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Karibu Kenya – carnet d'un bourlingueur

Soumis par Fontaine Christian le 28 February 2012

Mon ami Christian Manhal, m'y emmène ce soir pour faire la connaissance de grimpeurs du coin, histoire de pouvoir concocter un plan falaise pour le prochain WE.
A l'instar de Lambert, lors de nos soirées « culturelles », le secrétaire présente le programme du club pour les prochaines semaines, et invite les personnes responsables de chaque activité à donner quelques précisions pratiques. Rapidement, il intercale un « announcement », et me présente à l'assistance comme un grimpeur de passage qui cherche un partenaire pour les prochains jours.
Ceci fait, on passe à la soirée « culturelle ». Et quelle n'est pas ma surprise de revoir là, le film « Asgard Jamming » de nos stars du CAB-RCT., le film sous-titré en anglais. Quelle émotion, de penser que là, au milieu de l'Afrique, c'est leur film, plutôt qu'un film anglais, qui est choisi pour animer la soirée.
Quelques jours auparavant, du 23 au 26 février, nous avions Christian et moi eu l'occasion d'aller grimper dans le parc naturel du Mont Kenya.
L'objectif initial était le sommet principal : le « Batian », par l'arête sud-Ouest. Mais des ennuis de voiture, nous ont retardés d'un jour, et ont compromis la réalisation de ce premier objectif, pour lequel 5 jours au moins étaient nécessaires.
Nous nous sommes rabattus sur un objectif moins ambitieux, la « Pointe John », une jolie aiguille d'environ 300m, en face Sud du Mont Kenya. Cette pointe culmine quand même à 4.883m et nous en ferons l'ascension par l'arête Sud. La voie ne comporte aucun passage particulièrement compliqué (5a max), mais la difficulté est double. Premièrement l'altitude : nous n'aurons que 3 jours pour passer de 2.400 m (altitude à l'entrée du parc, où nous arrivons en voiture), au sommet. Deuxièmement, la météo : la particularité du mont Kenya est qu'il neige invariablement tous les jours entre 4000 et 5000 m, sur l'heure de midi. Les seules inconnue sont le temps que va durer cette averse de neige et la température, qui chutera en conséquence (jusqu'à – 15° en quelques minutes). Pas question donc de grimper léger, il faut emporter parka, duvet, moufles, et grimper en grosses, plutôt qu'en chaussons. Nous aurons beaucoup de chance le jour de l'ascension. Il neigera très faiblement, pendant une heure environ, peu avant l’arrivée au sommet.
Le 23 février, après avoir engagé Moniki, un porteur kenyan qui nous aidera à porter la nourriture et les affaires de couchage (environ 15kg), nous arrivons donc au « met camp », à 3.050 m, après une marche de 9 km et un dénivelé de 650 m. Il y a là plusieurs petits chalets en bois, équipés de lits superposés, et de matelas en mousse un peu fatigués. Les autres locataires sont des bandes de singes qui n'ont pas d'autre occupation que d'essayer de voler la moindre nourriture laissée à leur portée.
Le lendemain, nous montons au « Mackinder's camp », à 4200 m, par une marche longue de 10 km : un refuge en pierre, propriété d'un tour opérateur privé : le « Nano Moru River Lodge », qui organise des treks dans le massif du Mt Kenya. Mais le confort n'est pas leur priorité. Pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de chauffage non plus, et des lits tout aussi fatigués qu'à la « met station ». Deux journées de marche avec 10-15 kg sur le dos, alors que 4 jours plus tôt j'étais encore à l'altitude 100, à Boitsfort, c'est un peu rapide. L'altitude se fait sentir : fatigue, un peu de migraine. Heureusement, pas d'autre occupation là-haut que de se reposer. Il n'y a qu'un autre couple d'anglais qui fera le lendemain la pointe « Lenana », le sommet de trekking du Mont Kenya.
Le 25 février, départ vers 7h30, et une marche de 2 h environ, pour 400 m de dénivelé, jusqu'au pied de la voie. Moniki nous y accompagne en portant la corde.
Nous mettrons 5h30 pour boucler les 7 longueurs d'ascension, et les rappels de descente dans la « voie normale » avec une corde en simple de 60 m, la seule que possédait Christian, ce qui nous a permis d'aller plus vite à la montée, mais nous a causé quelques soucis pour la descente, où elle était trop courte pour un rappel.
Retour au « Mackinders » lodge pour la nuit, refuge bondé cette fois, et animation assurée par une bande d'anglais et d'américains. Le lendemain, levés à 5h et départ à 5h30, une marche forcée de 1800 m de dénivelé négatif et de 19 km jusqu'à l'entrée du parc, va nous achever. Christian était pressé de rentrer à Nairobi pour le boulot. Pas question donc de lézarder en route.

Malheureusement pour moi, je me retrouve seul à Nairobi après cette ascension. Comment profiter de ce séjour pour découvrir d'autres sites de grimpe ? Les lieux d'escalade sont pour la plupart inaccessibles sans 4x4, et introuvables pour quelqu'un qui ne connaît pas la région.

Le Mountain Club of Kenya est un petit club composé de 190 membres, et en réalité, tous ne sont pas des grimpeurs. Difficile dans ces conditions de trouver un partenaire au pied levé.
A cette réunion du MCK, je fais la connaissance d'Alex, un grimpeur actif dans le bizness des safaris. On échange nos numéros de gsm. Il y a une possibilité pour le samedi suivant.

Qui n'a pas eu le bonheur de voir « Out of Africa », d'après le roman de Karen Blixen, avec Meryl Streep et Robert Redford ? Des séquences du film ont été tournées à la maison même qu'habitait Karen Blixen, sur les hauteurs de Nairobi, d'où l'on peut apercevoir au loin les Ngong hills, collines sacrées pour les Kikuyus. Nous irons grimper Alex et moi, derrière ces collines, dans un site dénommé « Frog », en l'honneur d'un grimpeur français qui y a ouvert les premières voies dans les années 1980. Il s'agit d'une falaise de gneiss, d'une hauteur de 40 m, située à proximité d'un site plus connu : « Embaribal ».
Le jour J, on se retrouve à proximité de la maison de Karen Blixen, et il nous faudra une heure de piste pour atteindre la falaise. Nous y grimperons 5 voies : 2 voies en trad (Bug 5b, et Calling Elvis 6A) à l'anglaise, 2 voies sur spits (Flight of the phenix 6b, et 1 voie récente sans nom 7a), et une voie en trad avec 2 spits aux endroits improtégeables (Kamasutra 6b+).
Deux petits pasteurs masaïs nous tiendront compagnie pendant la journée, et nous aideront en fin de journée à changer un pneu crevé du 4x4. Les aventures de la journée ne s'arrêteront pas là ! Nous aurons encore droit à une averse de grêle, et une bonne drache d'une heure, qui transforme rapidement la piste, débonnaire à l'aller, en un torrent furieux. Il faudra toute l'adresse d'Alex pour nous sortir de la boue des ornières.
Journée inattendue et magique en tout cas, tant pour moi que pour Alex, qui a du mal à trouver des partenaires réguliers de grimpe. Les grimpeurs qui restent longtemps au Kenya sont rares. Il y a quelques noms, que l'on retrouve dans les publications, qui ont ouvert un grand nombre de voies. Les autres sont des « expats » qui restent quelques mois, ou quelques années, puis s'en vont.

Asante asana (merci en swahili) Alex, et sûrement à bientôt.

Références
Site du MCK : www.mck.or.ke
Site ewpnet : www.ewpnet.com
Andrew Wielochowski, East Africa International mountain guide, West Col Productions, Goring Reading Berks. RG8 9AA 1986, England ISBN 0 906227 229 1
Topos publiés par le MCK (Iain J. Allen), et disponibles au Mounain Club of Kenya.
Iain Allen et Alex Fiksman sont responsables de www.tropical-ice.com/, et proposent des « walking safaris ».

P.S
L'encre n'avait pas encore fini de sécher sur cet article, qu'un attentat faisant 6 morts et 63 blessés était perpétré dans une centrale de « matatus » (bus et minibus bon marché) à Nairobi. Nombreux sont les pays où les grimpeurs-touristes que nous sommes se demandent s'il est sage encore d'en aller découvrir les montagnes et les falaises. Que ce soit en Himalaya ou au Karakoram, avec les conflits en Afghanistan, au Pakistan et en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique noire ou en Afrique du Nord avec le printemps arabe et d'autres conflits régionaux, en Amérique latine, avec les problèmes liés aux cartels de la drogue, peu de pays semblent épargnés par la violence.
La situation est tragique pour les populations locales, dont la survie économique dépend parfois des quelques touristes qui acceptent encore de voyager dans ces pays (voir à ce sujet le plaidoyer de la compagnie « Point-Afrique »).
Il n'y a pas de réponse générale à la question de la sécurité, d'autant que les médias grossissent parfois certains événements, et que même chez nous, le terrorisme importe ces conflits qui à priori ne devraient pas nous concerner. Cesse-t-on de se rendre à Liège ou à Anderlecht au prétexte que des événements tragiques s'y sont produits ? Seule consigne pragmatique, il me semble : se renseigner au mieux à travers différentes sources, suivre les consignes des Affaires étrangères de différents pays, afin de mieux appréhender les risques que l’on peut accepter.

Christian Fontaine

A la réunion mensuelle du Mountain Club of Kenya, ce mardi 28 février 2012, une bonne cinquantaine de personnes au bar, puis autour du repas préparé pour l'occasion.

naro moro river lodge, Mont Kenia 5199m, naro moro river lodge