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Tchadar, Jumlam, 2 chemins d’hiver au Zanskar (2)

Soumis par Membre Cabbrabant le lun, 27/02/2006 - 00:00

Tongde

Après 5 heures de marche/raquettes sous un soleil de plomb, nous arrivons enfin à Tongde, l’étape du jour. Notre hôte est charpentier, les poutres brutes disputent au yack, aux biquettes et aux ânes l’espace disponible dans la cour. Nous suivons les sentiers tracés dans la neige et rencontrons les enfants du village, ravis de poser pour la photo et de nous montrer leur école. Au petit matin, chacun s’arme de courage pour monter au monastère à l’aplomb de la maison. L’accueil des moines Gelupa (bonnets jaunes) et la visite de leur nid d’aigle nous récompensent de nos efforts. Au retour, nous sommes invités à prendre le thé et le repas dans la salle commune en compagnie de nos hôtes. L’aîné, Stanzin Chosgial, me montre ses cahiers d’anglais pendant que son père ouvre son livre de prières – des bandelettes parcheminées serrées entre deux planchettes de bois, le tout enveloppé de tissu – et entame la lecture.

Karsha
Nous faisons étape à Pipiting, à un jet de pierre de Padum. La capitale nous verra passer en coup de vent – alléchés par la perspective d’un coup de téléphone (on y a cru…) et de quelques bouteilles de bière (on y a bu !). Il neige à nouveau, la progression vers Karsha est lente et pénible. Adossé à la montagne, le village de Karsha est traversé par une rivière gelée. Celle-ci sépare la nonnerie, à gauche, du monastère, à droite. Nonnes, villageois et moines s’y retrouvent pour puiser l’eau. De chaque côté, cours et maisons se déroulent en gradins, traversés de chemins de terre glissants et boueux.

Nous rirons de bon cœur à la visite du monastère : un spectacle étonnant nous attend dans la cour intérieure. Les anciens, emmitouflés, sont assis en rangs d’oignon ; les plus jeunes, armés de théières, s’affairent à remplir les coupes vides. Au centre, le ‘commissaire-priseur’ harangue tout le monde et vend à grand renfort de sourires et grimaces des objets disposés en tas. De la vaisselle, un chapeau, des moulins à prière, une table basse décorée, des vêtements, des lunettes, des objets de culte… A votre bon cœur : le lama à qui appartenait ces objets est décédé il y a quelques jours.

Pendant ce temps, cinq moinillons préparent des nouilles sur une table de bois posée à même le sol : l’un mélange la farine et l’eau, l’autre confectionne des galettes, le 3e les aplatit au rouleau, le 4e les découpe en languettes et le dernier met partout la main à la pâte. La soupe cuit dans une pièce attenante, aux murs noircis de fumée. La cuisine comme la visite se font à quatre pattes car debout, c’est intenable. L’après-midi, nous montons à la nonnerie pour photographier qui les nonnettes, qui les fresques magnifiques d’un petit temple du XIe siècle. Nous nous offrons ensuite de longues ablutions arrosées, car nous avons – pour la première fois depuis le début du trek – de l’eau chaude en abondance.

Pendant deux jours, nous allons longer la rivière Zanskar à travers champs pour relier Hanumil, point de départ du Tchadar. La neige est profonde et nous nous éreintons à faire la trace en alternance, Marinus, Yves et moi. Le temps est doux et la glace se fait rare sur la rivière… Qu’en sera-t-il dans les gorges ? Pourrons-nous passer ?

3e partie
mercredi 22 au samedi 25 février : Hanumil – Chiling : le Tchadar
Nous partons de bonne heure pour descendre dans le lit de la rivière, nimbée d’un voile de brume scintillant au soleil. Les rives sont prises par les glaces, mais d’immenses plaques s’affaissent déjà. Suivant les conseils de Sonam, nous nous écartons des bords afin de ne pas filer vers l’eau glaciale. Quelques centimètres de neige assurent notre pas : nous devons nous dépêcher avant la débâcle ! Nous montons le camp à Lingshed Sumdo sur une grande plage de sable gris, parfaitement plane…

Nous levons le bivouac sous la neige et, écoutant les craintes de notre guide, faisons l’impasse sur le monastère de Lingshed et son école de peinture bouddhiste. Nous traversons des gorges fantastiques, aux parois ocre, mauve et turquoise façonnées par l’eau : bassins, vagues et cheminées sont modelées dans la pierre. La main caresse ces reliefs insolites, détaille les veines de quartz et saisit de fins feuillets aux arêtes polies. Nous verrons encore ce jour la fameuse cascade de glace de Nierak et le genévrier couvert de drapeaux à prières qui marque la frontière entre le Ladakh et le Zanskar. Nos porteurs, rejoints par d’autres Zanskaris, nous attendent à Dib Yokma, la plus grande grotte sur le parcours.

La glace a cédé en plusieurs endroits et nous devons multiplier les incursions sur les flancs montagneux. Brefs et escarpés ou longs et vertigineux, ces passages nous permettent de porter sur la rivière un autre regard. Après Tilad Do, nous quittons le fleuve, dont la glace ne peut plus nous porter, pour rejoindre la Tchadar Road en chantier. Quelques Indiens couverts de poussière s’échinent à excaver la montagne à coups de bulldozer. Les tonnes de cailloux qui dévalent en contrebas sont aussitôt remplacées par d’autres – nous sommes perplexes quant à l’avenir de cette route tracée en plein éboulis. L’obstacle est colossal, les risques sont légion – c’est ici que se joue le désenclavement du Zanskar.

Nous dressons pour la dernière fois les tentes dans les pâtures de Chiling. Au matin, les porteurs nous quittent tout sourire, leur paie et notre pourboire en poche. Ils filent à Leh faire des emplettes puis reprennent le Tchadar dans l’autre sens pour regagner leurs villages. Le temps presse, nous leur souhaitons bonne glace. Nous prenons quant à nous la direction de Likir, car Sonam a vu dans son calendrier qu’un festival bouddhiste y bat son plein.

Extrait du carnet de François, dimanche 26 et lundi 27 février
« Passé la cohue de l’entrée, une foule énorme et colorée est amassée dans la cour du monastère et sur les toits. Nous avons bien du mal à nous frayer un chemin pour apercevoir les danses : présentation des tormas (gâteaux de farine éparpillés en offrande), danses macabres de l’ego, danse des protecteurs Mahâkala, Yama, Mahâvajrabhairava, etc. Nous visitons le musée du monastère, riche en thang-ka (peintures sur toile à dérouler), livres de prière, bols, pots, cadenas…
[…]
A midi, nous dégustons quelques momos dans une gargote en contrebas du monastère avant de suivre la procession des lamas qui prennent la direction des champs. Les tormas vont être brûlés sur un bûcher préparé à l’avance dans un champ. C’est un feu de paille et les danses reprennent de plus belle, d’abord dans le champ puis à nouveau dans la cour du monastère. Puis, un à un, les danseurs retournent dans les salles de prière. Les danses se terminent par une ronde de diablotins qui se lancent dans la foule et jettent de la farine. »

Jean-Bernard, Yves, Jean-Michel, André, François, Catherine, Marc et Marinus

Présentation complète de notre voyage en images le jeudi 7 décembre (20 h) à la Maison Haute de Watermael-Boitsfort.

Adresse de l’agence de trekking : Adventure travel House
Hotel Zambala – Zangsti road – post box N° 112 – Leh Ladakh 194 101 (J&K)
Tél. : 00 91 1982 250422 (office) 00 91 1982 251370 (resi) Mobile : 00 91 094 191 79816
E-mail : sdawa2000@yahoo.comwww.adventuretravelzanskar.com

Sept jours de trekking sur la glace, la caillasse et la neige nous ont permis de gagner via le Jumlam (col à 5.000m) le premier village de notre périple en terre zanskarie