Aller au contenu principal

Ile de la Réunion, Cirque de Mafate

Soumis par Bivoit Pierre le 4 March 2007

...celui du Piton des Neiges, éteint depuis 30 000 ans. L'érosion a créé sur ses flancs trois cirques disposés en feuille de trèfle. D'un diamètre approximatif de 15 km, ils sont tous habités. Le cirque de Mafate, situé au Nord-est, n'est pas relié à la route et les hameaux, qu'on appelle « les îlets », ne sont accessibles qu'aux randonneurs. On y vit de la culture, et de l'accueil des touristes.

L'érosion a créé sur ses flancs trois cirques disposés en feuille de trèfle. D'un diamètre approximatif de 15 km, ils sont tous habités. Le cirque de Mafate, situé au Nord-est, n'est pas relié à la route et les hameaux, qu'on appelle « les îlets », ne sont accessibles qu'aux randonneurs. On y vit de la culture, et de l'accueil des touristes.

Vendredi midi
Pour accéder à Mafate, j’ai choisi de partir de « Dos d’Ane » en dépit de son éloignement. Car le village domine le cirque de 600m, que je vais devoir parcourir à l’aller comme au retour. L’entrée habituelle se fait par la Rivière des Galets, en louant sa place dans un quatre-quatre qui assure des rotations plus ou moins régulières.Comme souvent, le sentier débute entre les maisons dans un couloir grillagé qui sert de poubelle aux riverains. De longs faux plats s’accrochent à la falaise, séparés par des tronçons vertigineux, taillés dans la roche friable en marches irrégulières, que retiennent les racines entremêlées des grands arbres.Je m’arrête auprès d’un naufragé vaincu par la chaleur. A mi-montée, il a consommé toute son eau et peine à terminer. Il avale un litre de la mienne sans reprendre son souffle. Plus bas, le sentier disparaît un moment dans une luxuriance de bananiers et de tarots.

Ecartant la végétation, je trouve la source entre des rochers. Avec une longue feuille de chocat aux bords relevés en forme de gouttière je refais le plein de ma gourde et de mon estomac. Des petites tomates jaunes délicieuses confirment que l’endroit a dû être habité.Je prends beaucoup de photos de la végétation, dans l’espoir d’identifier ensuite mes trouvailles dans mes bouquins.
En deux heures j'atteins Deux Bras (alt 280m) : confluent de la Rivière des Galets, et le Bras de Sainte Suzanne. Porte de Mafate, terminus pour ceux qui sont venus en taxi-brousse. Les hélicoptères s’y posent pour récupérer les charges à destination des îlets.
Je prends à droite. Le sentier joue avec le fleuve qu’on traverse à plusieurs reprises sur des gués de grosses pierres savamment calées. Cheminement aisé entre les blocs de basalte, sur fond de sable, dominé de hautes murailles en rives.

Il est quinze heures. Les nuages s’accumulent et envahissent les crêtes. Les premières gouttes frappent la poussière quand, tournant à gauche j’attaque la paroi en direction de Cayenne. 150m bien raides, puis, sur un large chemin en gradin, je force le pas, le ciel devenant de plus en plus noir. Je dépasse Cayenne sans même une photo.
Il reste encore 30 minutes à grimper sur des marches inégales en terre et morceaux de bois. Mais on a ouvert le robinet sur ma tête ; seul avantage: ça rafraîchit un peu. Mes chaussures débordent, je dépasse « Ecole de Grand Place, camping interdit ». A 17 heures sous la varangue du gîte, changé, séché je regarde tomber les dernières trombes dans la lumière d’un arc en ciel. Et, preuve en main, je confirme que toutes les gorgées d’une bière sont bonnes dans ces moments là !

Samedi
Je m'éveille le dernier du dortoir. Mes compagnons qui ont choisi de poser leurs matelas sur le sol ou de partager à deux une simple bannette n'en disent pas autant. Mais est-ce tout?... Aux regards qu'on me jette, je crains fort d'avoir ronflé!!!
Soleil et pas encore de nuage. Je dévale le torrent d'hier soir, redevenu sentier, et retrouve la rivière qu'on traverse sur un pont suspendu pour escalader la rive gauche vers l'îlet Latanier (alt:624m). La pente est raide. La végétation subdésertique offre de rares poses à l'ombre claire des albizzias.
Je n'ébauche pas le plus petit rictus en remettant dans la bonne direction un couple de sympathiques Bordelais qui me fait pourtant l'éloge d'un GPS dernier-cri couplé à une carte IGN. Pour leur excuse, je conclus qu'un tel matériel, ne laisse pas le temps de lire les panneaux.

Les lataniers sont des palmiers aux feuilles rondes. Ils ont disparu, remplacés par un bosquet ombragé de manguiers, bananiers et bambous. Latanier est une oasis: dix cases, trente habitants, cent poules et canards. Au centre, sur une placette, un kiosque ressemble à un improbable arrêt de bus. Partout des fleurs.
J'atteins l'Ilet des Orangers alt:974 m vers midi après une montée spectaculaire dans une gorge étroite où cavalcade un ruisseau. La sortie se fait dans les plantations de manioc, maïs, patates douces et quelques pieds de café pointu de la Réunion. A l'embranchement de plusieurs chemins, un seul porte une indication: BAR?
Soit (ndlr : ou Soif)! Et bonne idée! A la terrasse d'une cabane en tôle, j'offre une Dodo à deux pasteurs qui n'ont finalement pas l'air de bien savoir à quelle branche protestante ils ont grimpé. Leur filouterie me vaut deux bénédictions, une par bière.

L'îlet est construit sur un éperon isolé comme une forteresse. Quelle misère a pu pousser des hommes à s'exiler si loin? Esclaves marron, brigands, bandits en fuite de justice? De quoi ont-ils survécu avant les premières récoltes? Quels outils avaient-ils emportés? Comment faisaient-ils le feu?
Il est difficile d'apprécier un temps de trajet. Les guides donnent peu d'indications. Les locaux marchent tellement vite que leurs renseignements ne sont pas fiables, la carte n'est pas assez précise pour imaginer les difficultés. Aussi je quitte rapidement cette escale agréable vers le col qui me sépare de Roche Plate, bien que l'après midi ne fasse que commencer. A nouveau je retrouve une gorge de torrent. Elle est envahie de pêchers. Hélas tous les fruits, même les plus verts, sont pourris à l'intérieur. Impressionnante, la grande muraille du Maïdo me domine de ses 1000m. Je croise des randonneurs qui en descendent, trempés par la pluie qui tombe là haut.

En une heure j'arrive à La Brèche (alt1293m), une proue de roche détachée de la falaise. A mes pieds, comme sur une miniature italienne, le paysage paraît irréel, planté de pitons, de gouffres, de torrents et de cascades. Des demoiselles géantes se coiffent d'arbres ébouriffés, des forêts de filaos s'accrochent aux éboulis. Les peintures vives des cases éparpillées tranchent dans la verdure. Des fibres de nuages balayent le ciel, s'épaississent et masquent rapidement mon point de vue. Rien d'autre à faire que continuer. J'arrive bien trop tôt chez Madame-Tamarin-Gîte-table-d'hôtes. Seul touriste, je traîne entre deux averses d'encre, d'une épicerie bar à un bar-épicerie, muni d'un bouquin oubliable et de mon appareil photo insensible aux charmes de ce cloaque. A sept heures, la patronne me sert mon deuxième rougail saucisse, le premier datant de la veille! Je me couche, sans inquiétude cette fois, pour mon entourage.

Dimanche Matin égal soleil.
Roche Plate (alt 1132 m) a repris des couleurs. Après un détour par l'église en tôle et son campanile fait de deux poutres de bois fichées dans la terre, mon chemin suit celui des enterrements car il passe par le cimetière situé à une bonne demi-heure de marche. C'est certainement une façon de tenir les revenants à l'écart. Probablement n'y a-t-il plus de convois funèbres au dos des hommes car l'hélicoptère joue aussi les corbillards en ce pays. Témoin l'aire balisée de pierres blanches non loin du calvaire. Dans le taillis de lantanas je découvre au prix de quelques égratignures, une « case lontan » aux murets de pierre et toit de paille. On n'a touché à rien des objets de l'habitant disparu : une paillasse, une pioche, des sacs de grains, une boîte de clous, casserole, cuiller, un foyer sur le sol.

De là à s'interroger sur le tracé du chemin. Il doit faire mille détours pour progresser dans ce relief compliqué de ravins, murailles, fossés, et cours d'eau. Comment a-t-il été conçu sans la vision globale du relief? Qui a construit ces murs de soutènement, taillé le tuf volcanique et parfois le basalte. Altruiste ou contraint? Quelles règles pouvait avoir édictées une poignée d'hommes isolés pour codifier l'entretien de ce bien commun? Je crois qu'on connaît mal l'histoire de Mafate.
Ilet à Corde (alt 700m). Des manguiers, des bananiers et quelques patates douces témoignent d'un habitat ancien.

Un petit col, 50 m plus haut, traverse un voile de rochers comme une lame ondulée de couteau à pain. Je retrouve la Rivière des Galets, je me trompe, la traverse gravis la pente, comprends ma méprise, demi-tour, voilà une heure de perdue. Je rejoins Cayenne sur une allée suffisamment large pour faire passer des attelages. Encore des questions à se poser sur le travail des hommes.

Cayenne (alt 540 m). Beaucoup de fleurs, quelques cases colorées, une auberge sympathique. Beaucoup de promeneurs aussi. Il est midi passé, je trouve qu'il est tard. Je redescends la Rivière des Galets sur mes pas du premier jour. Le couple qui m'a doublé s'ébat, nus dans une vasque.

Deux Bras. Les promeneurs s'entassent dans les bennes des Toyota. Il est quinze heures et au-dessus de moi, 600m de falaise à gravir dans la forêt me contemplent. Sans enthousiasme, je me mets au travail avec un acharnement de vieille machine. Je règle la cadence de mon pas au rythme de ma respiration, juste en dessous de l’essoufflement. Pour préserver la régularité de ma progression, j’aborde les accidents de la piste avec une science de géomètre, anticipant de trois pas l’appui de mon pied, choisissant le meilleur caillou ou le petit détour qui évitera un grand écart. En souplesse et sans aucun heurt, la montée devient un jeu de stratégie que je gagne mètre par mètre.

Je me souviens de papa au volant de la Frégate familiale dans l’Isoar, prêtant l’oreille au jeu des soupapes, pesant l’avance à l’allumage, un oeil sur le prochain virage, l’autre sur les cadrans du tableau de bord.
Dans ces longues montées mon altimètre devient une obsession autant qu’une aide. J'avance par tranches de cent mètres et aligne mentalement les petits bâtons dans ma tête.Je m'arrête pour boire sitôt qu’une halte dans un courant d’air est possible comme la frégate qu’on laissait capot ouvert avant de refaire le plein du radiateur.

17 heures: terminus Dos d'Ane. Oubliée la Frégate Renault, ma petite Clio m'accueille d'un sympathique appel de phares!

Pierre Bivoit

En pratique... Il n' y a plus de risque de chikungunya! Venir dans l'île ne présente plus de danger.

Quand ? Eviter de Janvier à Avril: période cyclonique. Il peut pleuvoir beaucoup. Partir tôt le matin, car le risque de pluie augmente en soirée. Les jours sont courts, on est sous les tropiques.

Que faire?
-La grande traversée: compter dix jours pour une vue complète de l'île (Le record est de 23 heures!).
-Le tour du Piton des Neiges et le sommet : quatre jours, le sentier passe par les trois cirques: Mafate, Salazie et Cilaos.
-En prenant comme base le refuge du volcan, trois jours à la découverte de la Fournaise et ses environs : très belle zone semi-aride dans un paysage volcanique. Vous avez toutes les chances de voir une éruption.
-Nombreuses possibilités à la journée en alternant les journées plage.

Les sentiers : Ils sont bons et entretenus particulièrement à Mafate. Mais dans la forêt ils peuvent être difficiles du fait de la boue, du ravinement et des dénivelés.

Se loger : Il y a partout de gîtes privés ou des refuges. Mêmes prix, en gros, qu'en Europe. Il n'y a pas de camping dans l'île. Sauvage, il n'est pas toléré partout et trouver un terrain plat est presque impossible. Pour les convertis, le hamac est une bonne solution en s'abritant sous les kiosques nombreux qui servent aux pique-niques, une tradition locale.

Se déplacer : Location de voitures bon marché. On peut trouver à 20 € par jour. Le bus est ponctuel, leur fréquence varie selon la destination. Il n' y en a pas pour le volcan.

Que faut-il emporter ? Beaucoup d'eau. Mais les sources ne sont pas rares.
De très bonnes chaussures, des bâtons. Une tenue chaude pour le soir en altitude : polaire et pantalon. Crème solaire de haut grade et en quantité.
Anti-moustique répulsif le jour et bombe pour le soir.
Pluie plus chaleur plus imper : le mariage n'est pas facile. Tant qu'il fait chaud, je me laisse tremper et je sèche au refuge. Chacun sa méthode.

Le GSM passe bien à peu près partout.

Plus sportif : Certaines falaises atteignent les 800 m. Malheureusement la roche volcanique est friable et inhomogène. Peu de grimpe. Par contre c'est le paradis du canyoning. La descente dans « le trou de fer » constitue un grand moment. Voir : http://www.canyoning-reunion.com/letroufe.htm

Guide: Topo-guide 974

L'île de la Réunion est constituée de deux massifs volcaniques.Celui de la Fournaise au Sud-est, très actif, car il déclenche plusieurs éruptions chaque année....