Aller au contenu principal

Randonnée en pays kiwi

Soumis par Bivoit Pierre le 20 November 2013

Aussi existe-t-il un certain nombre de parcours incontournables, parfaitement organisés avec des sentiers soigneusement entretenus, balisés de refuges et de campings tous les dix km. Certaines « tracks » sont tellement populaires qu'il faut s'y prendre bien à l' avance pour réserver sa place dans les gîtes.

Voici quelques idées de parcours, bien modestes par rapport aux monuments que sont la Kepler Track ou la Heaffy track, qu'il sera facile de détailler en tapant « Randonnée Nouvelle Zélande » sur internet.

LE COROMANDEL
Novembre : c’est le printemps dans l’hémisphère Sud. Nous avons choisi de marcher dans la presqu'île du Coromandel, au Sud-Ouest d' Auckland, sur les sentiers du "National Forest Park". C'est le pays des Pinacles qui sont d’anciennes cheminées de lave que l’érosion a dégagées.

La région fut autrefois couverte d'une forêt de kauris millénaires que les pionniers ont scrupuleusement éliminés. De ces arbres gigantesques, mesurant plus de deux mètres de diamètre à la base il ne reste rien que des photos, quelques souches impressionnantes ou parfois le cadavre décomposé d'un énorme tronc oublié. L'abattage fut quasiment industriel. On a construit des pistes empierrées pour les chevaux qui tiraient les billes de bois sur des voies ferrées. On a taillé des escaliers dans la montagne pour permettre aux hommes et aux bêtes de regagner leurs chantiers. Si bien que nous trouvons toujours sous nos pieds un chemin pavé ou des marches régulières dans le rocher. Le tout, soigneusement entretenu par le « Department of Conservation ». Les sentiers progressent sous un couvert de fougères arborescentes, de palmiers et de grands arbres de la « rain forest ». Tout cela évoque les tropiques bien qu'il puisse geler durant l’hiver sous ces latitudes. Nous sommes au pays du « Seigneur des anneaux », c’est dans ces montagnes qu'ont été tournés les extérieurs du film.
Le refuge que nous atteignons en fin de journée est à l’image de notre itinéraire, fonctionnel et confortable. Comme partout en Nouvelle Zélande, selon qu’on a choisi l’option luxe ou l’autonomie, on accède au dortoir ou au camping. Une cuisine permet le hors sac. Par contre on ne rencontre jamais de refuge où le gardien serve aussi des repas, à l'image de ce que l’on trouve en Europe. Du sommet où nous grimpons dans la soirée, nous n’apercevons presque rien qu'un petit bout de mer à l'Est que le nuage, poussé par un vent froid, nous dérobe rapidement.

LE TONGARIRO

Encore des volcans!
Au départ d’Auckland, nous avons pris d'assaut les places à l'avant du bus qui nous conduit au parc du Tongariro, dans le milieu de l’île nord. Ainsi pouvons-nous bénéficier du meilleur point de vue sur les paysages que nous regardons défiler pendant les sept heures que dure le trajet. Après une interminable banlieue, les villes que nous traversons, Hamilton, puis Te Kuiti, sont de moins en moins étendues pour ne plus compter qu'une grande rue bordée de commerces et de fast-foods. La route sinueuse le long des rivières bordées d'arbres, les petites maisons dans les prairies, tout nous enchante. Progressivement les collines succèdent à la plaine, les landes et les forêts remplacent les cultures.
D’un petit col, nous apercevons le cratère du Ruapehu, couvert de neige, que nous n'avions pas imaginé trouver sous un généreux soleil printanier.

Et voici notre terminus. Le village où nous arrivons, cent maisons au plus, n’a pas de nom. Aussi l’appelle-t-on "National Park" comme le territoire qu’il dessert.
La "Tongariro Crossing track " peut se faire en une journée ou deux ; c'est le type même des randonnées classiques de Nouvelle Zélande. Elle traverse un champ de cratères toujours en activité. Elle est très spectaculaire en hivernale. Pour nous ce sera une estivale, disons une printanière... Les amateurs sont nombreux à prendre le départ tous les matins et nous devons faire abstraction du nombre pour profiter pleinement du parcours que nous effectuons sous un grand ciel bleu. Nous laissons aux plus jeunes le sommet du Ngauruhoe, un cône parfait de laves noires couronné de neige, qu'il faut gravir dans les cendres ; parfait pour la descente, épuisant à l’aller !
L'office national, comme toujours, a bien fait les choses: pistes en planches et escaliers de bois facilitent la marche tout en protégeant le site. Toutefois une longue descente dans un mur de scories est encore nécessaire pour atteindre deux magnifiques petits lacs aux eaux turquoise où nous nous arrêtons pour déjeuner. Vient un autre lac de cratère, bien plus grand, très alpin, où nous paressons encore un peu. Nous atteignons le point culminant de la randonnée. Loin sous nos pieds, serpente la route d' où viendra le bus pour notre retour. Dans le lointain, l'immense lac Taupo nous laisse un moment croire que nous dominons la mer.

Sur la droite apparaît le dernier né de la famille Tongariro, dont l'explosion en 2012 fut extrêmement violente et subite. Il fume encore abondamment et distille une forte odeur de soufre. Il est fortement recommandé de ne pas s'attarder. Le refuge que nous croisons a eu le toit défoncé par une grosse bombe, aussi l'a-t-on abandonné.
Peut-être avons-nous trop profité de nos haltes et du paysage, ou bien les durées indiquées sont-elles fantaisistes. Nous devons franchir la dernière étape au pas de course sans nous arrêter dans la forêt où abondent les fougères arborescentes et les palmiers endémiques. Avec dix minutes de retard, nous rejoignons le bus et son chauffeur impatient, après huit heures de marche, mille mètres de dénivelé et vingt kilomètres de piste. Mais cette comptabilité n’a aucune valeur, relativement à la beauté de ce que nous venons de voir.

Après une nuit au Backpacker de National Park, (Trois étoiles avec une exceptionnelle salle de grimpe, et bon marché, qui plus est) nous repartons pour une longue promenade à pied vers les deux lac Uper et Lower Tama, situés entre les volcans Ngaruhoe et le Ruhapeu. (Uper et Lower, car ils sont l’un en dessous de l'autre.)

On a déroulé sous nos pas un tapis de planches encore plus perfectionné que celui d'hier. Si bien que nous pouvons consacrer toute notre attention au paysage qui défile sans trop nous soucier de la conduite! C'est un régal.

Devant nous et progressivement à notre droite et à notre gauche, les deux sommets couverts de neige se détachent au-dessus de la lande jaune paille que les torrents divisent.
L'air est frais, nous sommes seuls. Dans le lointain, à plus de cinquante km, nous apercevons la silhouette blanche du Taranaki, au Sud de l’île, aussi épurée qu'une estampe du Fuji-Yama.
Vers midi nous atteignons notre but.

L'eau des lacs est d'un beau bleu-vert émeraude. Émeraude, le mot convient bien à ces deux bijoux du paysage enchâssés dans leur environnement minéral sous le ciel azur.

Retour Au point de départ.
Avec nos gros souliers et nos sacs à dos, nous dénotons certainement dans les salons du «Château », mais nous ne pouvions pas nous refuser un « scone » et une « cup of tea » dans l’harmonie de cette splendide journée. Qu'importe, le vieil hôtel victorien perdu sur la lande de Whakapapa n’en est pas un séisme près !

En Nouvelle Zélande, la randonnée est un sport national au même titre que la voile ou le rugby.

TONGARIRO National Park, Taupo