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Elles ont quelle taille tes boules?

Soumis par Villanueva Sean le mar, 05/06/2012 - 00:00

La sangle tremble, elle semble incontrôlable… «Toute chute est interdite » nous dit le Français, « Donc n’oubliez pas les gars, si vous tombez, pour ne pas risquer de l’abîmer, accrochez-vous à la sangle! ». Rassurant, le ruban se met à trembler de plus belle….
Je suis sur l’Atomium, structure créée provisoirement pour quelques mois, il y a plus de 50 ans maintenant…
Les Français, qui chapeautent l’expérience, ont du matériel pro : c’est leur dynamomètre qui a mesuré les forces : la sangle exerce une traction de 900kg sur les boules auxquelles elle est fixée.
Au ras du sol, pas de problème pour danser dessus. Pourtant ici, impossible! Où est la différence? Dans ma tête se déroule un combat d’enfer! Des milliers de pensées s’entrechoquent. « Et si je tombais mal? Si la structure cassait? Et le matériel? Mon nœud est il bien fait? La sangle glisse!».
J’ai tous les muscles tendus, l’acide lactique s’accumule dans les épaules, les cuisses, les abdos… Tu n’as fait qu’un mètre, et il t’en reste 69 ! Tu perds l’équilibre, attrape la sangle!!!

A l’origine de ce projet, Nicolas Molron et Martin Boland. Tous deux sont grimpeurs et slackliners et travaillent régulièrement à l’Atomium. Un jour, le directeur de l’Atomium leur a demandé d’installer une webcam en son sommet. Et c’est là que, pendus dans leurs baudriers sur le mât, ils ont eu une vision d’enfer : si on tendait une slackline entre deux boules? N’ayant pas d’expérience de highline (slackline en hauteur), ils font appel aux experts.

En Belgique, il y a trois personnes qui ont donné ses premières vibrations à la slackline : Benoit Poisson, Vincent Verdoot (Bob) et Florian Castagne. On peut régulièrement les trouver sur une sangle au Bois de la Cambre, au Cinquantenaire ou encore en hauteur, aux Grands Malades ou à Freyr. Evidemment qu’ils sont enthousiasmés par le pari! Mais pour un projet de cette envergure, ce serait peut-être une bonne idée de contacter des professionnels aussi : Les skyliners, venus de France, de vrais pros de la highline, qui ont déjà installé des slacklines aux aiguilles de Chamonix, et entre les tours Mercuriales à Paris. Pour ce projet, Julien Millot, Antoine Moineville, Tancrède Melet, Théo Sanson, Sébastien Brugalla et Robin Exertier entrent dans la danse! Pour réaliser la vidéo, le cinéaste primé Seb Montaz est de la partie ainsi que Nicolas Walzer afin de pérenniser la tentative.

L'Atomium, structure créée en 1958 à l'occasion de l'exposition universelle de Bruxelles, culmine à 102 m et pèse 2 400 tonnes. Chaque boule a un diamètre de 18 mètres et pèse 250 tonnes. La fixation de la highline va représenter une traversée de 70m de long à près de 70m de haut.

Un an de logistique : autorisation de la direction de l’Atomium, de la police, de la ville, les assurances… Très rapidement Charles Giraud et Damien Mercier de slack.fr (www.slack.fr) sont d’accord pour nous aider. (Slack.fr est une boîte qui fabrique des slacklines)

Un jour, Benoît, Vincent et Flo me parlent du projet : « Ça t’intéresserait Sean? »
« Si la date tombe bien et que je ne suis pas en expédition, pourquoi pas ? Ce serait vraiment unique!». Et voilà comment je me suis retrouvé associé à ce projet… J’avoue qu’au début je n’y croyais pas trop…

Jullien Millot, un des gros moteurs de cette expérience se blesse quelques semaines avant la date prévue… Impossible de participer… Néanmoins, il reste la locomotive dans l’organisation, son absence de l’événement ne va pas entamer sa grande motivation!

Bon, je me retrouve sur la highline, à 70m de hauteur. Ça tremble à nouveau. La slackline n’est que la réflexion de tes propres émotions, il faut se relâcher ! Tout à coup, c’est le déclic! La pensée, l’émotion et l’expérience fusionnent. Il n’y a plus rien, juste la sangle. Le temps n’existe plus: il n’y a plus ni passé, ni futur, juste le présent. Je sens l’oxygène qui pénètre mon corps, je vois les oiseaux qui passent, je sens l’air sur ma peau, j’entends tous les sons qui m’entourent, les amis qui m’encouragent, je suis un avec l’univers… La sangle ne tremble plus! Impossible de tomber! Je suis en contrôle total. Je marche dans l’air, je flotte dans l’air!! Je traverse!

Nous aurons tous poussé nos limites d’une manière ou l’autre. Pour certains Français, c’était par exemple, faire la traversée de nuit ou les yeux bandés.
Un grand bravo à Béa et Alexis qui, sans expérience en highline ont mené un combat impressionnant.
Ce fut vraiment un weekend d’anthologie! La sensation de marcher dans l’air au-dessus de Bruxelles…magique ! Je plane encore!

Un grand merci au directeur et au personnel de l’Atomium qui, grâce à leur soutien et leur coopération, nous ont permis de réaliser ce projet.

Debout sur la sangle de 2,5cm de large, sous tes pieds, 70m de vide et tout Bruxelles. Au sol, les touristes t’observent et crient, ils voudraient, c’est sûr, que tu tombes.

Atomium, BRUXELLES