Dieu le veut.

Yves RAYMAEKERS et Edouard DERAMEE

Chronique d'une tentative avortée par manque de (beau) temps ou la lin d'une belle aventure.

Pisang Peak