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La guerre sainte

Soumis par Kivik François le jeu, 01/11/2012 - 08:51

La région compte énormément de voies bédouines (scrambling) ainsi que des centaines de voies d’escalade, dont la plupart ne sont pas équipées, demandant la pose de friends et coinceurs. C’était la raison première de notre venue.
C’est ainsi que nous nous retrouvons mi-février, Félix Livio Jonathan et moi – Kivik –, dans l’avion pour Amman, capitale de la Jordanie. Une fois sur place vers 20h30, après avoir passé la journée entre métro, TGV et avion, il nous faudra encore 4h de taxi pour rallier le village de Rum, au milieu du désert. C’est donc à 1h30 du matin qu’Omar, guide et grimpeur local avec qui j’ai déjà eu l’occasion de grimper il y a 3 ans, nous installe au lodge du coin. Compliqué de commencer à chipoter à cette heure de la nuit, nous nous retrouvons donc à 4 dans l’unique tente libre (initialement prévue pour 2). Le lendemain, une magnifique surprise s’offre à nous : réveil au milieu du désert, et entourant le village, de superbes parois que nous n’avions pu apercevoir en raison de notre arrivée tardive, s’offrent à notre regard. Plaisir aussi de découvrir ce soleil du Moyen-Orient, si agréable après la grisaille de Bruxelles et de Londres (d’où nous avions décollé).
S’il y a bien une chose dont je ne voulais pas durant ce trip, c’était rester au village. Non que les habitants ou les coutumes locales nous dérangent, mais si nous allions dans le désert, autant profiter du calme, de l’isolation et de la sérénité que ce dernier peut procurer. La matinée est donc stratégique, il n’y a pas de temps à perdre pour aller faire nos courses à la première échoppe, où nous trouverons d’ailleurs tout ce dont nous avions besoin. Nous décidons ensuite du plaisir de la journée, « the beauty ». Elle se situe à côté du village, nous y accédons via le canyon Rackabat, qui nous fournit déjà une superbe marche d’approche. Et la voie, quant à elle, elle porte vraiment bien son nom : fissures presque parfaites, dalles fines et arrivée au sommet en scrambling, nous offrant une magnifique vue. Il est temps de prendre la route vers le premier campement, via le canyon, nous nous retrouvons de l’autre côté du massif où Omar nous attend avec le matos et toutes nos provisions. C’est au pied d’un de nos objectifs que nous monterons les tentes. « Guerre sainte », entièrement équipée et ouverte par les soins d’Arnaud Petit ; un monument de 400 mètre dans un mur vertical voire légèrement déversant, et dont les trois dernières longueurs du head-wall en 7b semblent lisses, sachant que le reste de la voie (11 autres longueurs) ne descend pas en dessous de 6b+.
Omar nous quitte avant la tombée de la nuit, qui s’annonce pluvieuse. Il nous promet d’ailleurs qu’il repassera si jamais la pluie tombe ou le vent se lève pour vérifier que tout va bien ; promesse qu’il tiendra. Matinée humide avec vent fort et froid, la journée commence doucement avant qu’on décide de se lancer dans « Warriors of Westland ». A priori fort abordable par son 6a, cette voie ne devrait pas poser de problème. Mais c’était sans compter sur la mauvaise qualité du rocher : imaginez grimper sur des corn-flakes géants, très cassants ; et arriver au relais qui se révèle être une simple plaquette de 8 mm (déconseillée dans ce type de rocher friable) reliée à un nœud de corde qui n’est que simplement posé dans une fissure. Ça y est, on commence à comprendre la difficulté au Wadi Rum : ce n’est pas avec les bras que ça se passe ici, mais avec la tête ! De plus, le froid nous mord toute partie exposée au vent, la chaleur espérée du désert n’est pas présente. Bref, nous prenons la décision d’écourter la voie en découvrant que la deuxième longueur se passe de protection, sur un rocher encore plus friable. Nous tirons le rappel et la corde se coince en haut de la première longueur, permettant à John d’un peu tirer dans les bras sur cette journée peu concluante. La conclusion se fera sur un repas plutôt réussi : une ratatouille au milieu du désert, avec les bons légumes locaux. Nos frustrations s’évanouiront dans l’assiette.
Le lendemain, Livio et John partent dans la « Guerre sainte » et en reviendront enchantés. Seul un mouvement hyper morpho dans le premier 7b du head wall et le manque de temps les empêcheront d’y arriver à bout. Les longueurs sont magnifiques et correctement équipées, avec des relais confortables. Et tout ça avec une ambiance de malade, en plein gaz. Au même moment, Félix et moi sommes partis dans « The incredible possibility » (5c max) paraissant encore plus accessible que notre voie de la veille. Mais encore une fois, c’était sans compter sur l’extrême friabilité du rocher. Je m’engage donc dans la première longueur en 4c, je ne pouvais être que confiant. Pas de protection avant un béquet à 20 mètres du sol. Il tombera littéralement en poussière entre mes doigts. Les surprises continuent, j’engage donc, en explosant la plupart des bacs de la voie. Le mental joue bien. Bref, j’arrive au relais, nerveusement épuisé, d’où je crie à Félix de ramener le couteau et la corde. On redescendra sur notre relais, hors de question de continuer dans cette @*$%§^& de voie. Pour Félix et moi ça aura été 2 jours, 2 longueurs… Pas top, mais on sait maintenant à quoi s’attendre. Et pour citer Arnaud Petit, « les meilleures prises ne sont pas les plus grosses ! »
Le soir venu, au retour de John et Livio, on change de camp pour dormir au pied de Merlin’s Wand à Barrah Canyon. Pour ce qui est du repas, on commence à avoir la main et on s’est même préparé un apéro : pain, houmous, huile d’olive et épices jordaniennes. Pour lutter contre le froid qui nous a surpris le jour, mais surtout à la tombée de la nuit, nous mangeons emmitouflés dans nos sacs de couchage, autour du feu. Il nous suffit de lever les yeux pour voir un nombre incalculable d’étoiles.
Les 2 jours suivants, nous allons dans la fameuse fissure de « Merlin’s wand », pas si majeure que ça , et dans la magnifique « Star of Abu Jdaida ». Un véritable bijou que nous conseillons plus que tout. A part un ou deux points en dalles, cette voie n’est pas équipée et son rocher est, enfin, d’une bien meilleure qualité. Le seul « hic » est sa dernière longueur pas du tout homogène par rapport au reste de la voie, et ne menant pas au sommet mais à un petit relais peu confortable. Ce dernier détail ne nous empêchera pas, Félix et moi, de profiter du coucher de soleil en haut de la voie. Le soir même nous en profiterons pour nous balader à la lueur des étoiles, ce désert est décidément magnifique.
Pour ce troisième et dernier jour à Barrah Canyon, on modifie les cordées. Félix et John iront se balader à travers les canyons et le désert, ils profiteront du soleil qui pointe enfin son nez pour se prendre quelques coups de soleil et pour s’arracher un peu les doigts sur les quelques blocs de Barrah Canyon (très peu nombreux). Livio et moi irons à l’ombre, dans une voie quasi entièrement équipée : « Barrah tribord toute » dont les trois premières longueurs en 7a, 7a et 7b sont plus que majeures. Mais à l’ombre, il fait froid ! Alors que les autres se déshydratent au soleil !
Le lendemain, il est malheureusement temps pour John de retourner sur les bancs de l’ULB. Il nous quitte le matin pour prendre son avion l’après-midi, à Amman. Une semaine tout à fait isolés de la civilisation, au calme dans cette étendue désertique, c’est plus que thérapique, c’est magique ! Mais le retour à la réalité est violent, « oui oui, le lendemain j’étais en cours à 14h00, soit 5 heures après avoir posé mes affaires. » tient à préciser John.
Après les adieux, nous partons à 3 dans un must local : « Lion’s Hearth » et ses 300 mètres de fissures majeures. Une ligne magnifique dont nous ne ferons malheureusement pas les deux dernières longueurs. Manque de temps, mais aussi la fatigue qui s’installe. Il est temps de faire une pause.
Il n’y a pas que le Wadi Rum qui vaille le détour en Jordanie. C’est pourquoi, afin de marquer deux jours de pause, nous passerons par la magnifique cité de Petra. Sur place, nous quittons vite les sentiers touristiques et nous aventurons dans le petit siq, ce qui m’aura valu une discussion mémorable avec les policiers, dont Félix et Livio ont bien ri. Nous nous aventurons donc dans ce canyon parfois bien étroit, réservant de belles surprises comme des vasques d’eau (heureusement qu’on est des grimpeurs). Et c’est désormais à Livio de nous quitter. Comme John, il partira le matin et profitera de la journée pour visiter Amman avant de prendre l’avion. Félix et moi retournons à Wadi Rum.
Avec « Guerre sainte » en tête et dont Livio et John ne nous ont dit que du bien, nous mettrons donc à profit le deuxième de ces deux derniers jours pour graver une croix sur ce projet dont on a trop parlé. Mais avant cela, nous nous réservons une journée de remise en jambe avec deux magnifiques voies, courtes et se déroulants sur un rocher plutôt bon : « Inferno » et « Gold Finger ». Nous concluons donc le voyage sur la magnifique « Guerre sainte ». A l’arrivée au sommet, la joie est à son comble : enchaînement à vue (il faudrait d’ailleurs peut-être revoir les cotations à la baisse) et un paysage magnifique, immense, infini, rien que pour nous : le dernier souvenir de ce désert. La descente est un peu moins drôle, le vent arrive pour souffler nos cordes, mais aucun rappel ne posera problème.
Nous reviendrons à Bruxelles, « des étoiles plein les yeux et du sable plein les baskets » pour citer Jonathan.
Nous remercions tous ceux qui nous ont permis de réaliser ce voyage, et tout particulièrement Omar pour son généreux accueil (tardif) et tout le reste. D’ailleurs, si vous désirez randonner, faire du scrambling ou encore grimper au Wadi Rum nous vous conseillons ce jeune guide plus que n’importe quel autre (Omar Zalabih : +96 27 77 36 29 32).
Kivik François

Le Wadi Rum est une très belle région, désertique et pleine de cailloux, à la roche orange-rouge, souvent assez cassante.