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Oisans 2011 Carnet de bord

Soumis par Gaspard Véronique le mar, 26/07/2011 - 00:00

Véronique Gaspard nous livre à chaud ses états d’âme pendant son périple en solitaire autour du massif de l’Oisans, 176 km, 14 cols et 12.800 m de dénivelée, une grosse bavante !

Mercredi 13 juillet: Arrivée à « La Grave » sous une pluie battante et un orage pas piqué des vers ! Le ciel est plombé, aucune montagne à l’horizon … me suis-je trompée de village ?
Tenir le coup: Eau potable ? À cause des orages, l’eau des fontaines est chargée de boue, il me faut acheter de l’eau en bouteille … beurk ! Le soleil revient à 16h : génial ! Je m’installe et passe en revue le topo pour le lendemain.

Jeudi 14 juillet: 1er jour– le vrai départ
Objectif: le CASSET. Météo: sympa et pas trop chaud. Départ à 7h 30' Vers le col ASPIN
Cette première journée, mon attention fut absorbée par le réglage du sac.
L’histoire avec les cols, c’est qu’il faut aller les chercher …. Ça monte et en plus, aucun panneau en haut pour vous annoncer que la victoire est au rendez-vous !
Un arrêt au refuge, un bon potage plein de persil et un bon diabolo, ce sont les vacances après tout ! mmm. La descente vers le CASSET, est longue et pentue. Je rencontre un berger, ses trois chiens et ses 1662 moutons !
Je constate que le camping du CASSET est fermé définitivement, on m’indique celui de Monetier. Vite, le car pour 3km mais pas de camping, il paraît qu’il est à CASSET ! Cherchez l’erreur ! Pas question de faire demi-tour après 9 - 10h de marche, je décide de continuer et dès qu’un endroit de bivouac se dégage, je m’installe et il est déjà 19h, je monte la tente en pleine forêt, je mange et dodo !

Vendredi 15 juillet: Objectif, Aile Froide hors GR Météo : Grand beau Départ 7h30
vers le col de l’Eychauda. Ce col n’est pas sympa car la dernière partie consiste à remonter des pistes de ski sous un soleil de plomb, il n’y a rien à voir …. Au col, je soigne mes épaules, les lanières du sac à dos m’ont blessée …. Vive COMPEED et viva la vida !
Ensuite une longue descente jusqu’au parking de Chambran, ppfff du tarmac en plein soleil, c’est loin d’être marrant !
Déviation par Aile Froide, je quitte le GR pour éviter de longer une départementale. Donc, je vise Aile Froide, c’est plus long que prévu et le sentier est vraiment alpin avec mon sac bien rempli 17/18kg ! Direction le camping et renseignement météo. La journée fut bien remplie et le programme de demain est solide.

Samedi 16 juillet: Objectif, cabane JAS LACROIX et retrouver le GR à Entre-Aygues
Météo : grand beau mais méfiance pour la fin de l’après-midi. Départ 7h Difficulté du jour : le Collet de Rascrouset. Dans mon ignorance, un collet est un « petit col », hélas, il n’en est rien ! Aile Froide: 1500 m d’altitude, Bosse de Clamouse: 2400 m , Le Collet : 2800m avec 1 névé à remonter et une descente à pic, juste quelques malheureux cairn.
Et, comme prévu la fin du trajet se fait sous la pluie avec le premier essai de cape. Grrrr elle est trop juste avec mon gros sac. Je vise la cabane, ouf, elle est libre, je suis vidée, 11h de marche !

Dimanche 17 juillet: Repos forcé pour météo horrible … une chance cette cabane, je suis à l’abri ! Orage + pluie + grand vent + grêle ….. toute la journée.
Je suis au sec mais il n’y a pas moyen de se chauffer, c’est un abri de fortune, je passe la journée avec « Le Roman Français » de Frédéric BEIGBEDER. C’est une autobiographie, l’auteur parle de sa vie à la première personne. Je ne suis pas seule aujourd’hui, il me raconte sa vie ! Trois marcheurs qui venaient de Vallouise frappent à la porte, l’un d’eux veut se changer pour continuer vers le col de l’Aup Martin. Avec cette météo, je les accueille avec un « VOUS ÊTES PETES !!!» Après leur départ et avec une météo tempétueuse, je me suis inquiétée. Je les ai revus trois étapes plus loin, le plus âgé est venu me raconter leur aventure, il a vu sa dernière heure arriver ! Le vent + l’eau + le froid + la montagne qui dégouline de partout !! Il en avait presque les larmes aux yeux.

Lundi 18 juillet Objectif: le refuge « Pré de la Chaumette » Météo: Ciel dégagé, grand beau mais pas chaud. Départ 6h30 Difficulté: le Col de l'Aup Martin et le pas de la Cavale
Au revoir aux ânes et à la bergère très sympa qui habite la cabane pastorale près de mon abri. L’étape s’annonce très dure, les ruisseaux sont devenus des torrents et ont emportés les sentiers et les passerelles. C’est une journée à chercher des alternatives pour traverser une rivière en crue et retrouver le chemin. 1h par-ci, une 1h par là … Au lieu des 3h pour atteindre le col, je mets 5 bonnes heures et en plus, j’ai glissé .Ma jambe droite est toute griffée. Arrivée au col après 2/3 pas d’escalade dans du schiste avec mon gros sac, j'ai des doutes, est-ce le bon col, aucune balise en vue, aucun signe distinctif, avec carte et boussole, ça va, c’est à droite. Au Pas de la Cavale, il y a un panneau, ouf, je ne me suis pas trompée. Pour la suite encore la boussole, puis la descente en 2h comme dans le topo. J'ai le moral à plat, cette étape fut très dure et risquée +de 2h de retard, et une frayeur quand j’ai glissé. En plus pas de réseaux, flûte pour informer mes parents ! Demain, ça ira mieux dodo au refuge pour me retaper ….

Mardi 19 juillet Objectif: refuge « Vallonpierre » Météo: maussade selon le gardien avec alerte « orage » pour le milieu de journée ! Départ : 6h30 pour passer les cols avant les orages. Difficulté du jour: Trois cols à passer. La Valette, Gourian et Vallonpierre.
Au premier, il est 9h, descente à pic dans du schiste. Un couple avance lentement, la dame hésite à chaque pas. Il fait super gris, c’était prévu. Je vise le second col, tout va bien mais après avoir franchi le 2ème col, il commence à neiger, puis à l’approche du 3ème col, neige drue. Maudite météo les flocons s’amoncellent, 10 cm, le stress monte car les sentiers disparaissent sous la neige et la progression déjà délicate dans du schiste mouillé devient un véritable casse-pipe. Je suis dans des lacets rapprochés et raides, je me rends compte à chaque tournant que le sentier s’efface. Je ne vois plus les pas que je venais de faire il y a quelques instants à peine. La tension monte d’un cran. Puis le nuage descend et je ne vois plus rien à 2 ou 3 mètres. Je remercie mon ange gardien car soudain je retrouve devant moi le couple de tout à l’heure qui ne progressait pas vite, nous continuons à trois, Eric, le mari est devant et cherche à ne pas perdre les faibles traces de passage et moi à l’arrière j’encourage Stéphanie qui a peur de glisser sur cette neige imprévue. Le col reste invisible mais Eric nous signale que son altimètre indique 2.600m! Le col ne doit pas être loin Il n’y a vraiment plus de traces de sentiers, on monte tout droit, il faut absolument passer ce col, le vent et la neige nous aveuglent. Ouf c’est le col, il neige toujours mais le vent est resté de l’autre côté ! Ça va mieux …cependant, où se trouve le refuge? Tout est d’un blanc immaculé et pas de trace. Nous distinguons une sente, un cheminement où le manteau neigeux est plus lisse. Nous décidons de suivre cette particularité dans ce relief hivernal pour progresser vers le refuge recherché. La neige tombe encore, 20 à 25 cm au dernier col. Nous sommes en short et sans gants mais je me rends compte que j’ai oublié le poids du sac et je ne remarquerai le froid qu’une fois le refuge atteint.
Nous avons vu pas mal de chamois dans cet univers blanc, on les distingue facilement. Au refus, une fois au chaud et l’urgence passée, je m’inquiète pour une équipe de 4 personnes qui aurait dû nous suivre de près. Ils ont erré dans la montagne et sont arrivés avec une équipe qui possédait un GPS et savait l’utiliser! Pas de bivouac aujourd’hui pour cause de neige, vous l’aurez compris! Toujours pas de réseau.
Le chauffage est allumé, nous mettons tout sécher. Nous nous retrouvons autour d’un bol de soupe et les marcheurs échangent leurs impressions. Cette étape nous aura soudé de manière imprévue et finalement, nous formons un groupe de ± 18 marcheurs d’horizons très différents.

Mercredi 20 juillet: Objectif: refuge « les Souffles» Météo: beau temps mais pas chaud, départ dans la neige évidemment à 7h
Relax, il n’y a pas de col à passer mais il faut descendre 1.250m et, après un passage en vallée, en fin de journée, remonter 1.000m. C’est une longue journée mais l'étape est sereine car le ciel est au beau fixe. En vallée les Gsm chauffent, enfin la dernière montée soutenue et raide vers Villar Loubière . Le réconfort est au rendez-vous, un chouette endroit de bivouac, un refuge ultra sympa et un gardien atypique. Je retrouve mes compagnons d’infortune, nous prenons l’apéro ensemble. mmmm un bon vin chaud et une part de tarte aux myrtilles. Ils ont des mœurs bizarres dans ce pays! Pas grave, ça fait chaud au cœur.

Jeudi 21 juillet: Objectif: le Désert en Valjouffrey - Météo: beau temps mais pas chaud
Départ : 7h Difficulté du jour: le col de Vaurze.
Mon sac est lourd, la tente est trempée par la rosée du matin. J’arrive au col à 10h avec les «Suisses», une bonne équipe de 5 septuagénaires en pleine forme. La descente est raide et glaciale, impression renforcée par un vent du Nord soutenu.
Très longue descente toute en gros cailloux casse pattes ! Enfin « Le Désert en Valjouffrey » apparait, je m’adresse au bar pour trouver un endroit de bivouac autorisé. C’est interdit partout ! Il me propose son jardin. Deux jeunes femmes s’installent déjà, c’est extra. Le patron nous apporte même des chaises longues. Le Bonheur.
Les autres compagnons font étape au gîte du village, le souper est prévu au resto tenu par le patron du Bar, on soupe ensemble ça change du lyophilisé mmm c’est trop bon !
Génial ces rencontres au hasard des refuges, des étapes et de la météo.

Vendredi 22 juillet Objectif : le village de « Valsenestre » Météo : Beau temps mais pas chaud Départ : 7h Difficulté du jour : Le Col de Côte belle.
En effet, la côte est belle très pentue. J’ai quitté le bivouac très tôt et les filles dorment encore, elles me dépasseront dans la journée. Puis le col enfin! Il fait super beau et enfin chaud. Une belle séance photo, pause grignotage et un peu de flânerie. Les vacances quoi !
Au fur et à mesure des arrivées, le groupe se recompose au niveau du col. Dingue! Au moins une heure à profiter de ce bon moment à admirer le paysage et le col du lendemain, le très impressionnant col de la Muzelle. Je me remets en marche, la descente est longue, la végétation est dense, les fleurs nombreuses et superbes.
En bas, le bivouac est à ½ h du gîte célèbre pour sa cuisine. En attendant les autres je sèche ma tente et puis ensemble direction Valsenestre. Gastronomie au rendez-vous avec les copains évidemment ! Il est vite 21h, direction bivouac, je m’installe et dodo sans tarder !

Samedi 23 juillet : Objectif : le refuge de la Muzelle. Météo : il a plus toute la nuit et il bruine encore …. Aïe ! Départ: 7h mais j’hésite … Difficulté du jour : le col de la Muzelle observé hier et déconseillé par temps de pluie selon le topo (grandes parois en schiste)
Le plafond est super bas mais le train est en marche et je l’attrape de justesse, une jeune guide avec huit personnes, je les suis et ils me donnent la météo: cela doit se lever et se couvrir en cours d’après-midi. Mais rien ne va se lever, je dois sortir la cape. La météo n’est vraiment pas une science exacte …. Sniff Cependant, le col est plus facile que prévu, les lacets observés de loin la veille sont nombreux et permettent d’arriver au col en bon état.
Le passage est glacial, il y a encore de la neige et le brouillard est dense. Tout est blanc.
Le topo prévoit 1h du col au refuge de « la Muzelle » mais avec neige et brouillard, c’est moins évident. La météo restera franchement humide, je décide de prolonger l'étape pour atteindre les 2 Alpes un jour plus tôt via le Bourg d’Arud. Sans regret, je descends et 3 heures plus tard, je suis au téléphérique qui relie Vénosc aux 2 Alpes.

Dimanche 24 juillet: Repos forcé pour temps très pluvieux. Cela fait beaucoup de bien !

Lundi 25 juillet : Objectif: le village de Mizoën Météo: Miracle-- grand bleu. Départ : 8h au téléphérique pour monter directement à 2.600m et ENFIN profiter de la vue.
La météo est vraiment sympa et la descente vers le refuge « La Fée » me permet de retrouver les sensations tant recherchées dans ce trek, sérénité et paix intérieure.
Evidement entre la théorie et la pratique ! Descendre 1.600m, traverser le barrage de Chambon et remonter en directe 500m pour atteindre Mizoën oblige les genoux à travailler à plein régime. Mais tout est pris avec un certain recul, zénitude absolue je vous dis.
Il est 13h quand j’atteins un banc sur le dessus de Mizoën et j’en profite pour pique-niquer face à un petit bout du Rateau. Mmm décor prévu pour demain depuis le plateau d’Emparis SSSSSiiiiii le ciel est dégagé comme aujourd’hui. Il est 13h, c’est un peu tôt, je décide de continuer jusqu’au refuge « Les Clots ». Le déluge arrive en chemin. A deux pas du refuge, je me protège en-dessous d’arbres. Sans hésiter, je monte la tente, une bonne sieste après tout. Ce sont les vacances et de toute façon, il pleut. La tente est montée à 16h, je ferme mes yeux Oups, il est tout de suite 19h et il a cessé de pleuvoir !
D’après le dernier point météo réalisé au 2 Alpes, demain, le matin sera dégagé et il devrait pleuvoir l’après-midi avec risques d’orage. Alors, je décide de faire 2 étapes en une vu que la météo ne me permettra pas de flâner sur le plateau d’Emparis., Plateau qui est le balcon du Rateau et de la Meije.

Mardi 26 juillet: Objectif : le village de « La Grave » Météo: Matin, dégagé et pluie avec possibilité d’orage après-midi. Départ : 5h50.
Chouette, ciel est vraiment dégagé, la vue promet d’être superbe.
Cependant, le topo prévoit un passage délicat à flanc de rocher, je me tâte le long du chemin est-ce ici ? En fait, tout est délicat ! Derrière le refuge « Les Clots » le chemin remonte rapidement pour atterrir sur le plateau et après 2h45, le refuge « Les Mouterres » m’accueille : petit déjeuner avec un bon bol de thé et une part de tarte aux myrtilles maison … un délice !
Je ne m’attarde pas trop pour éviter un orage qui ne viendra pas … Mais bon, je n’ai pas de regret, il vaut mieux jouer la carte de la sécurité. Dernier col de ce trek : le Souchet. Rien à voir avec les autres cols du séjour mais il me semble long à atteindre. Puis descente jusqu’au Chazelet au Bar à crêpe... Miam. Puis direction « La Grave » par un chemin indiqué par une personne du cru en ½ heure, je suis à la voiture … SSSsssnnnifff ! C’est fini.

Conclusion : La question la plus posée lors des rencontres.
Toute seule ? Mais pourquoi ? Vous êtes folle et inconsciente!
Alors, je ferme les yeux et je me retrouve face à Sylvia Vidal lors de la présentation de son film. Je lui avais demandé si le fait d’être une femme n’ajoutait pas une difficulté lors de la réalisation de grands projets en solo. Elle m’avait répondu en me fixant de ses grands yeux noirs et dans un français approximatif : « Quoi tu veux, Tu fais »
Alors, j’ai fait le tour de l’Oisans, 176 km avec ses 14 cols et 12.800 m de dénivelé positif en autonomie et en solo ….. Je ne compte pas m’arrêter de sitôt !!! Le Queyras, le Mont Viso, le Mont Rose, le GR5, le GR20, l’Alta Via, la Haute route des Pyrénées, …..

Véronique Gaspard

« Toute seule ? Mais pourquoi ? Vous êtes folle et inconsciente! »

Oisans, La Grave