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Nun 2013 Un objectif d'envergure

Soumis par Fohal Jean-Luc le mar, 26/11/2013 - 00:00

Quel randonneur, voyageur ou alpiniste n'a jamais entendu parler de ces deux petits royaumes longtemps isolés et inaccessibles, à l'extrême nord du Cachemire indien.
Aller là-bas, c'est parcourir de grands espaces aux paysages minéraux, remonter des rivières souvent gelées en hiver, franchir des cols à plus de 5000 mètres, gravir des sommets enneigés de plus de 6000, voire 7000 mètres. C'est enfin aller à la rencontre des peuples bouddhistes, livrés à des conditions de vie souvent rigoureuses. Bienvenue au petit Tibet…
C’est précisément dans cette région que se situe le Nun, fière et esthétique montagne culminant à 7135 m d’altitude. En ce mois de septembre 2013, une expédition belge, forte de huit alpinistes, en a réussi la première ascension nationale, soixante ans exactement après sa conquête, en 1953, par une équipe franco-suisse.
Pour atteindre notre objectif, nous nous plongerons d’abord dans l’atmosphère de Delhi : la chaleur suffocante, le choc de cultures, la pauvreté criante, la pollution... Le choc de l’altitude ensuite : par un vol intérieur, nous rejoindrons Leh, capitale du Ladakh, à plus de 3600 m de hauteur. Un autre monde s’ouvre alors. Un paysage minéral nous entoure, fait de terres arides aux multiples couleurs chatoyantes mais aussi, là où l’eau permet la vie, de quelques oasis de verdure. Dans ces villages isolés plusieurs mois par an, l’accueil et la générosité des habitants ne sont pas de piètres mots. Entre guerre et paix, le Ladakh hésite : de nombreuses garnisons militaires implantées là-bas sont autant de sentinelles qui témoignent du conflit latent livré par les deux grandes puissances indo-pakistanaises depuis plus d’un demi-siècle déjà. Elles contrastent avec ces impressionnants monastères, qui, perdus dans la montagne et perchés sur leur promontoire rocheux, entretiennent la foi bouddhiste.
Après une randonnée d'acclimatation de trois jours entre les villages de Kanji et de Rangdum et le passage d'un col à plus de 5000 mètres, nous arriverons début septembre au camp de base du Nun, à 4600m d’altitude. L’ascension qui s’ensuivit fut assez engagée: trois camps d’altitude sous tente furent installés. Equipés de cordes fixes, plusieurs passages techniques furent surmontés, notamment l’escalade d’une cascade de glace presque verticale vers 5500m d’altitude, le franchissement d’une tour rocheuse vers 6000 m, le cheminement tortueux et délicat de l’itinéraire parmi de profondes crevasses vers 6500 m et enfin, dans l’air raréfié, la montée finale au sommet, à plus 7000m, par une raide pente de neige et de rochers. Neuf jours après être arrivés au camp de base, nous étions six à fouler la cime du Nun, le mercredi 11 septembre. Ce fut bien-sûr un moment intense et émotionnel. Une vue à 360° s’offrait à nous, jusqu’aux géants himalayens du K2, du Nanga Parbat et des Gasherbrums. Nous étions accompagnés de cinq sherpas, alpinistes népalais habitués aux conditions extrêmes, sans qui nous aurions bien eu du mal à atteindre le sommet.
L'ascension fut rapide donc, mais nous n’avions pas le choix... les conditions météorologiques se sont rapidement dégradées alors que nous redescendions de la montagne : la neige, le vent et le brouillard se sont mobilisés pour nous accueillir froidement au camp de base… mais l’ambiance extraordinaire et les félicitations qui nous furent réservées à notre retour auront vite fait de nous revigorer.
Un beau projet se concrétise pour toute l’équipe. A l’image du léopard des neiges, animal emblématique de cette contrée himalayenne, nous avons, discrètement mais sûrement, laissé notre empreinte sur les neiges éternelles du Nun et fêté de belle manière les soixante ans de la première ascension de cette montagne.
Jean-Luc Fohal

Ladakh, Zanskar… Ces deux mots magiques suffisent à éveiller en nous notre vif intérêt pour ces lointaines contrées de l'Himalaya.

NUN 7135m, Leh