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Ski de randonnée nordique au pays des trolls - Frileux s’abstenir !

Soumis par Thille Eric le 7 March 2013

Une traversée de 20 heures nous fait découvrir un univers encore inconnu pour certains d’entre nous. Galerie commerçante, restaurants, brasseries, pizzeria, piscine, casino, dancing, …et près de 1000 cabines, le tout réparti sur 15 étages – un petit Titanic qui nous l’espérons ne connaîtra pas la même fin !
D’Oslo, 350 km nous séparent encore de notre destination, le Jotunheimen. Ce parc national constitue une des régions les plus montagneuses de Norvège, où pics abrupts sont entrecoupés de vallées profondes.
Nous sommes sept, entassés comme des sardines dans nos 2 voitures et après 4h30 de route, nous voilà au bord du lac gelé de Gjende, long de 18 km. Il fait chaud, – 10°C. Le jour commence à décliner et nous nous empressons de charger nos pulkas.
Skis aux pieds nous voilà partis pour 8 jours d’aventure nordique. Après un peu plus d’une heure nous installons notre premier campement. La température chute rapidement. C’est le moment de préparer de l’eau et de se réchauffer avec un bon potage et un de ces délicieux lyophilisés.
La première nuit ne fut pas la meilleure. Quelques ajustements d’habillement seront nécessaires pour les suivantes. Il fait – 20 au petit matin et le plus froid reste encore à venir.
Petit déjeuner rapide, désinstallation du camp, chargement des pulkas et départ pour cette très longue traversée du lac. Il nous faudra 6 heures pour en venir à bout et heureusement que nous avions le vent dans le dos !

Durant les jours suivants, nous traverserons des paysages d’une grande beauté. En ce début de saison, très peu de randonneurs sont déjà passés. La neige est encore vierge en de nombreux endroits. Nous progressons dans de larges vallées, traversons de nombreux lacs, passons des cols pour redescendre dans d’autres vallées, traverser d’autres lacs et passer d’autres cols. A chaque fois la vue est changeante et tout aussi magnifique. Nous sommes en général vers 1400 mètres d’altitude, mais c’est comme si nous étions à 4000 mètres dans les Alpes. Pas un arbre à l’horizon. Seules des montagnes pointent leurs cimes vers le ciel. Le temps est superbe. Le ciel est clair et le soleil nous réchauffe tout au long des journées. Mais dès 17 heures, il nous quitte jusqu’au lendemain, faisant chuter la température inexorablement. Alors commence la lutte contre le froid. Le plus dur, c’est souvent pour les pieds et les mains. En quittant les skis, les chaussures sont en contact direct avec la neige ou la glace. Le froid se fait alors plus ressentir. Pour les mains, allumer le réchaud et cuisiner avec de gros gants est une mission quasi impossible. Il est indispensable de les découvrir, mais un minimum de temps, sans quoi de douloureuses gelures sont à craindre. Nous parvenons toutefois à préserver toutes nos extrémités même lorsqu’un pressant besoin se fait sentir.
Mais la beauté des lieux nous fait rapidement oublier les inconvénients du froid. Après tout, nous savions où nous allions. C’était notre choix. Nous nous disons même que finalement nous avons de la chance d’être là, de vivre une telle aventure, loin du confort et des tracas de nos villes. Dans de telles conditions, la vie se résume à des choses simples, essentielles.

Pour corser notre aventure, une petite tempête est venue un jour nous rappeler la difficulté de progresser quand les éléments se déchaînent. En quelques instants, la visibilité s’est réduite à quelques mètres, un vent violent nous balayait le visage, un grésil s’est mis à tomber, des glaçons nous collaient à la peau et sur les lunettes. Le froid se faisait plus intense. Ignorer la durée d’une telle situation augmente encore son ampleur. Fort heureusement, après une demi-heure le calme est revenu, nous permettant de poursuivre notre chemin plus sereinement jusqu’au magnifique refuge de Spiterstulen. Là, la tentation est si grande que 3 d’entre nous n’y ont pas résisté. Regoûter au confort d’un lit, de la chaleur et d’un copieux et délicieux repas font un bien fou et vous rechargent les batteries. Les refuges norvégiens sont bien différents de nos refuges alpins. Ceux qui sont gardés ressemblent plus à des hôtels. Ils sont confortables et offrent certaines commodités appréciables : douches, toilettes, sauna, bar, petit déjeuner gastronomique. Seul bémol, comme pour tout en Norvège : le prix ! Dans les refuges non gardés, poêle à bois, literie, victuailles diverses sont à la disposition de chacun. La confiance règne et une caisse « coffre-fort » permet le paiement des nuitées et des aliments consommés.

Notre itinéraire prévu de 95 km était sans compter sur quelques surprises. Une montée trop abrupte et verglacée, et plus tard une descente vertigineuse nous ont imposé plusieurs détours et ont allongé notre parcourt d’environ 30 km. Mais cela aussi fait partie de l’aventure. Tirer une pulka de 35 kilos ne permet pas de passer n’importe où. Cela nécessite d’analyser en permanence le terrain et d’éviter autant que possible les pentes trop accentuées, tant en descente qu’en montée. C’est un vrai sport, bien physique.

Vivre dans des conditions difficiles favorise l’entraide, renforce les liens. On ne peut pas s’occuper uniquement de sa petite personne. Même si en cours de route chacun avance à son rythme, les arrêts et les étapes sont des moments de réel partage. Face aux difficultés du terrain, le sentiment d’unité est encore plus fort. Une corde virtuelle nous relie tous.
Et à la fin du voyage, à peine les skis déchaussés, déjà la question de futurs projets est sur le bout des lèvres.

Merci à Jean-Pierre, Jacques, Mathieu, Stéphane, Didier, Michelle pour cette merveilleuse aventure passée ensemble.

Avis aux amateurs et à la prochaine !

Eric Thille

Kiel, nord de l’Allemagne, 7 mars 2013 - nous embarquons à bord d’une petite ville flottante, destination : Oslo

Jotunheimen Nasjonalpark, Lom