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Sikkim, Une journée de repos…épuisante

Soumis par Carbonnelle Guy le 21 October 2011

Après une semaine de trek sur des crêtes embrumées, humides et froides, nous pouvons enfin jouir d’une journée de break, sur le plateau de Dzongri. Le petit matin nous voit monter par petits groupes vers la crête qui le domine ; elle constitue selon Sonam, notre guide, un point de vue magnifique sur les montagnes que nous n’avons que rarement pu voir jusqu’à présent. Ces derniers jours, Les brumes s’étaient entêtées à nous les cacher, mais ce matin il fait beau, le lever du soleil est splendide et le promontoire nous livre ces géants dans toute leur splendeur. Sonam nous en cite les noms : « Kanchenjounga, Pandim, Kabru North, Kabru South, Kabru Dome, Rothang… ». Entre les sommets enneigés et nous, il y a un dôme noir charbon qui attire le regard. Il s’agit du Black Kabur : 4810m.
Nous redescendons au camp (4000m), nous y déjeunons tranquillement au soleil et des projets de randonnée sont énoncés, la journée est libre. Yves se renseigne, j’écoute : une heure et demie pour atteindre la montagne ; une heure pour la gravir, «but it is very technical ». Un dernier thé et l’objectif est défini : notre balade nous mènera au pied de cette montagne, après nous déciderons de la suite.
Nous voilà partis, le cheminement est agréable et il fait beau. Nous louvoyons entre crêtes et ravins, entre vallées et parois avec toujours comme repère le dôme noir. Arrivés à l’arête est, nous constatons qu’elle est assez raide. Il faut la contourner vers le nord pour prendre pied sur des vires herbeuses ascendantes entrecoupées de gros blocs que nous franchissons. Le soleil se fait rare et est doucement remplacé par le brouillard qui va et qui vient. Après quelques pérégrinations, nous nous retrouvons coincés entre la paroi à notre gauche et un profond ravin devant nous.
Nous restent deux solutions, soit on fait demi-tour, soit… Nous regardons la paroi, cherchons un passage possible. Ce sont de très gros blocs empilés sur une vingtaine de mètres et nous devinons l’arête sommitale dans le brouillard. Je me lance, quelques pas en dalles sur réglettes, repos sur une petite vire. Dülfer sur trois mètres, rétablissement sur le bloc. Encore de la dalle avec du lichen (humide), j’entends le « han »de Yves, il s’est rétabli sur le bloc, il me suit. Nous prenons pied sur l’arête que nous suivons jusqu’au sommet. Il y a trois heures que nous avons quitté le camp.
Ce qu’il y a de bien avec Yves, c’est qu’il ne faut pas de long discours pour se comprendre. Revenir par le même chemin nous semble pour le moins exposé. Dans une trouée de brouillard, nous avons remarqué sur l’autre versant du Black Kabur qu’un couloir herbeux atteignait presque un petit col sur l’arête. C’est par là que nous redescendons, toujours enveloppés dans les brumes. Huit cents mètres plus bas, il nous faut remonter et passer une crête pour rejoindre le camp. Cette fois, la brume se fait plus dense et après quatre cents mètres d’ascension, nous atteignons un plateau sommital. Il neige à présent et nous nous en rendons enfin compte : nous ne sommes pas dans la bonne direction et tous les repères de l’aller sont inutiles puisque nous sommes de l’autre côté de la montagne. Il faut tout redescendre et remonter sur l’autre versant de la vallée. Après avoir rejoint le sentier que nous avions quitté, nous arrivons à un col, à la nuit tombante. Il est 18h00.
Débute alors notre errance, nos hésitations entre chaos rocheux et ravins pour atteindre cette fameuse crête qui nous permettrait de voir le camp. La nuit est noire depuis longtemps et le brouillard toujours présent. Nos frontales semblent dérisoires. Nous ne verrons jamais cette crête. L’idée d’un bivouac nous traverse l’esprit…J’en fait part à Yves et n’obtient pas de réponse claire. Il y a 10h que nous avons quitté le camp, et nous continuons à errer, sans grande conviction. Tout à coup, nous apercevons une lueur en contrebas : une lampe de poche ! C’est Suba, notre deuxième guide. Signaux, cris, hésitations, nous nous décidons à redescendre vers lui.
La jonction est faite, il nous ramène sur le sentier, où nous attend Sonam. En chemin, nous sommes rejoints par quelques cuistots souriants et il nous faudra encore plus d’une heure pour atteindre le camp…Il est 20H…..et je ne vous dis pas l’accueil !
Moralité : partir, c’est bien ; revenir, c’est mieux.

Une journée de repos… épuisante (ou 1500 mètre de dénivelée) - vue par Guy Carbonnelle et Yves Raymaeckers

trekking du Kantchenjunga, Cabur, Dzongri