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Les carabistouilles de pépé John - juin 2011

Soumis par Olaerts Johnny le 3 June 2011

Georges Neuray et son compagnon de cordée sont au pied du Rocher Bayard ; il est 5h00 du matin, le jour commence à se lever et pas un chat à l’horizon. C’est parfait, escalader le Bayard est interdit par la commune (c’est toujours d’actualité) et sous l’occupation allemande, cela ne rigole pas si l’on veut transgresser la loi !!
Il y a bien une compagnie de soldats allemands casernés à un jus de chique du rocher, mais bon, à cette heure, ils doivent encore rêver à des stratégies de bataille et au führer.
Bien que de rares clous soient en place, pour éviter le bruit de la ferraille, ils décident d’utiliser des cordelettes comme protection, et en une demi-heure l’affaire est dans le sac.
Au moment de poser le rappel, ils entendent le bruit de moteur de camions et les voient sortir de la caserne et se diriger vers Dinant, donc vers le rocher. Le sommet n’est pas très large et plutôt pointu, mais « en se penchant d’un côté et en tournant progressivement, nous passerons inaperçus » pensent-ils. Des clous !!
Les camions s’arrêtent au pied du rocher. Un officier sort de la cabine du premier camion, regarde vers la crête, fait sortir les soldats des camions et les aligne comme à la parade face au rocher. Là, Georges sent que c’est cuit, et tout en entamant son rappel, il ne peut arrêter les pensées qui lui traversent la tête. Mille tonnerres, que vont dire les parents, et l’amende sera certainement salée… vision apocalyptique de la prison… enfin, les soldats alignés comme cela, ils ne vont tout de même pas nous fusiller comme espion ou terroriste ?! Arrivés en bas, malgré le temps frais, Georges n’a plus un poil de sec quand son compagnon le rejoint. L’officier allemand, un grand sec moustachu, s’avance vers eux et s’arrête à un mètre : « Vous êtes formidables et très courageux, je vous félicite » puis s’adressant aux soldats alignés : « prenez exemple sur leur courage et leur témérité, ils n’ont pas hésité à se lever très tôt pour gravir ce pic ». Enfin après avoir salué les deux grimpeurs ahuris, il fait demi-tour ; tous les soldats remontent dans les camions et s’en vont.
A peine le cul du dernier camion a t’il passé le coin de la rue, que nos deux compères ont mis la plus grande distance entre eux et le rocher. Leur chance était d’être tombés sur un admirateur de l’escalade.

- photo 1 Camille Fontaine et Réné Godin après l’ascension du rocher Bayard à Dinant
- photo de G .Neuray

Juillet 1943

Rocher Bayard, Dinant