Aller au contenu principal

Open Blok 2012 : sensations retrouvées

Soumis par Membre Cabbrabant le sam, 11/02/2012 - 00:00

C'est la sixième édition de cette compétition et pour la troisième année consécutive, elle attire plus de 100 grimpeurs entre un Open jeune le samedi et un Open senior le dimanche.

L'Open senior proposait 40 blocs de 6a à 7c à grimper en qualification, suivis d'une finale comptant trois blocs à grimper en 4 minutes pour les six premiers hommes et femmes. Les qualifications : 40 blocs à grimper entre 13h et 18h, finales à 19h, autant dire qu'il s'agit d'un petit marathon !

Après environ un an et demi d'arrêt suite à une blessure au poignet gauche fin 2009 et revenu enfin dans le monde du travail, j'ai recommencé à grimper depuis quelques mois à « mi-temps ». Cet Open est l’une des premières compétitions à laquelle je participe depuis que je suis rétabli, je viens dans l'optique de me défouler un maximum comme la plupart des autres grimpeurs.

La salle Blok s'est procurée fin 2010 plusieurs gros modules comme ceux qu'on peut voir dans les compétitions internationales, ce qui a permis d'ouvrir des blocs de qualification plutôt techniques et à sensation. De la dalle au gros dévers, tous les styles sont présents. La plupart des blocs ne demandent pas trop d'énergie, ce qui permet d'en grimper beaucoup pendant les cinq heures des qualifications. L'ouverture était gérée par Olivier Batar, champion de Roumanie, je tiens à lui tirer mon chapeau pour l'ouverture de tous ces blocs en seulement deux journées !

Bonne ambiance entre tous les compétiteurs pendant les qualifications. Des petits groupes se forment pour travailler les blocs, les méthodes s'échangent, cela ressemble à une bonne grosse séance à grimper tous ensemble. Les blocs étant à sensations, ils me conviennent assez bien, j'arrive à enchaîner tous les blocs les plus durs en qualifications. L'aspect technique de l'escalade, devoir chercher des méthodes ou avoir une coordination parfaite pour réussir un mouvement, est toujours une des choses que j'ai le plus appréciée dans l'escalade et heureusement, cela ne se perd pas trop après de longs mois d'arrêt ! Par contre, l'endurance n'est plus du tout à son niveau d'antan, je prévois donc d'arrêter les qualifications à 17h et de ne pas faire tous les blocs plus faciles, pour avoir le temps de récupérer avant les finales. Je termine 2ème des qualifications derrière Jonathan Thomas qui a aussi fait la plupart de tous les blocs durs, mais a aussi pris le temps de faire tous les blocs les plus faciles pour éviter la surprise qu'il avait eue l'année passée. Il était 1er ex-aequo en finale mais a terminé 2ème à cause des qualifications où il n'avait pas fait les blocs faciles ! Autre grimpeur fort présent, Didier Mottart. Il termine 5ème en qualification, un peu malchanceux, tombant souvent au dernier mouvement de l'un ou l'autre bloc en zippant.

Fin des qualifications à 18h, grosse demi-heure à attendre avant d'avoir les résultats des qualifications et se reposer un peu ! Du côté des femmes c'est Magali Hayen qui sort 1ère des qualifications suivie de Chloé Caulier. Les six premiers hommes et femmes vont en isolement dès la publication des résultats et un peu après 19h, c'est parti pour les finales.

Deux minutes de lecture par bloc tous ensemble, puis chaque grimpeur a 4 minutes par bloc pour l'enchaîner. C'est la première finale à laquelle je participe depuis ma blessure, je subis à nouveau la tension et l'excitation qu'on peut ressentir en lisant les blocs avant de retourner dans l'isolement. Encore quelques minutes de patience avant le début des finales, je repasse en boucle dans ma tête les blocs qu'on vient de lire pour être le plus efficace possible dès le premier essai.

Le premier bloc ne se grimpe que sur des modules et est assez technique, parfait pour se réveiller. La plupart des hommes le réussissent à vue. Deuxième bloc... celui-ci a posé problème à la lecture en qualification. Il y avait une prise perdue au milieu d'un toit avant un réta sur un module. Personne n'avait trop compris dans quel sens il fallait se mettre pour passer le mouvement. Vient mon tour. Je ne vois pas de magnésie sur les dernières prises en arrivant devant le bloc, personne ne l’a enchaîné dans les premiers grimpeurs, confirmation d'une méthode sûrement difficile à trouver. C'est le moment d'y aller... Je suis dans ce fameux toit avec cette prise au milieu de nulle part, je me dis que les méthodes évidentes ne sont sûrement pas les bonnes puisque personne n'est arrivé à la fin. On change de répertoire de mouvements et je me mets face au public avec les pieds sur les prises de main à la sortie du toit et grimpe le bloc à l'envers en quelque sorte. Tension maximale, plus d'une fois je pense tomber, mais le corps tient tout juste sur le mur ! J'arrive en haut du bloc en l'enchaînant à vue, je redécouvre les effets de l'adrénaline ! Troisième et dernier bloc des finales, un bloc plutôt physique également en toit. On sent qu'on arrive à la fin de la journée et que les ressources s’épuisent doucement chez tout le monde. Je prends pas mal de temps pour à nouveau le lire ; je le sens, je n'ai l'énergie que pour un essai à fond dans ce dernier bloc d'une dizaine de mouvements. On entame l'essai, les réserves se vident progressivement à chaque mouvement du bloc. J'arrive au dernier mouvement, les coudes commencent à se lever à cause de l'acide lactique, la dernière prise paraît être à des kilomètres. Dans un dernier cri pour rassembler les dernières onces d'énergie, je l'attrape in extremis ! Il s'agissait bien du dernier essai que j'aurais pu tenter ! Seul autre grimpeur à enchaîner le dernier bloc : Didier Mottart qui termine 2ème. A la 3ème place on retrouve Jonathan Thomas, qui n'a pas su se donner à fond à cause de la fatigue des qualifications. Je termine 1er, à ma grande surprise, en enchaînant donc les trois blocs de finale à vue. L'ouverture me convenait très bien, j'aurai eu un peu de chance de ce côté-là ! Du côté des femmes, c'est Chloé Caulier qui s'impose en enchaînant également ces trois blocs de finale à vue devant Magali Hayen et Maëlys Gillart.

Cela fait bientôt un an que les soucis liés à mes blessures se sont estompés, mais je n'ai jamais vraiment recommencé à fond, faute de temps et de motivation. Les sensations retrouvées à cette compétition m'ont redonné une bonne dose de motivation. Pas spécialement à cause de ma victoire, mais plutôt pour avoir pu de nouveau m'exprimer comme il y a quelques années. Lorsque le ligament de mon poignet s'est rompu en 2009, il y a eu un grand changement dans ma vie. Comme cette blessure était loin d'être la première, et que le rétablissement allait être long, je me suis déconnecté du monde de l'escalade pendant un temps. Pas mal de choses ont été remises en question. J'approchais de la fin de mes études et continuer dans l'escalade comme je le faisais ne pouvait pas être envisagé. Cela a un peu remis tous les compteurs et repères à zéro, avec l'impression d'avoir perdu tout le temps et l'énergie investis dans le sport pendant toutes ces années. Lors de la finale de cette compétition, c'était la première fois que je me retrouvais dans une situation de « haut niveau », un peu par hasard. Devoir à nouveau se donner à 100%, à un instant précis dans un bloc précis, et se battre pour arriver en haut avec l'excitation de la compétition sont des sensations que j'ai été heureux de retrouver.

Fin de l'événement vers 21h. Vu le nombre de participants et les échos des grimpeurs, l’Open Blok 2012 est un franc succès. Je tiens encore à remercier Sepp Breesch pour l'organisation et Olivier Batar pour l'ouverture des blocs. Rendez-vous en 2013 pour la prochaine édition !

Jérôme De Boeck

Photos : Tom Van den Bergh

L'Open annuel de la salle Klimzaal Blok à Hoboken se tenait cette année le week-end du 10 & 11 février.