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Mont Blanc – Méditerranée.

Soumis par Govaerts Michel le 30 July 2013

Amoureux des randonnées en montagne, nous avions effectué de nombreux « tours » de massifs ces dernières années avec nos amis. Semaines de détente, de paix, de retrouvailles, complétant des vacances plus traditionnelles avec nos enfants.
Cette année, une envie de randonnée un peu plus longue, le projet de voir le Mercantour, pas d’enfants avec nous pour les vacances, 30 ans de mariage à fêter, l’idée fuse : « Et si nous faisions une randonnée de 3 semaines ? ». 5 secondes plus tard, la décision est prise. Reste à décider où, et à organiser tout cela…
L’objectif - L’itinéraire
Après quelques réflexions, nous choisissons : ce sera « Mont Blanc – Méditerranée ». Un objectif ambitieux mais sans exploits techniques, des images qui font rêver, une destination proche qui permet d’inviter des amis, une synthèse de souvenirs antérieurs. C’est parti…
Nous sortons les cartes, consultons le superbe site internet du GTA (Grand Tour des Alpes), élaborons des options pour passer par les plus beaux endroits tout en trouvant un refuge bien placé chaque soir. Pour nous rendre compte, surprise et humilité, que tout cela a été inventé il y a bien longtemps et s’appelle GR5…    , ce qui nous permettra d’aménager facilement notre itinéraire en étapes de 5 à 6.5 h, réserver les refuges, et avoir quelques garanties sur la fiabilité des itinéraires. Confiants, nous ne programmons pas d’étape de repos, invitons des amis qui nous rejoindront et quitteront en chemin. Alea jacta est…
Nous partirons donc de Notre Dame de la Gorge, aux Contamines, le 13 juillet, et traverserons successivement les massifs / parcs du Mont Blanc, du Beaufortin, de la Vanoise, des Cerces, du Queyras, du Haut-Ubaye, et du Mercantour, pour arriver finalement à St Martin Vésubie le 2 août, un peu avant Nice. Nous avons globalement suivi le GR5, avec quelques variantes, afin de progresser rapidement vers le sud et ne pas revoir des chemins que nous avions déjà fréquentés. Nos logements se sont faits en refuges d’altitudes, et quelques gîtes d’étape. Seules entorses à la pureté de l’itinéraire : de petits trajets en bus/taxi dans les fonds de vallée exempts de sentier pédestre (ex : Termignon-Modane, Maljesset – Fouillouse).
Ce fut un itinéraire très « pur », suivant une ligne nord-sud quasi droite, proche des sommets et de la frontière italienne. Très calme et serein également : peu de monde sur les sentiers, une météo généralement bonne, des refuges toujours accueillants, très bien tenus, jamais surchargés (merci à eux tous !). Sportif cependant : ce type de traversée impose un passage de grand col chaque jour, accéléré par la menace des orages d’après-midi. Nous partions donc tôt tous les jours, quand l’air est frais, la rosée présente, la lumière la plus pure, rien que du bonheur…
Des impressions, des sensations, des sentiments…
1ère impression : 3 semaines de marche, c’est totalement différent d’une semaine, surtout quand l’objectif est clair, le chemin est tracé, les exploits inutiles, et le refuge garanti le soir.
Le corps et l’esprit changent ; l’un se renforce, l’autre se vide. Au-delà d’une semaine, les jours s’enchaînent sans compter, le sac se fait sans réfléchir, les montées se raccourcissent, les descentes s’oublient, la pensée se simplifie, le sommeil est profond. Cool…
Ce qui n’élimine pas quelques petits classiques : une petite inflammation qui apparaît et disparaît sans raison ; un coup de barre inattendu en fin de journée ; le blues du dernier jour de randonnée…
Notre autre souvenir, global, imprévu, et pourtant évident à posteriori, fut d’avoir découvert, vu, et ressenti physiquement, l’évolution graduelle des éléments naturels entre le nord et le sud des Alpes: l’enneigement, important dans le nord, diminue ; le sol s’assèche ; la végétation est de plus en plus exubérante ; les lézards apparaissent, puis la lavande, et enfin la chaleur trop intense dans le sud. Les paramètres humains évoluent de la même façon : habitat, nourriture, caractères, plus réservés au nord, plus décontractés dans le sud…
Et puis, chaque massif a son style, sa personnalité… Le Mont Blanc pareil à lui-même, majestueux, trônant sur le nord de la chaîne ; le Beaufortin tout de suite plus bas, plus intimiste ; la Vanoise, vaste et encore bien enneigée cette année, inhabituelle, presque sévère au nord de la Grande Casse ; les Cerces et le Thabor, contraste étonnant, quasi sans neige, avec une végétation déjà bien estivale ; le Queyras, toujours paradisiaque pour le randonneur, pour sa nature et son accueil ; le Haute Ubaye, méconnue, un peu secrète, avec ses étonnantes fortifications militaires, et finalement le Mercantour, déjà méditerranéen, mais encore très alpin par ses versants très raides et ses grosses dénivelées.
Des souvenirs plus précis, des moments forts…
1er jour - Classique, bien connue, parfois très fréquentée, la montée à partir de Notre Dame de la Gorge (Les Contamines) reste une bien belle étape, avec ses morceaux encore visibles de voie romaine, son pont antique, la découverte progressive de tout le versant sud-ouest du Mont Blanc, son faux col du Bonhomme et son vrai col de la Croix du Bonhomme (ou le contraire ?). Puis la vue vers le sud, avec déjà le Mont Pourri (Vanoise), que nous contournerons 3 jours plus tard. Belle entrée en matière…
3e jour - Très longue descente du Refuge de la Balme (Beaufortin) jusqu’à l’Isère (altitude 700m, ouf) en passant à travers un chapelet de charmants petits hameaux peu accessibles où nous admirons les anciens lavoirs, fontaines, chapelles décorées, chemins empierrés entre les vieilles maisons, très bien préservés à quelques minutes du fond de vallée. Etonnant…
13e jour - Nous montons de Ceillac (Queyras) vers le col Girardin. Nous arrivons à 11h au Lac Ste Anne, en même temps que des villageois montant en deux pèlerinages de vallées opposées. Ils se rencontrent à une chapelle en pleine montagne pour fêter la Sainte Anne, patronne du lieu. Chants, bannières, et traditions. Notre regard amusé de touristes se transforme, en écoutant les nombreux couplets d’un chant mêlant les requêtes ancestrales de montagnards isolés et un appel profond à des valeurs universelles. Emotions…
15e jour - Après être entrés dans le parc du Mercantour, nous montons la magnifique vallée du Lauzannier, contournons quelques petits lacs, puis par un raide pierrier, nous arrivons au « Pas de la Cavale », d’où s’ouvre une vue étourdissante vers le sud. Pas le temps de reprendre notre souffle que nous sommes survolés, entourés, frôlés, par une dizaine d’immenses vautours qui jouent avec les vents ascensionnels. Magique…
18e jour : Roya – Vacherie de Roure. Nous avions cru approcher de la fin, revenir doucement à la civilisation, en avoir presque fini, et ce fut une étape « totale » : longue montée avec des cascades, des roches orangées, un alpage d’altitude, des cailloux, les ombres et lumières du petit matin ; arrivée au col de Crousette (2480m), grande ambiance, d’où nous revoyons les étapes des 4 derniers jours, et devinons (enfin) la Méditerranée. Si, si, cette infime différence de bleu au-dessus de l’horizon, c’est bien elle, nous ont certifié les locaux… Et puis une douce et longue descente sur une très longue crête, en pleine lumière, en plein soleil, direction plein sud, jusqu’à rejoindre des alpages, encore des alpages, une gorge sauvage, une remontée, un joli petit col, encore des alpages, jusqu’à la Vacherie où une charmante famille nous accueille en pleine montagne, à 3h du village de Roure. Ils passent ici toute la bonne saison, donnent cours à leurs petits enfants, accueillent les randonneurs dans l’étable encore odorante, élèvent des vaches, moutons, chèvres, poules, et ânes juste à côté, nous servent le fromage et la tarte aux myrtilles fraîches. Etape totale, je vous disais…

Dont nous ne sommes pas encore tout-à-fait revenus, vous l’aurez bien compris… Alors, osez, partez là-bas, pour 1, 2, 3 semaines ou plus. Ce n’est pas loin d’ici, mais c’est très près du ciel…

Michel et Véronique Govaerts-Camus
Avec (et grâce à) la complicité et l’amitié de Claire, Jean, Babeth, Lambert, Christine, Yves, Marie-Hélène, Bénédicte, Michel et Frédéric…
info : michel.govaerts@skynet.be

Itinéraire

Mont Blanc – Méditerranée - Tout droit vers le sud, tout droit vers le soleil…
3 semaines de randonnée

traversée mont blanc - méditérannée, départ Chamonix, Chamonix