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Rassemblement « Montagne » à Randa en juillet 2011

Soumis par Membre Cabbrabant le 27 July 2011

Malheureusement, les dieux de la météo n’étaient pas avec eux ! Sur une quinzaine de séjours dans la région (en vingt sept ans), jamais je n’ai vu une météo aussi instable et pluvieuse et sur les dix-sept jours que j’ai passés à Randa, il n’y en a eu que trois ou quatre sans pluie du tout. Tous les autres ont été marqués par un temps venteux et variable avec des précipitations parfois orageuses et violentes et forcément de la neige fraîche en altitude. Un seul jour méritait presque l’appellation « grand beau temps ».

Malgré cela, le bilan est loin d’être négligeable. Les courses suivantes ont été réalisées par des membres du groupe (en se limitant à la période du rassemblement) :

• Alphubel (4206m) : Traversée sud – nord à partir de la Täschhütte (2701m) et descente directe vers Täschalp (2200m) par le Mischabeljoch (3851m) et le Weingartengletscher (Grégory, Jérôme et Philippe). Une superbe course classique. La vue sur l’arête sud du Täschhorn (4491m) depuis le sommet nord de l’Alphubel vaut le détour à elle seule !
• Breithorn (4164m) : Traversée est – ouest (partielle) depuis la Roccia Nera à partir du Klein Matterhorn (Grégory et Jérôme). Malheureusement, la neige fraîche et la météo du jour n’ont pas permis de réaliser la traversée complète.
• Rimpfischhorn (4199m) : Traversée nord – sud à partir de la Täschhütte (2701m) et retour direct à Täschalp (2200m) par les « Rimpfischwänge » (Benjamin, Grégory et Jérôme). La traversée a été sérieusement compliquée par la neige et le verglas sur les rochers de l’arête. En plus, pour corser les choses, la cordée est descendue du sommet vers la Rimpfischsattel non pas par la voie normale mais par une forte pente de neige à une centaine de mètres au nord de cette dernière.
• Weissmies (4023m) : Voie normale AR depuis Hohsaas (3100m) (Daria et Philippe). Un grand classique toujours sympathique à revisiter !
• Rimpfischhorn (4199m) : Voie normale AR à partir de Fluhalp (2607m) par le Pfulwe (3150m) et les « Rimpfischwänge » (Grégory, Jean et Vanessa). La météo du jour ne permettait guère de faire davantage : 20 cm de neige fraîche au Pfulwe et visibilité nulle au sommet (dommage : c’est à mon humble avis le plus beau belvédère de la région).

D’autres courses ont été réalisées avant et après le rassemblement.

Naturellement, avec une météo « normale » (mais où sont donc passés ces merveilleux étés d’antan ?), on aurait pu faire bien davantage, notamment en enchaînant les courses au départ d’une même cabane. De plus, plusieurs sommets envisagés étaient infréquentables à cause de la neige sur les rochers : Le Täschhorn et la merveilleuse traversée Lenzspitze – Nadelhorn notamment.

Ce rassemblement démontre qu’il reste au CAB-B « d’irréductibles gaulois » pour qui le « A » du sigle du club a encore un sens ! Je suis personnellement définitivement convaincu de son utilité. C’est non seulement une source d’inspiration mais aussi le moyen de transférer de manière naturelle le savoir-faire des plus expérimentés vers ceux qui le sont moins. En outre, la formule assure une grande liberté quant au choix des objectifs et des partenaires. Je suis d’ores et déjà partant pour une prochaine édition.

Un grand merci à Philipp Zehnder, guide suisse avec qui Rudi Willem et moi avons fait jadis quantité de superbes courses, qui nous a bénévolement « tuyauté » sur les conditions réelles de la montagne.

Philippe Mariamé

Une petite réflexion face à la grande Montagne

Pour mon timide retour dans la montagne après 18 années d’absence, j’ai choisi le rassemblement «montagne» du CAB B à Randa (Valais).
L’esprit d’un rassemblement libre des alpinistes me convenait parfaitement - en tant qu’«ancienne du camp des Houches» je suis attachée à l’idée d’une cordée autonome face à cette espace de liberté et de défi qu’est la montagne.

A Randa, la rencontre entre les alpinistes - jeunes et «moins jeunes» - était enrichissante, l’échange des expériences et des enthousiasmes profitait à tout le monde. Malgré le temps plus que médiocre chacun a fait des belles courses - et celles qu’on n’a pas pu faire attendent l’année prochaine…

On n’était pas nombreux, vu le millier des membres de la section. Cette forme d’alpinisme n’est plus à la mode? Les mentalités changent, certes - mais la montagne est toujours là, magnifique, exigeante. Ne fait-elle plus rêver au point de vouloir s’y engager?

Daria.

Rassemblement montagne à Randa

Quand j’ai vu sur le site du club alpin belge qu’un rassemblement montagne était organisé dans le Valais, j’ai tout de suite été enchanté, ne sachant pas avec qui partir en montagne. Je trouvais le concept génial : pouvoir partager ma passion pour la montagne, rencontrer de nouveaux compagnons de cordée, pouvoir progresser auprès de personnes plus expérimentées que moi tout en conservant ma liberté pour pouvoir être en harmonie avec la montagne. Au mois de juin, mon copain Jérôme me contacte pour me dire qu’il a envie de partir en montagne avec moi, on ira donc à deux à Randa.

A mon grand étonnement, le rassemblement n’a guère de succès. En-dehors de Philippe, l’organisateur, et de nous deux, il n’y avait que Daria (qui ne restera que quelques jours) et Benjamin (mais qui loge à Saint-Luc, à deux heures de route de Randa). De plus, la météo de ce mois de juillet est tout aussi médiocre qu’en Belgique. Le rassemblement ne s’annonce donc pas sous les meilleurs auspices. Cependant, cela ne m’empêchera pas de profiter à fond de mes vacances et de réussir un tas de belles courses. La mauvaise météo me permet même de ramener deux amis (Jean et Vanessa) qui étaient à Chamonix et qui espèrent trouver de meilleures conditions à Randa.

Je vais vous raconter ici les deux plus belles réussites du rassemblement, l’arête Nord du Rimpfischhorn et la traversée des Liskamm.

Le Rimpfischhorn (4199m)

Philippe a un projet qui lui tient particulièrement à cœur pour ces vacances, la traversée du Rimpfischhorn, un très beau 4000 valaisan, étonnamment peu connu. Avec Jérôme, on se joint avec grande joie à lui. Benjamin nous rejoint également. On est ainsi deux cordées de deux.

Départ de la Täschhütte à 4h du matin, dans la nuit. Ces réveils matinaux sont toujours aussi horribles. De plus, on démarre dans un brouillard à couper au couteau. Nous sommes perplexes sur nos chances de réussir la course. Fort heureusement, à 3200m, on sort du brouillard et tout d’un coup le temps est magnifique et mon moral remonte en flèche. Arrivé au glacier à 3300m, Philippe décide cependant de renoncer, il ne se sent pas suffisamment en forme. Nous continuons donc à trois.
Le Rimpfischhorn est une montagne qui se mérite, l’approche est vraiment très longue. 1H30 de marche nocturne jusqu’au glacier, puis traverser l’Alphubelgletscher avant de descendre un raide pierrier qui permet de prendre pied sur l’impressionnant Mellichgletscher, que l’on remonte jusqu’à l’Allalinpass, à 3564m, où commence l’arête à proprement parler. Déjà trois heures de marche et près de 1000m de dénivelé parcourus.
Le début de l’arête est facile, c’est une grande pente de neige à 35/40°. Mais c’est long et crevant. Nous sommes seuls sur la montagne, c’est vraiment magnifique.
A l’arrivée au grand gendarme, à 4100m, le changement de décor est saisissant. Brutalement, on se retrouve sur une arête mixte très effilée. La suite s’annonce vraiment dure avec une succession de gendarmes sur une arête mixte bien engagée. Le panorama est magnifique : on plane au-dessus d’une mer de nuages de laquelle les grands sommets valaisans ressortent. On descend du grand gendarme par deux rappels verticaux super impressionnants. La progression est ensuite délicate : le gaz est énorme, l’arête bien enneigée et, bien sûr, pas de trace. On grimpe constamment en piolet-crampons et il vaut mieux ne pas penser aux conséquences d’une éventuelle chute. Les gendarmes s’enchaînent les uns après les autres mais cette arête n’en finit pas. Pour couronner le tout, le crux se trouve juste sous le sommet : une longueur en IV verticale et verglacée. On sort au sommet, à 15h, exténués, après 11 heures de course ! Heureusement, le panorama est là pour nous récompenser : le Strahlhorn, le Mont-Rose, le Liskamm, le Breithorn, le Cervin, le Weisshorn, les Mischabel. Tous les grands sommets sont visibles avec, au loin, le massif du Mont-Blanc.
Mais ce n’est pas encore fini, la descente par la voie normale est très piégeuse. Nous sommes beaucoup trop tard et la neige est devenue pourrie. Et il y a des passages à 50° et pas vraiment de traces pour nous aider à trouver le bon chemin, c’est ultra expo. Il nous faut deux heures pour descendre de 200 mètres. Le reste de la descente est heureusement plus facile. Ouf, nous sommes sauvés ! Mais la descente est encore très longue et nous arrivons au parking à Täschalp à 22h, après 18 heures de course !

Le Liskamm (4527m)

Après le départ de Philippe, j’ai encore eu la chance de réaliser une des courses qui me faisaient rêver, la traversée des Liskamm, avec Jean et Vanessa. Pour ceux qui sont déjà passés au pied de la face Nord du Liskamm, c’est une montagne vraiment effrayante, un des sommets les plus impressionnants des Alpes.
La traversée est certes beaucoup plus facile que la redoutable face Nord mais n’est pas en reste pour autant : près de trois kilomètres d’arête effilée ininterrompue et battue par les vents, de grandes corniches, de la très haute altitude (4527m), une montagne très rarement en condition. Tout cela en fait une course très engagée, exactement ce que je recherche.
On décide de faire la traversée dans le sens est-ouest afin de prendre le soleil plus tôt et d’avoir de bonnes conditions de neige à la descente. On décide aussi de monter côté italien car l’accès à l’arête y est beaucoup plus facile.
Le départ nocturne est très rude car il fait horriblement froid. Au bout de deux heures, mon thé bien sucré s’est transformé en granité ; il doit bien faire −15°C. De plus, un vent glacial nous accueille sur le plateau du Lisjoch. C’est l’enfer jusqu’à ce que le soleil arrive pour nous réchauffer. J’ai les mains gelées. Je me tape les bras pour essayer de me réchauffer. Le sang revient dans les mains mais ça fait horriblement mal. Heureusement, le soleil a tôt fait de nous revigorer et l’arête est vraiment magnifique ; on a l’impression de s’envoler vers le ciel. En plus, la foule des alpinistes est partie vers les sommets faciles du Mont-Rose et nous sommes tout à fait seuls. Je fais la trace dans 20 cm de neige fraîche, c’est le pied ! La neige est parfaite, c’est un pur bonheur.
Nous marchons tantôt sur le fil de l’arête, tantôt à gauche ou à droite à cause des corniches. Le raidillon final fait très mal en raison de l’altitude. Jean souffre de l’altitude mais s’accroche grâce à sa volonté de fer. Il ne veut surtout pas abdiquer.
Nous avons lutté pendant des heures, mais l’arrivée au sommet est vraiment un grand moment. On a l’impression de dominer le monde. La traversée est cependant loin d’être finie, il y a encore un kilomètre de chevauchée fantastique pour arriver au sommet occidental (4479m). Les conditions sont parfaites, c’est un rêve de cheminer sur cette arête. Nous croisons deux cordées venant en sens inverse. Ca nous facilite la tâche, dorénavant la trace est faite. Mais l’arête reste toujours aussi impressionnante.
La descente du sommet occidental ne pose pas de difficultés en dehors d’un groupe d’espagnols ne sachant pas cramponner et qu’on a eu un peu de mal à dépasser. Le reste de la descente est facile et se passe sans encombre.
Nous arrivons en bas exténués mais contents. Ce fut un grand moment de bonheur partagé à trois.
Vivement l’année prochaine pour de nouvelles aventures en montagne !

Grégory Schuller

Finalement, ce sont sept alpinistes qui se sont retrouvés au sympathique camping de Randa pour une durée variable entre quelques jours et deux semaines.