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VERCORS, PULKA ET COMPAGNIE

Soumis par Membre Cabbrabant le 17 March 2012

Pour vous situer le haut niveau de notre expérience en la matière avant le départ, je vous donne quelques points importants de notre préparation.
Nous avons subi trois repas lyophilisés avant de conclure que l’on allait manger des pâtes tous les jours, nous avons découvert quatre jours avant de partir qu’une pulka c’est lourd, Sandrine a fait maintes courses dans les congélateurs de grand magasin pour s’habituer au grand froid, j’ai décidé d’acquérir un gps de rando six jours avant le départ ce qui m’a permis d’aller à la boulangerie du coin sans me tromper de chemin et revenir sur mes pas, j’ai testé mes nouvelles guêtres lors d’une promenade ensoleillée et Sandrine a pensé faire l’ascension des deux étages de la maison par la face nord de l’escalier en raquettes et bâtons mais des éboulis de linges sales ont stoppé sa tentative. Nous décidons tout de même de partir rien qu’à deux pour jouer la carte autonomie et isolement à fond.

Dimanche 10 mars à 23h, à 1km du parking dans la vallée de Combeau à l’est du plateau, la neige se découvre sur le bord gauche de la route mais pas le bord droit (Au retour, on verra que c’est un énorme ravin !), nous sommes plus que rassurés de l’apercevoir enfin mais mon ami Stéphane apparaît en costume de diable dans un virage et me dit « Je t’avais dit de tester les chaînes au chaud avant de partir ». Heureusement, ce n’est qu’une hallucination due aux nombreuses heures de route, notre choix d’aller sur un parking en cul de sac d’une petite départementale s’avère payant, la route est propre comme une vieille poêle à crêpe sortie du lave-vaisselle, impeccable et à l’adhérence irréprochable. Nous dormons dans la voiture et ne déplions pas la tente pour pouvoir démarrer dès les premières lueurs.

Le lundi à 10h30, nous partons de la vallée de Combeau pour monter jusqu'à la cabane de Chamailloux en passant par celle de l’Essaure sous un ciel clément, contrairement aux chutes de seaux qu’annonçait Météofrance. Au fur et à mesure que l’on monte, les yeux de Sandrine, qui n’a jamais été aux sports d’hiver, s’ouvrent tout grand d’émerveillement. En fait, je me rendrai compte à la fin de la journée que c’était aussi dû au poids de sa pulka qui frappe ses abdos à chaque pas. Elle est obligée d’utiliser ses bâtons en montée comme en descente pour ne pas se faire emporter, j'ai moi-même du mal à tirer mon chargement qui se bloque dans les petits sapins pendant que celui de Sandrine se retourne.
Moment d’euphorie, Sandrine se laisse courir et se retrouve à mes pieds enfoncée de plus d’un mollet, petite frayeur mais son sourire est toujours là, on peut repartir.
Arrivés à la cabane, Nous décidons donc de larguer tente et piquets, prendre le minimum vital (eau de Villée et chocolat entre autres) pour continuer notre périple le lendemain.

Nous testons donc pour vous :« Randonner en raquettes avec une pulka en cabane sur le plateau du Vercors ».
Nous sommes quatre dans la cabane hexagonale, les instincts naturels reviennent au grand galop, moi homme blanc m’empresser d’allumer le poêle et préparer les couchages alors que Sandrine s’occuper du repas et de la vaisselle. Je vous rassure, le poêle qui a la taille d’une boîte à chaussures fait monter la température à un niveau presque supportable avec un pull et un gros manteau (nous sommes passés de moins 4 à moins 2 degrés).

Mardi, nous partons allégés de près de 10 kilos toujours sous un soleil discret, jusqu'à la cabane du pré Peyret. Arrivés là par une grosse descente finale, trop tard pour redémarrer sans devoir terminer à la frontale. Je vais devoir dormir avec 4 filles dans une cabane isolée de tout sauf du froid, j’ai peur…
Avant de souper, nous allons tout de même sans les pulkas voir le pas de Chabrinel, où je me ferai une frayeur avec le crampon d’une raquette qui ne cramponne pas un court instant.

Le troisième jour, nous allons voir plus haut ce qui se passe sans la pulka, pour avoir la joie de se rendre compte qu’en fait c’est bien elle qui nous tirait en arrière et non le poids de nos cheveux pas lavés. Nous retrouvons le plaisir simple de nous retourner facilement pour admirer les paysages dans notre dos et vérifier que Sandrine n’a pas été enlevée par un mouflon. Aussi, j’ai la bonne surprise de constater que mon thermos n’est rempli qu’à moitié, j’aurai moins à porter. Nous montons au col des Bachassons, à 1900 mètres d’altitude, au pied du grand Veymont par la plaine de Queyrie bien dégagée, les traces d’animaux sont nombreuses mais nous ne voyons toujours pas l’ombre d’un animal qui ne porte pas de raquettes ou de skis.
Au col, la vue est fabuleuse sur tous les environs, je ne résiste pas à une photo souvenir de moi en slip devant le Grand Veymont, j’ôte mes vêtements et dans le délire de l’instant, je fais un pas dans la neige et me rends compte immédiatement de l’intérêt des raquettes que j’ai enlevées, je m’enfonce puis me retiens avec les mains à une pierre, j’ai de la neige jusqu’au slip et un petit trou se profile encore sous mes pieds ! Après ces émotions, la photo mise dans la boîte et un bain de soleil des plus prolifiques qui fera regretter à Sandrine l’absence de son bikini, nous décidons de redescendre sagement sur le plateau par le pas des Chattons.
Sur le GR la neige, belle jusque-là se transforme en glace pilée, on a l’impression de marcher dans un verre de Caïpirinha, j’ai soif…
Je termine avec les pieds mouillés et à la cabane un policier nous dit avoir arrêté une famille de mulots dans nos pulkas, (oui, oui, y a des policiers qui n’ont pas un boulot facile !) elle n’a grignoté qu’un sac poubelle vide, j’ai faim…

Jeudi sonne déjà un peu le chemin du retour, la nuit a apporté quinze centimètres de neige, nous repartons au Chamailloux par le même chemin mais avec des conditions météo complètement différentes de l'aller (bourrasques de neige, brouillard et vent de face). Le plaisir d'être le premier à faire la trace était fantastique tel un lendemain de chili con carne (les initiés comprendront !).
A l’approche du col du Pison, nous croisons enfin un écureuil qui tente de prendre une unique pomme de pin dans la neige. En passant, je la dégage avec une raquette : elle dévale les deux cents mètres de pente, j’ai honte…
En fin d’après-midi, nous arrivons au Chamailloux après avoir tâté le grandiose pas de l'Aiguille (L'engagement y est non négligeable, il y a une croix, commémoration de passages ratés peut-être.)
Au beau milieu de la nuit, vers 20h, deux gars surchargés débarquent avec des appareils photos énormes et tout le matos qui va avec et nous demandent combien on a vu d’animaux, je lui réponds fièrement que nous avons croisé un écureuil (qui est peut-être mort par ma faute, snif !), l’un des deux regarde la corde à linge, il pend ses chaussettes, j’ai sommeil…

Vendredi, au réveil, une vision glace le sang de Sandrine, elle a laissé ses chaussures sur le sol, elles sont gelées. Heureusement resoleil pour descendre dans la vallée de Combeau où mon traîneau décide un instant de se placer perpendiculaire à ma trace dans le sens de la pente, qui paraît de plus en plus pentue et attirante. Heureusement, je suis désormais capable de danser avec une pulka, l’air de la montagne et le saucisson certainement. Sandrine a aussi son lot d’émotion quand la sienne se retourne dans une descente, tordant son harnais dont le mousqueton d’attache se détache sans s’abîmer.
Au retour à la voiture, une bière et le ruisseau pour nous tremper les pieds étaient là, pur moment, j’ai bon…
Nous quittons les derniers paysages magnifiques et après quelques achats de clairette à Die et de longues nationales, nous sommes de retour à la maison. Je cherche inconsciemment le poêle dans ce logis, Sandrine cherche la source la plus proche, le retour à la civilisation n’est pas évident. Nous allons nous coucher, je rêve de mon écran gps qui nous aura bien servi et Sandrine rêve déjà de caribous et de moi en slip dans le grand nord canadien.
Un tout grand merci à Eric et Michelle qui nous ont initiés à ce rêve et nous ont aidés à en faire un excellent souvenir.
Merci aussi à Maxime et Mélanie qui nous ont prêté la moitié de leur maison pour ce trip.

David Herrygers

Sandrine et moi avons testé pour vous :« Randonner 5 jours en raquettes avec pulka et tente sur le plateau du Vercors ».

Plateau du Vercors, Grand Vaimont