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Les Trolls au royaume des Géants

Soumis par Winderickx Didier le 20 March 2014

Nous pénétrons dans le fjord d’Oslo et, en ce beau jour du mois de mars, nous débarquons au pays des Vikings. Aussitôt, nous nous ruons vers les montagnes du Jotunheimen.

Le Jotunheimen est un massif de montagnes à formation glaciaire situé à 350 km au Nord d’Oslo. Son nom, inspiré de la mythologie nordique, signifie « Royaume des Géants ». Il constitue le territoire qu'Odin laissa, à la création, aux géants de glace. Ils n’y mènent pas pour autant une existence paisible. Thor, dieu du tonnerre, guerrier brutal, leur tape régulièrement dessus à l’aide de son fameux marteau Mjöllnir et en tue quelques-uns. Pas vraiment des tendres !

Le Jotunheimen compte aussi les 26 plus hauts sommets de la Norvège tel que le Galdhøpiggen avec ses 2.469 m d'altitude. La latitude aidant, cela peut faire frisquounet en cette fin d’hiver !
Et à propos de sommets, Eric et Michelle nous ont concocté un itinéraire qui prévoit d’aller faire un petit tour du côté du Glittertind, culminant à 2.465 m, deuxième sommet du pays et des Alpes scandinaves.

Voilà le décor planté !

Pour 6 des 7 participants, notre rando aux confins de ces vallées glaciaires n’est pas une première. L’hiver passé, Eric et Michelle nous y avaient déjà emmenés. Le froid y était vraiment intense. Cette année, le temps est plus clément, à peine -10° la nuit.
Jean-Pierre et Jacques, surnommés « les Trappeurs », sont de la partie. Ils ont bourlingué à travers tout ce que la planète peut compter comme régions nordiques et n’hésitent pas à nous prodiguer leurs conseils.

En fin d’après-midi, nous atteignons Heimsand. Nous chargeons les pulkas avec tentes, réchauds et notre ravitaillement pour 8 jours… Après une nuit tranquille dans les bois bordant la vallée et le franchissement assez sportif de la rivière Russa en partie gelée, nous nous élevons progressivement de 800m jusqu’au plateau situé à environ 1.400 m d’altitude. Le vent en profite pour forcir et ensuite se déchaîne, chassant la neige à l’horizontale. L’effet de froid est décuplé. Nous remarquons à ce moment qu’une silhouette immobile nous observe au loin dans le blizzard. L’homme (?) nous regarde passer sans broncher. Plutôt réservé, comme accueil ! Ce sera en fait notre seule rencontre avec les autochtones tout au long de ce périple ! …ou alors, était-ce un troll qui a négligé de se réfugier sous terre au lever du jour, au risque de se voir transformé en pierre !?

Le jour suivant, nous comptions aller planter la tente dans les 2.000 m afin de nous rapprocher du Glinterthind. Mais les conditions météo empirent – vent de plus en plus fort et plafond nuageux très bas dès 10H du matin – et nous devons y renoncer. Nous poursuivons par la vallée, aux alentours de 1.500 m d’altitude, vent de face, ce qui ne facilite pas vraiment la progression ! Dans l’après-midi, nous cherchons désespérément un endroit quelque peu abrité pour le bivouac. Finalement, nous nous installons derrière un bandeau de moraine glacière sensé nous protéger de la tourmente. La situation est délicate. Jean-Pierre prend les opérations en main et nous lance ses instructions : regrouper les emplacements des tentes, creuser un trou dans la neige et constituer un rempart avec les déblais, s’atteler tous ensemble à monter chaque tente afin de ne pas la voir disparaître à l’horizon en moins de deux. Eric a d’ailleurs testé pour nous l’efficacité du vent, avec son tapis de mousse qu’il n’a jamais pu récupérer malgré une prestation très athlétique !
Malgré la fatigue de la journée et la tempête qui sévit toujours, Stéphane a encore le courage de tester sa nouvelle scie et découpe de gros blocs de neige durcie que nous empilons pour construire le mur d’enceinte de notre tente. Celui-ci ne résistera pourtant pas aux assauts du vent. La technique reste à perfectionner !
Nous passons une nuit somme toute confortable et continuons par la vallée jusqu’à Glitterheim. Il s’y trouve un refuge d’été, fermé bien entendu. L’endroit est désert. Nous trouvons un refuge d’hiver très accueillant. Il y a du bois, un poêle, des couchettes presque pour tout le monde… et il suffit de laisser des sous dans le coffre en partant.
Dans un grand élan de solidarité, Arnaud dégage une tranchée dans la neige jusqu’au toilettes toutes proches. Hélas, un gros cadenas anéantit tous nos espoirs ! Il faudra donc persévérer dans les exercices de musculation des quadriceps, les fesses à l’air dans le blizzard ! Très vivifiant !
Nous explorons les environs en raquettes ou à ski. Après une tentative infructueuse, nous renonçons définitivement à gravir le Glinterthind. Les conditions météo sont trop pénibles et la visibilité quasi nulle à partir de 2.000 m.
Sur le chemin du retour, nous rencontrerons quelques trous de pêcheurs au milieu d’un lac gelé en cette saison, comme il se doit. A voir la taille des poissons laissés sur place, ça doit faire la file là-dessous dès qu’il y a un appât ! Hmm, on ferait bien un petit BBQ ! Cela nous donne l’occasion d’estimer l’épaisseur de la glace : sûrement un mètre. C’est de la bonne glace, ça !
Nous devrons encore affronter une petite tempête pour notre dernière nuit sous tente, question de ne pas perdre la forme ! Pas trop de dégâts ; un arceau seulement ! Le lever du soleil, dans le blizzard matinal, sera de toute beauté.
Nous entamons ensuite le retour dans la vallée. Nous reprenons contact avec la civilisation et, après une courte visite d’Oslo, nous réembarquons sur notre drakkar 5 étoiles pour une traversée sans histoire.

Bilan : Rien que du positif même si le gros vent nous a obligés à renoncer au Glinterthind. Il est normal de devoir s’adapter aux conditions météo. Malgré cela, nous n’avons pas rencontré de gros problèmes ; pas de casse, ni matérielle, ni corporelle. Chacun était, à mon avis, heureux de retrouver ces étendues désertiques et glacées. Bonne humeur et bonne ambiance ont été le mot d’ordre dans le groupe du début à la fin. Organisation impeccable. Merci à nos deux Géos et à notre Team leader.

Didier

Participants : Michelle et Eric Thille, Jean-Pierre Devaux, Jacques Devaux, Arnaud Thille, Stéphane Duhoux et Didier Winderickx.

Infos pratiques :
Les traversées A/R de Kiel à Oslo avec Colorline. D’autres possibilités existent via le Danemark.
Le Jotunheimen est un parc naturel. Le bivouac y est toléré. Les refuges d’hiver sont gérés par la DNT - L'association norvégienne de la randonnée pédestre. La confiance est totale. Le tarif est d’environ 40€ par nuit par personne, que l’on peut déposer dans un coffre laissé ouvert dans le refuge même ou verser par après.

A la faveur de la nuit, notre drakkar de luxe franchit les flots impétueux entre mer du Nord et mer Baltique.

Jotunheimen Nasjonalpark