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Nun 2013 Mon après Nun

Soumis par Thelen Jean-Luc le sam, 23/11/2013 - 00:00

Mardi 17 septembre 2013. Aéroport national de Zaventem. Vol 9W230 en provenance de Delhi (Inde).
Heure d’arrivée 07h50.
C’est avec une bonne semaine d’avance sur le reste de l’équipe que je foule d’un pied le sol belge.
Brèves retrouvailles avec Marianne et Edouard et nous prenons immédiatement la direction de mon futur camp de base, l’hôpital militaire Reine Astrid à Neder-Over-Heembeek.
Formalités d’accueil d’usage au service d’urgence. Je suis le 3000ème à me présenter depuis le début de l’année.
Type de plaintes : gelures main gauche et pied droit.
Direction le 6ème étage : consultations. Déballage des pansements et premières constatations : l’évolution des plaies ne va pas dans le bon sens.
On trouve rapidement un emplacement pour mon campement : unité 32, chambre 3044, lit 2
Je vais y rester 3 semaines.
3 semaines d’espoir et de découragements, d’avis contraires, d’autres plus judicieux (merci Michel), de conseils, parfois maladroits, de visites, parfois inattendues, d’anti douleur à forte dose, de picotements continus qui m’empêchent de dormir, de frottis positifs, de mesures d’isolement parfois contraignantes, de séances de kiné , d’ergothérapie avec Auréline (quel joli prénom), de séances quotidiennes d’oxygénothérapie au caisson hyperbare afin de ré-oxygéner en profondeur les tissus meurtris, de rencontres avec d’autres patients.
A chaque déballage des pansements, on prend des photos de mon pied et de ma main. Jamais de moi. Ce sont eux les vedettes. Où est le « héro » qui a vaincu le Nun ? Il fait piètre figure au fond de son lit.
Maintenant, je suis face à un nouveau défi. Devant moi une nouvelle montagne à gravir et il me faudra cette fois encore aller jusqu’au sommet, coûte que coûte. Aucune possibilité de marche arrière. Je suis forcé de réussir.
Au début, le chemin n’est pas bien tracé. Plusieurs possibilités s’offrent à moi. Evidemment, je choisis le plus facile, ignorant les mises en garde, ne retenant que ce qu’il me plaît d’entendre.
Une IRM du pied ne laisse plus la place au doute. C’est mort de mort.
Les résultats de l’IRM de la main sont légèrement plus optimistes.
Cette fois j’y suis. J’ai trouvé la voie. Le chemin s’annonce raide, long et délicat.
J’obtiens une permission de 15 jours à la maison, période de réflexion et de solitude face à ce qui m’attend. Grosse déprime. Le téléphone sonne souvent, je décroche rarement.
Jeudi 24 octobre. Installation au camp 1, 5ème étage, service low risk, chambre 24.
Je prends ma première douche depuis mon retour, douche à l’isobétadine. Je suis jaune de la tête au pied. Cela pourrait faire sourire, mais je n’ai pas envie de rire.
Un Xanax, une petite perfusion, un peu de Dormicum et je m’endors. A mon réveil, je suis plus léger de 5 orteils.
Mercredi 30 octobre. Camp 2. Même scénario, mais je laisse cette fois, sur la table d’opération, 2 phalanges (auriculaire et annulaire) et les extrémités du majeur et de l’index. Les chirurgiens profitent de mon inconscience pour me prélever un bout de cuisse afin de le greffer sur mon gros orteil.
La pente se fait plus douce, mes cicatrices évoluent, mais je ne vois pas encore le sommet, probablement mon dernier sommet. La progression peut être rapide, mais le chemin est parsemé d’obstacles qu’il me faudra éviter au risque de devoir redescendre au camp 2.
Vendredi 29 novembre. Camp 3. Consultations, 6ème étage.
On m’enlève les derniers fils. Le dernier résiste. Il est vrai que depuis pratiquement un mois, nous avons été, lui et moi, très attachés. Fini les pansements. J’enfile pour la première fois des chaussures normales. Je retourne enfin à « mon » Delhaize. Et comme me dit François, quand le Delhaize va, tout va.
Il me reste à retrouver un équilibre aussi bien physique que mental, pour autant que ce dernier n’ait jamais existé. Il faut aussi que je m’habitue à ma nouvelle physionomie, oser regarder les cicatrices, les toucher, les masser.
Je commence la kiné. La main reste très raide et étrangement froide, les extrémités douloureuses. Côté pied, les exercices me font le même effet que si j’étais sur une slackline. Mais voilà, mon pied touche le sol, je suis face à un espalier et j’ai du mal à faire la cigogne.
Existe-t-il vraiment un sommet au bout de ce chemin ?

Je profite de l’occasion pour remercier tout le personnel civil et militaire de l’hôpital Reine Astrid, chirurgiens, anesthésistes et médecins, plus particulièrement les docteurs Pierlot, Gérompré, Caers, Rose, Geeroms, Druez et Massager, infirmiers et infirmières, kinés, ergothérapeutes, aides soignantes, psychologues et secrétaires, tout le personnel des consultations, de l’unité 32 , du low risk et du service d’oxygénothérapie pour leur compétence, savoir faire, indulgence et gentillesse.
Plus de renseignements sur l’hôpital militaire : www.hopitalmilitaire.be
Visiter également le site de l’association Pinocchio qui vient en aide aux enfants brûlés pour adoucir quelque peu leurs souffrances. Comme toute association, elle a besoin d’aide. Merci pour eux.
Renseignements sur www.asblpinocchio.be.

Mamadou

Existe-t-il vraiment un chemin au bout du chemin ?

NUN 7135m, Leh