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Nun 2013 Du rêve à la réalité

Soumis par Vanden Weghe Benoît le dim, 24/11/2013 - 00:00

mon épouse Béatrice rencontre Edouard Deramée, qui lui parle à ce moment d'un projet d'expédition pas encore très précis, dans le nord de l'Inde, au Zanskar, avec comme ambition l'escalade d'un 7000 mètres, le NUN ou le KUN. C'est alors qu'un vieux rêve se réveille en moi: atteindre un jour une telle altitude; rêve que je ne pensais jamais pouvoir réaliser. Mais voilà donc une opportunité inattendue.
Quelque temps après, j'en parle à Lambert Martin, avec qui notamment j'avais fait une première super expé au Pérou en 2009.
Les mois passent.... Le 1er mai 2012, je reçois un mail d'Yves, conviant à une première réunion ceux qui sont de prime abord intéressés par ce projet. Lors de celle-ci, Lambert, qui est le seul alors à me connaître dans le groupe présent, soutient ma candidature, ce dont je lui serai toujours reconnaissant. Parmi les deux sommets jumeaux de plus de 7000 m, Yves a fait son choix : ce sera le NUN, plus esthétique mais aussi plus difficile et moins fréquenté ! Nous en connaîtrons plus tard les raisons.
Les jours qui suivent me laissent en proie à l’hésitation : participer à ce fabuleux projet qui me fait déjà rêver, mais dans le même temps "abandonner" Béatrice et les enfants durant un mois....Sans compter qu'en tant que médecin généraliste, une absence aussi longue n'est pas facile à gérer. Enfin, avec "l'admittatur" de ma famille, c'est décidé, je participe, et juré promis, ce sera la dernière fois que je prendrai part à une telle aventure!
Nous serons finalement neuf participants à tenter l'escalade du Nun. Plusieurs réunions et activités pendant les mois suivants permettront d'apprendre à mieux nous connaître et ainsi de souder notre groupe.
Je me rends vite compte que la route sera longue et semée d'embûches. Lourdeurs administratives interminables dont l'Inde semble être la championne; mais Yves arrivera avec patience à tout bien négocier. Tout le matériel à prévoir (tentes, cordes, broches à glace, tiges de bambou etc...), la nourriture et les médicaments à envisager, l'organisation avec Sonam et les sherpas (qui va placer les cordes fixes? quel itinéraire suivre pour l'ascension? quelles sont les tâches attribuées à chacun? etc...) et j'en oublie.... Et puis il y a ce qu'on ne peut ni prévoir ni contrôler, les conditions climatiques : septembre est-il un bon mois pour tenter l'ascension? J'ai ainsi l'impression que le moindre grain de sable pourrait tout enrayer, et je me demande parfois si j’ai bien fait de prendre part à cette expé et si je serai capable d'aller jusqu'au bout.
En tout cas c'est le malheureux Guy qui sera la première victime (obligé de tout laisser tomber quelques jours avant le départ à cause d'un problème de santé), quelle tuile et quelle déception après une si longue préparation !!!
Nous sommes donc huit à prendre l'avion pour New Delhi le 25 août. Changement complet de décor : on oublie les habitudes, les tracasseries et les facilités de la vie en Belgique, où je laisse avec une certaine amertume Béatrice et les enfants. Nous plongeons dans un autre monde: dépaysement garanti ! L'ambiance est bonne. L'acclimatation se veut rapide avec un trekking en définitive assez court. Je laisse à d'autres membres du groupe le soin de décrire le détail de nos péripéties dans l'Himalaya.
Lambert est une autre victime de l'imprévisible, de l'incontrôlable: depuis plusieurs semaines il souffre d'une toux qui ne veut pas guérir, se sent affaibli et est en manque évident de forme. Autre stress: une équipe de militaires Indiens et Polonais s'installe au camp de base en même temps que nous, avec la même volonté de gravir le Nun. Elle sera suivie peu après d'autres expéditions de diverses provenances. Etonnant pour une montagne qu'on dit peu escaladée! Le camp de base est full. Quand on sait de plus qu'il n'y aura pas beaucoup de place au camp II d'altitude !! Tout au plus 4 à 5 tentes peuvent y être installées. Cependant la météo est bonne et il y a peu de vent.
Vu le créneau de beau temps, et la mauvaise météo annoncée ultérieurement, Mingma, notre sirdar, nous conseille vivement de tenter rapidement l'ascension; on se rendra compte plus tard que sa décision était judicieuse. Lambert sait déjà depuis plusieurs jours qu'il ne pourra jamais monter plus haut que le camp I. François lui aussi, arrivé au camp I, prend la pénible décision de renoncer à poursuivre. Nous sommes donc six, plus les 5 sherpas, à monter au camp II, puis au camp III et enfin, ce fameux 11 septembre, à atteindre le sommet. C'est fou quand j'y pense : il n'y a que 16 jours qu’a débuté notre acclimatation, 16 jours pour atteindre l'altitude de 7135 mètres !
C'est peut-être un peu à cause de cela que quatre d'entre nous serons atteints de gelures, et c'est Mamadou qui en paye le plus lourd tribut. Dommage qu'une si belle aventure soit entachée de cette façon. Nous savions bien pourtant que ce genre d'expédition présentait évidemment des risques importants.
Malgré toutes les difficultés et parfois même les souffrances encourues (elles m'ont fait quelque peu penser à renoncer au début de l'assaut final), je garderai à jamais un souvenir merveilleux de cette expérience himalayenne, un de ces moments exceptionnels et privilégiés que l'on peut vivre durant son existence.
Nous avons également vécu une fabuleuse expérience humaine : notre équipe, qui est toujours restée unie avec un très bon esprit de groupe, et bien sûr, je ne peux pas les oublier, nos sherpas et "l'équipe cuisine". Sans eux je n'aurais certainement jamais pu atteindre le sommet. Performants, efficaces, attentifs, dévoués et prévenants, ils ont bien dû escalader le Nun à 2 ou 3 reprises, alors que dans le même temps nous ne l'avons foulé qu'une seule fois. Et malgré tout cela, ils ont gardé une modestie incroyable: ça frise la perfection! Chapeau bas, nous ne pouvons que leur adresser un tout grand merci.
Un tout grand merci aussi à Yves pour l'initiation et l'organisation du projet NUN, et sans qui rien n'aurait été possible. Merci enfin à tous les membres de l'équipe de m'avoir accepté comme compagnon d'aventure.

Benoît.

Au début de l’été 2011, lors de la séance de préparation pour le stage au Jervis auquel allait participer notre fils Mathieu,

NUN 7135m, Leh