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Est-ce que ce monde est sérieux ?

Soumis par Thelen Jean-Luc le sam, 10/01/2009 - 23:00

nous sommes enfin prêts à rentrer dans la ville saccagée. Mon genou gauche n’est pas du même avis.
Nous avons choisi de rentrer par la partie sud de la ville pour éviter les check points. Deux jours de marche dans le désert seront encore nécessaires. Au loin, jour et nuit, le bruit des canons et des avions.
Au petit matin, Hassan, notre cuistot, et Omar, notre guide depuis le début du voyage nous quittent avec nos bagages. Nous ne les reverrons plus (Hassan et Omar, mais nos bagages seront bien à l’hôtel à notre arrivée, même celui de Jean-Pierre).
Nous continuons avec Souleiman. Il ne reste à Lambert qu’un jour pour apprendre à compter jusqu’à dix en arabe. Depuis longtemps, on a perdu tout espoir de lui apprendre les jours de la semaine et les saisons.
Premier objectif, le tombeau du prophète Aaron, frère de Moïse (eh oui, Moïse avait un frère, revoyez vos classiques). Du sommet, on a une vue 360° sur le désert. Souleiman observe aux jumelles. Tout semble calme mais au loin toujours les canons et les avions.
On descend enfin vers la ville. Aux premiers camps de réfugiés, quelques tentes près d’un point d’eau, Souleiman et son âne Théophile (surnom qu’on lui a donné vu son amour pour les restes de thé de son maître) nous quittent. Inutile de leur faire prendre plus de risques.
Ici une parenthèse : pour un thé mode bédouin, prendre un verre de sucre rempli à ras bord, 2 verres d’eau, ajouter un peu de thé, servir chaud. Nous ne sommes pas parvenus à savoir si l’âne aimait le thé, ou si c’était le sucre qui l’intéressait. Théophile n’était pas du genre bavard.
On tourne à gauche, Souleiman à droite, un dernier signe de la main. A partir de maintenant, c’est Lambert qui sera notre guide. Peut-on lui faire confiance? Qu’est ce qu’il connaît aux mines antipersonnel? D’accord, il a passé une partie de sa vie sous terre. Mais il y a une différence entre un gouffre et une mine. Pourtant, il a l’air sûr de lui, mais Babeth ne dit rien. Cela m’inquiète. Heureusement, une dernière petite côte et Lambert nous signale que lorsqu’on apercevra l’obélisque, on sera à l’entrée de la ville. Babeth précise qu’il s’agit d’une simple colonne. Ouf les choses reprennent leur place. Cette fois c’est Babeth qui marque le point. 87 pour Lambert – 93 pour Babeth. Cela ressemble de plus en plus à un match de basket. Depuis une semaine, je ne me rappelle pas qu’ils soient tombés une seule fois d’accord sur le chemin à suivre. Si l’un dit à droite, l’autre dit à gauche et vice-versa. Malgré tout, nous ne nous sommes pas encore perdus.
Nous traversons un premier village abandonné. Un serpent sur le toit d’une maison et quelques poules qui s’enfuient à notre approche. Et là, je me pose cette question existentielle : « Y a-t-il des vers de terre dans le sable, et si oui, peut on encore parler de vers de terre ?»
Une dernière butte et les premières ruines. Plus rien ne tient debout. Il ne reste de la rue commerçante que des colonnes à l’équilibre instable. Ici et là, quelques enfants tentent de vendre ce qu’ils ont pu sauver du massacre, morceaux de poterie, cailloux et cartes postales.
On passe devant l’ancien stade de football. Tribunes désertes. Terrain impraticable. On continue à remonter la vallée et juste après un tournant, le choc. Indiana Jones et la dernière croisade. Harrisson Ford à la recherche du Saint Graal. Mais alors ? Nous sommes à Petra devant la Khazneh et pas à Gaza. Mais je n’ai pas rêvé, le bruit du canon et les avions étaient bien réels.
Comment ?
200 km plus à l’ouest.
Ah bon ! C’est un peu comme si j’étais à la mer, insouciant, à faire trempette et qu’à Huy, Anne Marie, retranchée dans la centrale nucléaire, menaçait de tout faire sauter.
J’ai toujours mal au genou, mais je suis content qu’il tienne encore à ma jambe et ma jambe au reste du corps et qu’en ce dernier, mon cœur continue de battre. Quand je pense que notre principale préoccupation était de savoir si l’eau de la douche serait chaude ce soir là.
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Khaled aussi connu sous le nom de Jean-Luc Thelen
Merci à Babeth et à Lambert de nous avoir permis de vivre cette aventure.
Merci à Gaëlle et à Jean-Pierre de nous avoir aidés à la vivre pleinement.
Merci à Marianne d’être là quand je ne sais plus où je suis.

Après une semaine d’entraînement genre para-commando dans le désert du Wadi Rum, dans les traces de Lawrence d’Arabie et sous les ordres de Lambert (nom de code « Ali »),

Pétra