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Welkam Long Vanuatu

Soumis par Bivoit Pierre le 20 April 2013

35 ans après sa traversée de l’Afrique, 20 ans après celle de l’Islande et des kilomètres à pied et des miles en bateau.
Lorsque je vous raconte un voyage en Australie ou à Madagascar, il n’y a pas trop de problème pour nous situer. Mais cette fois, le Vanuatu ... Ah, c’est plus compliqué. Ceux qui ont connu les colonies se souviendront peut être du condominium franco-britannique des Nouvelles Hébrides rendu à l’indépendance en 1980 : un semis d’îles et d’îlots, dans le Pacifique Sud, à 500 km au Nord Est de la Calédonie. Elles sont peuplées de mélanésiens, vivant parfois encore en tribu. La capitale est Port Vila dans l’île d'Efaté. On y parle 180 langues et le Bislama, une interprétation locale de la langue de Chespi', est compris par tout le monde. Ainsi la bière locale s'appelle la Nambawane. Comprendre Number One!
Le petit bimoteur qui nous conduit en une heure sur l’île de Tanna, ne comporte qu’une dizaine de sièges dans un espace unique que nous partageons avec le pilote et son copilote.
A l’arrivée, l’hôtel est complet et on a oublié nos réservations. Qu'importe, nous sommes transférés chez Hélène et Peter dont les quatre bungalows restent désespérément vides. L’endroit est accueillant, au bord d’une petite plage, dans un grand jardin plein de fleurs. La différence est simple. Nous avons réservé dans un établissement dont le gérant est européen et qui sait tout faire pour attirer les clients. Eux sont seuls et mélanésiens. Ils n’ont ni Internet ni les relations nécessaires dans les agences.
Et de six ! Après, le Nyiragongo, le Mulala, le Stromboli, l’Etna et la Fournaise, nous sommes en route pour un nouveau volcan en éruption. Deux heures de piste et nous arrivons pour la fin du jour sur les pentes du Yasur. Nous bénéficions des meilleures conditions : un ciel dégagé et une activité soutenue, sans être trop forte pour qu'on nous empêche d’approcher. Comme au Stromboli, les explosions se succèdent toutes les minutes envoyant dans l’air une grande gerbe rougeoyante. Deux foyers semblent rivaliser au jeu du meilleur cracheur de feu qui fera le plus de bruit. Le sol tremble sous nos pieds. La fin du jour est une apothéose. L’arrière-fond de montagne s'illumine des derniers rayons du soleil, puis au-dessus de nous, un ciel profond prend des teintes d’océan que des nuages de fumées blanchissent. Au milieu de ce paysage, jaillissent des paquets de lave incandescente qui illuminent les parois lugubres du cratère.
Dans la nuit noire, privée de décor, l'explosion du magma en fusion devient mécanique, les images se succèdent et se ressemblent en dépit des efforts de l’artiste. La foule qui se montrait si enthousiaste, pense maintenant au dîner qui l’attend et déserte peu à peu les gradins. Finalement le chauffeur vient nous chercher et nous pousse vers le 4x4 que nous regagnons à regret en trébuchant dans l’obscurité.
Nous n’avons, hélas, pas le temps d'organiser l’ascension du Tukosmera qui domine l’île de ses 1000m. D’ailleurs nous n’avons pas pu trouver de renseignements à son sujet. Par contre nous partons avec Joseph et Louis pour une randonnée vers une cascade dans le Sud. Après un bain glacé, nous rejoignons la côte après plusieurs heures de marche dans une forêt très dégénérée (c'est le botaniste qui parle) dont ne subsistent que d'impressionnants banians. Ces arbres immenses sont de la famille des moraceae, c’est à dire des ficus. Leurs grandes racines aériennes, lorsqu'elles touchent le sol constituent des contreforts à partir desquels l’arbre peut s'étendre jusqu' à couvrir une surface considérable. Ils jouent un rôle important dans la coutume puisque c’est à leur pied que se rassemblent les hommes, le soir pour boire le kava*.

Nous n’aurons pas l’honneur d'un tel cérémonial et c’est dans un gourbi de tôles, un « nacamal » sordide et sombre que notre chauffeur nous offre un soir le bol de l’amitié que Lambert et moi sommes les seuls à pouvoir avaler. Ça sent la terre et bien pire, maintenant que nous connaissons le mode de fabrication de la potion magique ! Les racines d'un petit arbuste sont mâchouillées dans la journée par les hommes qui recrachent le jus dans une jarre où il va fermenter légèrement. Après on le vend. Bizarrement je ne ressens qu'une légère anesthésie de la gorge et un peu d’ébriété. Mais, soudain, Lambert, pourtant peu porté sur les langues étrangères se met à parler conjointement le Bislama et le Flamand avec la profonde régularité d'un magnétophone au ralenti. C’est d'autant plus étonnant que l’épisode ne dure qu’une dizaine de minutes. Il en sort indemne, mais aussi troublé que nous à la pensée qu'il aurait pu tomber dans la marmite! Il nous reste à faire une belle plongée en apnée dans une grotte de la côte nord, et voilà déjà que se termine notre séjour au Vanuatu.

Pierre Bivoit

*Il s'agit d'une boisson tirée des racines d'un petit arbuste de la famille du poivre. Sa consommation était réservée aux hommes dans les tribus des Nouvelles-Hébrides, lors des réunions coutumières, sur une grande place qu’on appelle le Nakamal. Il a un effet sédatif, anesthésiant et euphorisant. Il n’est pas considéré comme une drogue et son commerce est licite. On trouve aujourd’hui un peu partout dans le pacifique, des débits de kava signalés par une lanterne rouge et sa consommation est de plus en plus répandue.

Le temps d’un voyage au Vanuatu, la Dream team Bivoit-Martin, a reconstitué à Nouméa son célèbre groupe folk des années septante,

NUN 7135m, Tungol