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Souvenirs, souvenirs

Soumis par Lechat Jean-Marie le dim, 20/11/2011 - 00:00

.En 1957 on le retrouve au Saussois et a Freyr avec le groupe « Radis »

Le Saussois en 1957

L'année 1957, va être brillante car la licence complémentaire que j'effectue à Louvain me laisse du temps libre et j'ai quitté la direction de la troupe scoute pour m'occuper des routiers ce qui est beaucoup plus compatible avec des activités rochers. A Pâques, le clan a décidé d'aller refaire la toiture bien abîmée du clocher de la petite église d'un village qui longe le cours de l'Yonne. Ce travail justifie que j'emporte avec moi tout mon matériel d'escalade qui sera bien utile pour assurer les routiers en train de consolider la structure des murs de la tour, nettoyer la toiture des plantations qui y prolifèrent et replacer les dalles de pierre qui forment la couverture du toit de la tour. Mais, je parviens à grappiller quelques heures pour franchir la rivière et me retrouver au pied des rochers du Saussois. Nous commençons par la "Mickey" et le "Tire-bouchon". Je m'enhardis avec "l'arête du Grand Gendarme" et la "Bagarre"(TDI, V+). Mais je me fais assurer depuis le plateau pour faire la "Martine" et la "Rech"(TDI, V+).
Dans l'une des premières voies se situe une cheminée très spéléo, j'y découvre Claude Barbier. Il avait grimpé le jour même avec, si ma mémoire est bonne, Lionel Terray, dans des voies extrêmes. Il est seul et sans assurance et manifestement pas à l'aise. Je suis alors meilleur spéléo qu'alpiniste et offre de passer en tête et de le faire monter ensuite. Il accepte, je remonte cette cheminée étroite, l'assure. Il me rejoint et repart illico seul, je ne suis pas sûr d'avoir échangé plus de dix mots avec lui. Il était bien "le solitaire" dans tous les sens du mot. Barbier allait devenir "Claudio" pour tous les grimpeurs italiens et dans les Dolomites, être un grimpeur belge connaissant Claudio faisait s'ouvrir toutes les portes.
En Belgique, ce qui paraît être un goût pour le danger ne lui vaut pas que des éloges. Tout le monde connaît la façon dont "Radis" réagit à sa rencontre :"Monsieur, j'ai bien l'honneur de ne pas vous saluer". Il faut dire que "Radis" représente l'esprit "ancienne école" de l'escalade où tomber signifie presque : s'être lancé dans une aventure téméraire, et où la compétition est totalement bannie, j'en reparlerai. Si vous dévissez deux fois dans une même saison les parents ne vous laissent plus grimper avec leurs filles, sanction suprême.
A la sortie d'une voie dans le Mérinos (entre Familiale et Anciens Belges), notre groupe trouve Jean Bourgeois grimpant seul, sans assurance, sur le versant nord des rochers du Mérinos. Il n'a alors que 17 ans et de suite "Radis" lui offre de venir grimper avec nous plutôt que de poursuivre cette escalade dangereuse sur une face où les rochers sont couverts d'herbes et de mousses glissantes. Jean répond qu'il y a des arbres derrière lui dans lesquels il pourrait amortir sa chute... C'était un autre type de solitaire.
Les accidents n'étaient pas fréquents à Freyr, mais à Pâques 57, trois hollandais tombent dans l'Al Lègne et s'y tuent tous les trois, faute pour le premier d'avoir trouvé le piton où s'assurer. Sa chute jusque dans la Meuse, entraîne son second qui a quitté le relais pour lui donner "du mou" et le 3e va se tuer en s'aplatissant sur le seul clou de cette cordée imprudente. Nous apprenons cette nouvelle à notre descente du combi VW qui nous ramène du Saussois à Freyr.

Freyr en 1957

1957, va me permettre de découvrir près de 25 voies nouvelles à Freyr. Il faut se rappeler que nous n'étions que des grimpeurs de week-end, que l'on refaisait souvent les mêmes voies et que l'on réalisait rarement plus de 4 voies sur une journée. J'ai acheté le "guide des rochers belges" de 1957 et je note chacune de mes escalades. Ceci me permet aujourd'hui de raviver mes souvenirs et de les préciser. Le massif de prédilection du groupe "Radis" est le Mérinos. De ce fait, sans dédaigner de s'échauffer dans l'Ancienne, où j'ajoute "la Pipe", "la Voronoff", "la Pipette", et le "Départ Jongen" à mon tableau de chasse, nous partons ensuite sur le sentier du bord de Meuse vers le Mérinos en grimpant l'inévitable "Grunne" que curieusement je n'ai jamais faite en second. "Buses" et "Anciens Belges" deviennent une de mes successions favorites en attendant qu'en 1959, "Radis" ouvre les "Asiatiques", "Hermétiques" et autres "Super vol au vent". Je constate à la lecture de mes notes que je découvre souvent une voie en second, mais que je la refais ensuite quasi toujours en tête. Mes copains me font découvrir le petit massif des 5 Anes où nous combinons deux longueurs "5 Anes" avec une sortie "Tour de Cochon", histoire d'éviter les difficultés majeures de ces deux voies.

En mai 1957, je connais mon premier dévissage, alors que, dans l'Ancienne, je découvre en tête la "Rectiligne". Dans la dalle, je trouve un piton en U enfoncé jusqu'à la garde dans une concrétion calcaire cristalline. Le pas de V+ se trouve deux mètres au-dessus. En voulant le franchir, mes doigts se crispent sur une petite vire, mais malgré mes ongles qui s'enfoncent dans la fine couche de terre, je pars en arrière. J'ai le temps de voir le piton en U se déchirer puis jaillir hors de la fente et je dévale vers la tête de mon second, Guy van Oldeneel. Un vieux piton en fer forgé de la "Mélampyre" tient le coup et arrête ma course. Je suis à 3 mètres au dessus de mon assureur, je viens de dévisser de 15 mètres. Le Président du Club Alpin se trouve par hasard avec un groupe de grimpeurs quelques dizaines de mètres plus bas. Il m'a vu chuter et disparaître dans les arbres. Il accourt et me dit qu'il n'a jamais vu une chute aussi longue se terminer avec aussi peu de dégâts. Avec le verre de ma montre cassé, je n'ai qu'un peu de sang qui suinte à la base de mes ongles, preuve de l'énergie mise pour éviter la chute. Suivant les bons principes, je remonte aussitôt sur une voie voisine plus facile.

Je suis, plus dépité par l'échec, qu'effrayé par la chute. Ce même mois de mai je découvre en tête le Spigolo, au départ glissant, en second la Comète, nouvelle voie ouverte par "Radis" et, avec un pas d'artif, les "petits vélos" dans la Liedekerke. Le top c'est le 2 juin, où je fais mon premier pas de 6A en second à la "Direttissima". Il faut se rendre compte qu'à l'époque, on ne recense que deux 6B à Freyr, dans le "Tour de Cochon" et aux "Trois Saurets". D'autres passages déjà ouverts ne se passent qu'en artif. Voir Schinfessel, ex-légionnaire au fameux gabarit, grimper les "Trois Saurets" est un spectacle que l'on vient regarder du haut de l'Al Lègne, à la sortie de cette voie. Le même mois, je fais en second la sortie des "5 Anes", la fameuse fissure by-passée les mois précédents et les Crêpes Moyennes. Deux pas de V+.

De 1952 à 1956, Jean-Marie Lechat a découvert la spéléologie et sérieusement l’escalade dans les calanques