Aller au contenu principal

Dent Blanche

Soumis par Fontaine Christian le 15 October 2006

.... Christian Vandeplas, Christian Manahl, et Christian Fontaine plus une cordée de 2 Antoine Laviolette, et Miguel Derricks.

On traverse une zone « interdite » suite à des travaux réalisés sur le chemin entre Ferpècle et Bricola. Des ouvriers y dynamitent des rochers, et on se fait engueuler car on essaie de contourner la zone des travaux par le haut. A Bricola, on installe le bivouac un peu plus haut que les cabanes en ruine.

Vendredi 13 oct. Départ vers 9h pour la cabane de la Dent Blanche. On met tout le matériel inutile dans des sacs poubelle (tentes, sacs de couchage), discrètement rangés à l’abri des regards indiscrets. Il fait grand beau. Le parcours est facile et jalonné de cairns et de marques bleues. Le Refuge est non gardé en cette saison, mais ouvert pour nous seuls. Du bois coupé se trouve à l’entrée. On fait une belle flambée dans la cuisinière pour chauffer un peu l’atmosphère, bien qu’il ne fasse pas froid en fait. Après-midi repos et flemme au soleil ou à l’intérieur. Lecture des magazines de montagne en dépôt, et quand même discussion sur l’itinéraire du lendemain.

Samedi 14 oct. Départ vers 6h30-7h du mat, aux premiers rayons de soleil, mais en fait beaucoup trop tard ! On aurait dû partir vers 4-5h du mat, pour être certains d’arriver au sommet, mais le topo indiquait comme temps de course, 3 à 5h. On mettra beaucoup plus évidemment.
Le début de course se passe non encordés. Le temps est beau, mais on peut deviner des nuages instables du côté italien. On s’encorde peu avant d’arriver au grand gendarme.
Miguel et Antoine en tentent l’ascension mais décident rapidement de prendre le couloir de gauche vers les grosses broches en fer. Nous passerons un peu plus bas en faisant une traversée sur de la neige pas très stable.
La cordée de Miguel et Antoine nous distance rapidement. A 3, impossible de les suivre. Christian Manahl passe devant, je l’assure en tête et j’assure en même temps Christian V qui me rejoint. C’est ainsi que l’on a trouvé un moyen terme entre le lièvre et la tortue. Si l’on avait dû attendre chaque fois de se retrouver à 3 au relais, on aurait traîné encore plus. D’ailleurs Christian M se sent très à l’aise.Certains passages en rocher plus raides se révèlent difficiles pour Christian V.

La cordée progresse bien, mais néanmoins l’horaire s’allonge dangereusement. Au loin des nuages s’accumulent du côté italien. La zone de mauvais temps peut basculer d’un moment à l’autre.
Le rocher est agréable, la vue sur le Cervin au loin magnifique, mais Christian V s’inquiète du temps. Nous arrivons à l’ultime traversée vers la gauche avant l’arrête finale. A cette heure-ci Miguel et Antoine sont sans doute arrivés au sommet. Une bourrasque nous plonge dans un léger brouillard.
Il est sage de décider de redescendre. Si mes souvenirs sont bons, il doit être plus ou moins 15h. Je descendrai successivement Christian M, qui devra trouver le relais, puis Christian V. Enfin, je les rejoins en rappel. C’est la manière la plus rapide qu’on ait trouvé pour descendre. Miguel et Antoine nous rejoignent alors que nous arrivons à la hauteur du grand gendarme. Le temps est maintenant assez mauvais. Une alternance de neige légère et de brouillard et la nuit ne tarde pas à tomber. On a un peu perdu la notion du temps, mais à vue de nez il doit être 6h. La lampe frontale de Christian M est presque à plat.

Miguel et Antoine nous suivent ou nous précèdent plus ou moins jusqu’à la longue arête qui mène à la Wandfluelücke. A ce niveau, les deux cordées se séparent, et on perd l’itinéraire de montée. Le rocher est constitué d’un empilement de plaques instables, pas spécialement difficile à la montée quand on reste bien sur le fil de l’arête, mais à la descente, dans la nuit noire et le mauvais temps c’est autre chose. Christian M guide la cordée et descend (trop) rapidement vers le glacier. On arrive à une zone de dalles verticales impossibles à désescalader.
Christian installe un relais de fortune sur un becquet rocheux et me demande de le descendre en moule. Nous ne sommes pas très chauds pour cette manœuvre, mais au point où on en est, pas beaucoup d’autre choix, remonter tous les trois dans la caillasse instable aurait été pire.
Donc je descends Christian. Brusquement la sangle qui retenait le réverso commence à glisser sur le becquet….Christian V aura juste le temps de la retenir. On complète le relais par 2 coinceurs, et je peux continuer à descendre Christian M. Enfin il arrive au glacier, et heureusement avant la moitié de la corde, ce qui veut dire que j’en aurai assez pour descendre en rappel.

Je descends ensuite Christian V, puis déséquipe le relais en abandonnant un anneau de corde et un coinceur. On saute la rimaye et on s’engage sur le glacier en longeant l’arête rocheuse. Quelques minutes plus tard, nous apercevons encore bien hauts sur l’arête, les lampes frontales de Miguel et Antoine. On leur demande en criant ce qui se passe. Ils nous répondent qu’Antoine a fait une chute, qu’il est sonné, mais non blessé, et qu’ils ont déjà appelé les secours. Faut-il tenter d’aller les secourir ? Après délibération rapide, on juge que non. De toute façon ils nous disent que les secours sont en route, 2 aspirants guides suisses qui étaient au refuge seraient déjà en train de monter. Bien que je sois mal à l’aise, tenter de remonter nous aurait mis en danger tous les trois par ce temps. Je me demande pourquoi ils ne nous ont pas appelé d’abord au lieu des secours suisses, mais nous apprendrons plus tard que leur batterie était fort loin, et le réseau GSM pas très bon. Ils ont préféré la sécurité des secours suisses, à l’incertitude de ce que l’on aurait pu faire pour eux.
On continue alors notre descente sur le glacier, avec la trace GPS de Christian pour guide, car il fait vraiment nuit noire, et notre trace de montée a été complètement effacée par la neige qui continue à tomber.
On arrive finalement sur l’arête rocheuse finale, et on croise à mi-chemin les 2 guides suisses qui montent secourir Miguel et Antoine. On leur indique grosso-modo leur position. La frontale de Christian Manhal est complètement morte. J’assure les 2 Christian en moulinette à la descente, et je désescalade ensuite pour les rejoindre au relais. Finalement, nous arrivons harassés au refuge vers 21h00. D’autres guides sont là, et nous accueillent avec du thé.

Antoine et Miguel arriveront seulement vers 2h du matin! Les 2 guides auront beaucoup de mal à les localiser sur l’arête et à les remonter. Puis ils devront encore redescendre comme nous jusqu’au refuge. Le lendemain, l’hélico est là pour les redescendre, ainsi que toute l’équipe suisse montée pour les secours. Même s’il n’y a pas eu de blessé, c’est compris dans le coût du sauvetage, alors ils en ont profité !
Retour dans la vallée, avec escale à Bricola pour récupérer les affaires abandonnées à la montée. Antoine et Miguel y sont remontés aussi, pour y chercher leurs affaires.
Retour à la civilisation au chalet de Catherine, près de Villars, où on passera une soirée fondue bien arrosée de fendant, et une nuit réparatrice avant le retour en Belgique. La bonne compagnie des amis de Catherine nous permet de décompresser de toute la tension accumulée lors de la descente. Le pire aura été évité, mais chacun aura ressenti plus ou moins durement les difficultés vécues.

Carte d’identité du sommet :
- Dent Blanche : Arête Sud (Voie normale) : 4357m ; cotation : AD ; Longueur des difficultés : 850m ; type d’escalade : mixte ;
- Itinéraire de montrée : Au dessus de la Cabane de la Dent Blanche, partir dans le flanc droit de l'arête rocheuse (escaliers derrière à droite de la cabane, puis quelques cairns), puis sur le faîte (aérien, facile). Continuer sur la partie neigeuse de l'arête, jusqu'en dessous de la Wandflueluecke (3703m). Obliquer a gauche, gagner par la neige et quelques rochers/éboulis une première bosse de l'arête Sud (3882m). Poursuivre par des pentes de neige en contrebas (versant ouest) de l'arête. Rejoindre l'arête et la suivre jusqu'au pied du Grand Gendarme. Traverser à gauche sur environ 40m. De la, 2 solutions: escalader le Grand Gendarme par son versant ouest (3 longueurs, IV, pitons), ou continuer à traverser sur 10m et regagner l'arête en amont du gendarme par un couloir (neige ou rocher, grandes broches d'assurage). Pour les gendarmes qui suivent: 1. sur le faîte, à gauche peu avant la pointe; 2. sur le faîte; 3 à droite, 4. sur le faîte. Pour le dernier gendarme, traverser à gauche sur des plaques (pitons) sur environ 50m, puis rejoindre le faîte par un pas raide (III) et un couloir rocheux (pitons). Ensuite, suivre l'arête, qui s'élargit et s'adoucit, ou son versant ouest, jusqu'au sommet.
- Itinéraire de descente : Pareil (désescalade), possibilité de faire des rappels dans les parties plus raides (sangles sur béquets ou pitons) et dans le couloir à côté du grand gendarme (grandes broches d'assurage). Rappels utiles en cas d'enneigement. Une corde de 2x30m suffit.

Christian Fontaine

Topos et sources :
- Guide Maurice Brandt, Guide des AlpesValaisannes 3, du Col Collon au Theodulpass, Ed CAS.
- Carte suisse n° 1347
- http://alpinisme.camptocamp.com/guide.html
- http://www.slf.ch/ : voir la rubrique « journal blanc » pour la météo.

Nous sommes donc 5 au départ ce jeudi 12 octobre au départ du chemin de la cabane de la Dent Blanche. Ca ne s’invente pas, il y aura une cordée de 3 Christian ...