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Vaccunamatata

Soumis par Favresse Nicolas le ven, 15/02/2013 - 00:00

il ne reste plus que moi, mon projet et la nuit qui approche à grands pas. C'est mon dernier essai car je dois rentrer le lendemain matin avec un ami Suisse.

Il fait déjà fort sombre mais je fais confiance en mes sensations, et de toute façon il faut y croire puisque c'est mon dernier essai. Je n’ai rien à perdre mais en même temps j'ai l'impression d'avoir aussi tout à perdre. Je sais que je peux la grimper. Il faut juste que tous les ingrédients se mélangent au bon moment.

C'est une voie que j'avais équipé l'année passée. Enfin... si on peut appeler ça équiper puisque je n'y ai placé qu'un seul point. Mais c'est un point efficace car il permet d'ouvrir 10 m de nouveau terrain puis surtout une toute belle ligne à mes yeux. La voie originale nommée « Chikane » monte dans un mur léger dévers très compact et juste avant d'attaquer le dernier bombé raide du mur, « Chikane » s'échappe vers la droite pour rejoindre une grande rampe. Lorsque je l’avais grimpé l'année passée, ce dernier bombé m'avait intrigué et c'est ainsi que j'ai envisagé la possibilité de le dompter. Il m'a fallu 3 séances pour trouver la méthode et plus précisément remarquer une petite prise clé que je n'avais pas vue pourtant juste devant mes yeux! Et oui c'est exactement comme à Freyr, la moindre petite aspérité peut faire une grande différence. C'est ça la richesse et la magie de l'escalade technique.

L'année passée, après avoir passé 1 mois et demi dans les alentours de Siurana, je commençais à bien bouger dans ce projet mais les effets secondaires du vaccin de la fièvre jaune, nécessaire pour aller au Venezuela, m'ont fort fatigué et j'ai dû laisser derrière moi ce petit projet au profit des parois Vénézuéliennes.

Exactement un an plus tard, je suis de retour pour une semaine à Siurana, alors que cela fait un bon mois que j'ai établi mon camp de base dans les environs de Grenoble. Depuis, mon entrainement grimpe consiste à skier pendant la journée et faire du bloc le soir en salle. Je remarque que cette combinaison me convient parfaitement. Cela me permet aussi d'avoir la tête dans autre chose que toujours la grimpe et le ski semble m'apporter pas mal en grimpe aussi.

Une des difficultés de Vacunamatata, c'est le broutage des doigts et surtout de ne pas se percer les doigts à sang, sinon je serais obligé d'attendre 4/5 jours avant de pouvoir y retourner. Les prises sont très petites mais surtout la prise clé du passage le plus difficile est une petite lame de rasoir qu'il faut serrer pendant un long moment, le temps de faire une série de petits mouvements de pied avant de faire un gros blocage en épaule. Pour économiser ma peau, je n'avais jamais vraiment fait ce mouvement.

C'est parti ! Les mouvements de la première partie, je les connais parfaitement. Je pourrais sans doute les faire même dans la nuit. Puis me voilà déjà à la dernière décontraction avant d'attaquer la section finale. Je m'efforce à penser à cette prise que je n'ai jamais pu atteindre du bas. Je la vois, je positive, je vais y arriver ! Il n'y a plus que le mental ici pour m'aider ou me nuire. C'est à moi de le dompter. Puis, comme dans un état de transe, les mouvements s'enchainent et pour la première fois mes doigts tombent sur la prise suivante et la suivante encore... Mon corps est tout raide. Je mets tout le restant de ma force dans ces derniers mouvements durs pour ne plus tomber. Et me voilà, le bombé sous mes pieds. C'est une sensation incroyable qui me passe dans le corps et à la fois un grand soulagement. Entretemps la nuit arrive et autant les crux de la partie du bas je les connaissais bien, autant la partie finale d'environ 7c en dalle, je ne l'avais grimpée qu'une seule fois me fiant à quelques petites traces de magnésie pour repérer les prises. Ce fut donc encore un bon petit challenge mémorable que de grimper cette dernière partie sachant que l'enchainement total était en jeu et que je n'y voyais strictement rien !

Bonne grimpe !
Nicolas Favresse

Il est déjà 6h du soir au secteur Campi qui pugui à Siurana. Tous les autres grimpeurs ont arrêté de grimper...

Turin, Tore pellice, villanova