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Une Montagne pour Deux - Récit à quatre mains

Soumis par Bivoit Pierre le 10 November 2011

tous sont venus nous accompagner pour le départ. Nous sommes chaudement congratulés et nous recevons les dernières recommandations tandis que nous endossons nos sacs lourdement chargés. Nos amis qui ont maintes fois fait le voyage révisent avec nous le parcours que nous allons faire et nous sentons, en dépit de leur enthousiasme, quelques réserves dans leurs propos. La scène pourrait se dérouler sur le quai de n' importe quelle gare. Mais cette fois-ci, nous sommes, au pied du Mont Humboldt, en route pour le sommet, dans un paysage labouré, déchiré, éventré de toutes parts par les bulls des mineurs et des prospecteurs en quête de nickel et de chrome. Sur le quai, Catherine aurait demandé: « tu as pensé aux billets? »
Là, je me sens défaillir car son interrogation est bien plus angoissante: « Tu as pensé à l’eau ? ». Son silence répond au mien...trop tard, le 4x4 est reparti et j’ai laissé mes bouteilles au frigidaire du campement, 25 km plus bas à l’embouchure de la Rivière Tontouta.
 Catherine « Je vais devoir partager mes deux litres d'eau tiède avec Pierre qui pensait s'offrir une boisson glacée dans la montée ...Mais nous sommes mariés pour le meilleur et pour le pire et … »
 Pierre : « J’ai intérêt à me faire discret...En route...Il va falloir se restreindre ».

Le sentier sous les immenses kaoris s’élève doucement et nous oublions vite le paysage défiguré du départ. Nous avons le massif pour nous tous seuls car son accès est limité aux détenteurs de la clé d'un portail métallique qui en défend l’accès. Le groupe de six avec qui nous devions partir a déclaré forfait au dernier moment, incapable de se lever... Nous ne pouvons que nous réjouir de ce désistement, même si du point de vue de la sécurité, nous ne sommes plus « triple A » car le téléphone GSM ne passe pas dans cette montagne reculée.

Nous avançons sans peine sur un chemin facile et sans transition nous débouchons en plein soleil dans le maquis minier au sol de latérite pourpre recouvert d'une extraordinaire flore endémique. Dès lors notre progression ralentit car chaque fleur nouvelle est l'objet d'un émerveillement et de nombreuses photos. Nous ne voyons pas le temps passer, le soleil devient de plus en plus chaud, nos réserves s'épuisent et nous avons raté l’unique source de la randonnée !
Enfin, vers midi, nous atteignons le refuge Vulcain et sa réserve d’eau de pluie. Miracle, ce n’est pas un mirage, je récupère une bouteille oubliée qui va nous permettre d'envisager la seconde étape plus sereinement car le sommet que nous apercevons est encore bien loin et bien haut.
Un nuage providentiel nous permet de parcourir aux heures les plus chaudes, la longue crête pentue qui conduit à la forêt de mousses.

Nous pénétrons brutalement dans un univers végétal sombre et humide composé de grands arbres, de fougères, de lianes de troncs en décomposition, de racines entremêlées, où nous cherchons notre chemin mal balisé. Nous passons deux heures à ramper, à tomber parfois, à escalader. Il n'est plus question d'admirer le paysage ou les jolies fleurs. Nous ne pensons plus qu'à bien poser nos pieds, à trouver les meilleures prises pour se hisser, et à arriver au refuge avant la nuit.
Mais nos craintes sont vite oubliées car en fin de journée nous apercevons au fond d'une vallée accueillante la petite cabane qui sert de refuge. Profitant des derniers rayons de soleil, Pierre qui a vite récupéré ses forces et son moral revient avec une moisson inespérée d'orchidées endémiques dont certaines ne poussent que sur le Mont Humbolt .

Nous découvrons dans le journal du refuge les récits d ' Alain Houdan qui a fait de cette montagne son jardin, il est monté 89 fois, seul ou avec des amis. Peu de 31 décembre où il ne soit là à fêter la nouvelle année C’est à lui que nous devons d'arpenter le sentier qu’il entretient avec sa pelle, sa pioche et sa sueur. Merci Alain !
Nous dormons bien, sûrement pas seuls car les rats, nous avons des preuves, sont les vrais propriétaires des lieux.
Nous avons tellement bien récupéré que nous nous levons trop tard et nous n’arrivons pas au sommet avant le nuage qui le recouvre. Qu'importe, nous nous arrêtons sur une petite selle d'où l’on voit ensemble les deux côtes Est et Ouest de l’île, au terme d'un « scrambling » laborieux parmi les dalles en lames de couteau menaçantes.
La descente est aussi laborieuse que la montée car nous cuisons sous le soleil et nos parapluies que nous ouvrons comme des ombrelles, ne nous épargnent pas de la chaleur. Nous parcourons les derniers kilomètres comme des automates et retrouvons nos amis à l’heure convenue, quelque peu rassurés de n’avoir pas eu à nous attendre.

Au retour, poussant la lourde barrière de fer, nous prenons garde de bien refermer derrière nous « La Porte de la Montagne » pour lui conserver sa beauté et sa solitude.

S'il fallait coter cette marche, nous la mettrions dans les plus belles, mais parmi les plus dures … Mais quand on aime.. On y retourne !
Pierre et Catherine Bivoit

Il est six heures du matin : Edmond au volant du pick-up, Odon et sa fille, sans oublier les deux gros chiens dans la benne,