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China Jam

Soumis par Hanssens stephane le sam, 14/09/2013 - 00:00

Il leur aura fallu 15 jours en paroi pour venir à bout d’une grande muraille de 1200m, dans une ambiance très haute montagne (entre 6a et 7c/8a). Les conditions étaient assez dures : tempête de neige, température proche de 0 degré à l’approche du sommet (5700 m) ...Suite à des gelures aux orteils, Stef a dû rentrer d’urgence pour être soigné en Belgique à l’hôpital Militaire de Neder-Over-Hembeek, spécialisé dans ce domaine. Il y a retrouvé Jean Luc Thelen, de retour du Nun pour les mêmes raisons !
Stéphane nous fait part de ses tribulations chinoises lors de son retour précipité !!
La rédaction
Les montagnes sont trop belles, battons-nous pour les préserver.
A Jean-Luc,
Notre voyage en Chine nous donnait aussi l’occasion de découvrir une nouvelle culture, je dirais même de nouvelles cultures. La région où nous étions est au carrefour de la culture chinoise des Hans à l’est, mongole au nord, musulmane à l’ouest et pachtoune au sud. Je vais m’attarder ici sur la culture chinoise et plus spécialement sur un aspect représentatif de la chine du 20ème siècle qu’est son administration.
Quel bazar ! En Chine, comme en Patagonie, il faut être patient. Leur différence n’est pas due aux conditions climatiques, mais à une administration que je qualifierais d’usante, stupide, arriérée et désuète. Enfin, c’est à voir.
Le truc, c’est qu’il faut toujours suivre les procédures, mais systématiquement quelque chose ne va pas, et c’est comme ça. Echangeant à ce propos lors de mon retour avec un professeur d’université belge travaillant en Chine depuis longtemps, elle m’expliquait qu’il s’agissait sans doute d’un formatage dû à l’éducation lobotomisante qu’ils ont subie depuis l’avènement de Mao. Tant que tout fonctionne comme c’est prévu, tout va bien, mais dès qu’on sort des cases, c’est fini, ils sont perdus et il faut absolument revenir dedans. Et pour cela, seule l’autorité supérieure peut le faire. Surtout pas d’initiative, même si cela semble évident, il faut être patient et ne pas s’énerver même si on a envie d’étriper la personne en face de soi.
L’accès au moindre pouvoir est abusif, surtout lorsqu’un occidental est en face. Et s’ils ont pris une décision, ils ne vont pas infléchir celle-ci, même si elle est mauvaise. Il ne faut pas perdre la face. Du coup ça bloque et ça use. J’avoue avoir traité plusieurs personnes de noms d’oiseau, en français bien évidemment. Même sans effet, cela permet de se soulager.
J’ai entre autres 2 anecdotes qui permettent de bien comprendre comment ça se passe là-bas, loin à l’est.
Première anecdote, la récupération de notre matos à l’aller ;
Quelle expérience ! Pour ne pas payer de surcharge en bagages, nous avions envoyé une partie du matériel par cargo. Nous arrivons en fin d’après-midi, peu après qu’ils nous aient appelés pour venir le chercher, dans les hangars de fret de l’aéroport d’Urumqi, énormes mais complètement vides (sur quarante guichets, deux sont ouverts, et on y a sans doute jamais vu quelqu’un d’autre que nous, bienvenue dans la démesure chinoise). Juste pour s’entendre dire que c’est trop tard aujourd’hui, il faut revenir demain. Ca commence bien. Le lendemain matin, les bureaux ouvrent à dix heures. On est là pile à l’heure, mais à l’ouverture, en Chine il y a une demi-heure d’exercices obligatoires avant de travailler, et bien-sûr, pendant les heures d’ouverture. On avait oublié… Ceci dit, ce n’est pas une mauvaise chose, mais bon, ils pourraient les commencer à 9h30, non ?
10h30, prise en charge. Ah, il faut une société de dédouanage pour nos sacs. Pourtant hier, ce n’était pas nécessaire. Le tout en chinois évidemment. Heureusement que Guo, le patron de l’agence avec laquelle on travaille, est avec nous. Chaque fois, c’est lui qui discute avec les préposés. Au début des discussions, on voit que tout va bien, puis au fur et à mesure que ça avance, on entend à l’intonation de la voix qu’il y a des problèmes et là on se dit : « et merde !! Quoi encore cette fois !! ». Il faut aller à cette société. Bon OK, c’est parti. Evidemment, elle n’est pas à côté. Sur place, il manque le papier de l’agence qu’on a déjà donné de l’autre côté, à la douane. Mais c’est celui-là dont ils ont besoin. C’est vrai, pourquoi ne faire qu’une seule fois les choses ? Bon, on va le chercher ce papier, retournons à l’agence, au centre de la ville. Mais comme les bureaux sont fermés de midi à 15h, revenez cet après-midi.
Retour vers 15h. C’est bon, tout est OK, cela coûtera 2000 yuans. Combien, 2000 ? Juste pour qu’ils nous dédouanent les sacs ? Parce qu’il ne s’agit pas de taxes de douane, mais juste d’un doublon. On négocie. Ca descend à 1000, c’est déjà plus raisonnable. Ah, il y a de la nourriture dedans (les lyophilisés et les barres énergétiques), c’est 200 de plus alors. Logique non ? C’est bon ? OK. Tout va bien, retour à la douane, ils peuvent vérifier nos sacs. Retour à l’entreprise afin de faire valider cela par le chef. Ha, il est déjà parti ? Il faut revenir demain à 13h ? Pourtant aujourd’hui c’était fermé à cette heure-là. Bon !
Retour le lendemain (c’est déjà le troisième jour) à 13h tapantes. Cette fois, l’équipe est au complet, prête à partir, on est en retard déjà et les chameliers nous attendent. Mais pause de midi oblige, il faudra patienter jusqu’à 13h30. Ils sont juste de l’autre côté de la vitre, à ne rien faire, il faut bien le reconnaître. 13h30, le chef est là, il signe. On peut y aller ? Ah, vous devez encore vérifier nos sacs ? Pourtant la douane l’a fait hier. C’est vrai qu’il vaut mieux deux fois qu’une. Quoi, ça va prendre plusieurs heures ? Surtout ne pas s’énerver ! 17h30, on peut enfin aller les chercher à la douane. Retour dans ces bureaux immenses et vides. « Tout est en ordre, il reste à payer vos frais de douane ». Ok, pas de souci. Non, pas ici, au guichet d’à côté. Evidemment qu’il faut un deuxième guichet pour ça, surtout qu’il y a foule... Rester calme, rester calme, à devenir fou ! Retour à l’autre guichet avec la preuve de paiement. « C’est bon, vous pouvez aller à l’embarcadère 32 pour récupérer vos sacs ». Tout est fermé, à part celui-là. La grille est cadenassée et nous empêche de récupérer nos sacs, il faut attendre que l’employé de douane arrive. Putain !!!

Il arrive, on lui dit qu’on est pressé, mais ça n’a pas l’air de l’inquiéter, et ça ne le fait surtout pas avancer plus vite. Et merde, il ne trouve pas. Quinze minutes plus tard il arrive enfin sur un clarck avec nos sacs. Tout ça pour ça, quel combat !!
Deuxième anecdote : l’épopée de mon rapatriement vers la Belgique.
La compagnie d’assurance devait s’occuper de tout ! Pour que les autres puissent voyager plus facilement en Chine, j’avais repris pas mal de bagages. Je partais directement d‘Aksu, un tout petit aéroport où il n’y a que quelques vols par jour. Lorsque j’ai débarqué avec mes gros haulbags, ils ont halluciné. Ils n’avaient pas l’air d’avoir l’habitude de passagers qui continuent leur voyage au-delà de la première destination. Ils enregistrent mes bagages jusqu’à Pékin et me font payer le supplément de bagages jusque-là. Je me dis qu’à Pékin je devrai checker une deuxième fois et repayer les excédents. Premier arrêt à Urumqi, une hôtesse m’attend à la sortie de l’avion et m’aide dans mes démarches. Je dois repasser par le check-in avec mes bagages alors que je pensais qu’ils allaient directement jusqu’à Pékin.
Au Check-in, lorsqu’elle me dit que j’aurai à payer un excédent de bagages, je lui réponds que je l’ai déjà fait à Aksu et lui montre les reçus. Là, elle ne comprend pas, ils ont fait une erreur à Aksu me dit-elle : « You paid too much ». Heureusement qu’elle parle anglais. Ok, bonne nouvelle. « Wait here ». Elle passe des coups de fil, va et vient. J’attends ! Une heure passe. Je ne m’inquiète pas trop pour mon vol. Mais elle est partie avec mes tickets et mon passeport, je suis un peu prisonnier. J’en profite pour refaire mes sacs afin qu’ils pèsent bien 23kg. Ils fonctionnent à la pièce à partir d’ici. Avant c’était au kilo. Elle revient finalement et me dit : « OK, Aksu mistake ». Cool, je vais gagner un peu d’argent. Re-check des bagages. « Strait to Amsterdam ? ». « Yes, of course ! ». Je ne voulais pas recommencer à Pékin.
Les bagages sont partis et elle me demande de la suivre afin de régler ce malentendu. Deux de ses collègues nous suivent. On va au premier guichet, là je suis largué. Ils ne parlent que chinois entre eux évidemment. Puis on arrive au guichet des excédents de bagages. Cette fois, c’est le bon. Ca discute, coup de fil sur coup de fil. Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai quand même un avion à prendre, moi ! Ok, au total cela vous coûtera autant jusqu’à Amsterdam. On doit donc vous rembourser d’autant. Parfait, je suis remboursé, tout parait bon. Ah non, attendez : énième coup de téléphone, discussion, finalement il faut rembourser, d’accord je rembourse. Le temps passe, il est bientôt temps d’embarquer. Quand même, les choses avancent. Ils sont obligés en même temps, il serait malvenu de me faire rater mon avion pour ce genre de connerie. « On vous rembourse cette partie, puis vous devrez payer ça jusqu’Amsterdam ». D’accord, mais ça fait quand même deux heures que ça dure, et maintenant je dois encore courir pour ne pas rater l'avion. Mon hôtesse me guide, je passe les files du Security check. Un dernier « Chichié ». Rien, aucune émotion de sa part. C’est comme ça en Chine. Dommage, elle était pourtant jolie. C’est comme ça en Chine. Cette fois, mon calvaire est fini. Mais à pékin, rebelote, pour une autre raison encore.
Je dois checker mes bagages à nouveau : logique, ici il faut passer la douane. Seulement, mes gros sacs ne passent pas dans leur machine à rayons, je dois aller les mettre dans les « over size ». Et là, excès de zèle, caractéristique des administrés chinois dès qu’ils ont le pouvoir : la présumée au guichet « over size » ne m’a pas à la botte, elle refuse les sacs. Elle me montre du doigt quelque chose, elle ne parle pas anglais. Heureusement, la professeur d’unif est à mes côtés et m’aide à traduire un peu ce que l’autre me dit. Mais elle a du mal à comprendre. « Elle veut que tu emballes tes sacs » me dit-elle. Mais je m’en fous moi, c’est inutile, ce sont des haulbags. Ah non, ce n’est pas ça. Elle nous montre les étiquettes sur les sacs. Comme j’avais demandé qu’ils soient directement envoyés à Amsterdam depuis Urumqi, il y est inscrit Pékin. Du coup elle ne veut pas les prendre. M’enfin !!! Bien sûr qu’il y a Pékin mais Amsterdam aussi : « To Amsterdam via Pékin ». Ce n’est pourtant pas compliqué ! Non, elle ne veut pas. Il faut retourner au check’in afin de changer ça, et rien n’y personne ne la fera changer d’avis.
Retour à l’enregistrement, non, non, il n’y a pas de problème. Vous pouvez retourner aux «over size », c’est bon. Entre temps, elle m’a pris un bagage, le plus petit, qui passe cette fois-ci, c’est déjà ça. Je retourne donc chez l’autre hystérique avec mes deux gros haulbags. « Ils ont dit que c’était bon ». Elle ne me croit pas, je lui explique en montrant les étiquettes. Elle finit par accepter, ou plutôt, fait mine de ne pas m‘avoir parlé et s’en va. Premier haulbag qui passe au scanner. « Il y a un problème, il faut enlever le briquet qui est dans votre sac ». Pourtant, il a déjà voyagé dans deux avions. C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin. Heureusement, je pense savoir où il est. Ca y est, j’ai trouvé, on repasse le sac, Ok. Le deuxième passe : ils ne veulent pas le prendre, l’étiquette est déchirée et il n’y a plus de code barre dessus. Bon, je vais aller faire remettre une nouvelle et je reviens. « Non, vous devez attendre ». Mais pourquoi ? Il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de friture sur la ligne : mon chinois n’est pas exemplaire, leur anglais non plus. La dame fait l’intermédiaire, mais bon, ce n’est pas facile. « Wait !». Bon, on attend. Ils envoient quelqu’un chercher une responsable de la compagnie. Evidemment, on n’y aurait pas pensé. Il s’est trompé de compagnie, il y retourne. Le temps passe. Heureusement qu’ils prévoient du temps pour les escales en Chine, pas comme les trains suisses… On attend, un quart d’heure déjà. « Je vais au guichet ? ». « Non, attendez ».
Arrive enfin une employée de la compagnie. Problème ? Je lui montre l’étiquette. Venez, on va en refaire une nouvelle. Ben tiens!!! Et voilà, tout finit par se débloquer, mais ça prend du temps. Nouvelle étiquette, retour à l’over size, ils rigolent, ça passe comme une couque près d’une heure plus tard. Vive la rigueur chinoise !
Douane et ensuite Security Check. Une demi-heure d’attente, excès de zèle à nouveau. J’ai mon sang-froid qui se réchauffe, au pire ça me fera du bien pour les pieds. Bien sûr, je vais sans doute devoir les remercier… Tiens bon Steph, après c’est fini. Je tiens, je passe, ouf ! Terminé tout ça ! C’est beau la Chine, mais putain, les Chinois, à petite dose.
Stephane

Nico, Sean, Stef et le cinéaste français Evrard Wendenbaum sont de retour de leur trip en Chine dans le massif de Kokshaal Tau à la frontière Sino-kirghize.

Kyzyl Asker, massif du Kokshaal Tau, frontière sino-kirghize