Aller au contenu principal

Gasherbrum II 8035m

Soumis par Hegge Paul le 24 July 2014

je traversais pour la première fois le fleuve, en route vers le Ladakh. C’était alors notre destination finale après un parcours périlleux au départ de New Delhi, qui rivalise avec la Karakoram Highway en tant que plus haute – et difficilement accessible – route du monde. A vrai dire, c’est à cet endroit que nous laissons la plaine pakistanaise derrière nous pour foncer droit sur le Karakoram, où se trouvent réunis dans un des théâtres de 8000 les plus uniques au monde, le K2, le Broad Peak et les Gasherbrum I et II.
Pouvais-je me douter que mon premier trekking au Ladakh me mènerait finalement ici ? J’avais déjà été un coureur de fond prometteur mais dès l’âge de 14 ans, des dégâts irréparables aux genoux m’interdirent - et aujourd’hui encore - de courir. Après une très longue revalidation, je tente à 33 ans, de randonner à nouveau dans les montagnes. Habitant et travaillant à New Delhi, je n’ai pas laissé échapper une occasion durant les 5 années suivantes de réaliser d’ouest en est les plus importants treks de l’Himalaya indien. J’ai ainsi appris, lors de chaque escapade, à mieux gérer les douleurs aux genoux, prenant pour meilleurs compagnons de route, tantôt des « antalgiques » tantôt des « Leki ». Cependant, au pied de la Nanda Devi ou du Kanchenjunga, j’ai été petit à petit gagné par le désir de gravir un jour de vrais sommets. Déjà, comme jeune garçon, je rêvais de deux choses : le marathon Olympique et l’Everest ! De retour en Belgique, je me suis d’emblée inscrit au CAB Brabant, où Thierry Disneur m’enseigna les bases de l’alpinisme. J’ai ainsi appris à connaître Abdel Bouhmadi et ensemble, nous avons gravi des classiques tels que le Kilimanjaro ou l’Aconcagua. Plus haut nous allions, mieux je me sentais ! Devenait-il possible que ce second rêve d’enfant puisse un jour se réaliser ? Était-il pensable que 2300 km de vélo sur rouleau, 2000 km de VTT, 700 km de crosstrainer, 350 km de marche nordique avec 17 kg sur le dos, 125 km de nage et 70 heures de grimpe en rocher et en glace - plus encore un séjour en caisson hypobare - durant les derniers dix mois soient suffisants pour accéder au sommet du Gasherbrum II (8036 m) - techniquement pas tellement difficile mais tout de même très éloigné du monde habité et aussi réputé pour son temps très instable ?
Taliban
Je suis réveillé par le passage d’un pick-up équipé d’une lourde mitrailleuse M-16. Les Talibans ont beau avoir été chassés du pouvoir depuis quelques années déjà, ils jouissent encore dans ces régions, avec Al Qaïda, d’un sérieux capital de sympathie. Il y a quelques heures nous roulions encore dans Abbotabad, le dernier lieu de résidence d’Ousama Ben Laden. Les nombreux « check-posts » ainsi que les casernes et patrouilles ne sont pas de nature à me rassurer ; pas plus que la mésaventure essuyée par notre chef d’expédition Tunj Findik au Nanga Parbat en 2013. S’il n’avait été par hasard au camp 2, les Talibans l’auraient tué au camp de base comme tous les étrangers. En route pour Skardu, nous pouvons compter les femmes que nous croisons sur les doigts d’une main et lorsque qu’on en voit une, elle se détourne et ramène son voile sur son visage pour soigneusement éviter tout contact visuel. Quel étrange monde sans femmes.
Je n’en suis pas moins en bonne compagnie. Certains sherpas sont d’ex maoïstes qui à l’âge d’à peine 12 ans étaient déjà en chemin, lourdement armés. Ce ne sont pas des gars facilement influençables. Leurs chefs d’alors sont actuellement des ministres. Il fut un temps où je parlais correctement l’hindi et il apparaît que les rudiments qui me restent sont particulièrement utiles pour capter, tant en urdu qu’en népalais, les récits de combats de nos guides pakistanais et népalais.
Nous rejoignons Skardu après 48 h de bus à travers le Karakoram (Nous avions bien espéré auparavant pouvoir aller d’Islamabad à Skardu en avion). Tandis que le soleil sombre dans l’Indus et couvre d’or les sommets environnants, l’appel du muezzin pour la prière du soir me rend mélancolique. Ai-je peur de ce qui va venir ? Quel est le vrai sens de la vie ? Ce rêve n’est-il pas qu’une futilité ?
Three cups of tea
Nous abandonnons l’Indus pour le tumultueux Braldu. Il n’y a que les jeeps qui peuvent parcourir cette route jusqu’à Askole, une des plus mauvaises mais aussi des plus impressionnantes au monde. C’est une route en perpétuel mouvement, avec de nombreux croisements de rivière, des dizaines de ponts suspendus bringuebalants, des virages escarpés en épingle à cheveux et des parois surplombantes qui menacent à chaque instant notre jeep de basculer dans le vide. Partout où c’est possible, de verdoyantes cultures en terrasses s’accrochent aux parois, témoignant de ces hommes qui veulent survivre ici à tout prix. Le village d’Askole traduit aussi une misère choquante. En visitant une maison, je me rends compte de comment les gens doivent vivre pour résister aux longs mois d’hiver dans des conditions imprévisibles. Un jeune garçon aveugle d’à peine 5 ans court derrière moi et me fend le cœur. Lui donner quelques roupies n’est vraiment pas la solution. Il est la raison même pour laquelle je voulais gravir mon 8000 ici et pas ailleurs. Il y a longtemps, j’ai lu le livre « Three cups of tea » du grimpeur américain Greg Morteson qui fut sauvé par des villageois locaux après sa tentative échouée au K2. Depuis lors, sans que personne ne puisse l’en dissuader et par l’intermédiaire de son « Central Asia Institute », il a pris sur lui de bâtir des écoles dans cette région du Pakistan et de l’Afghanistan. Cet homme a déjà fait davantage pour la paix et le progrès de ces deux pays que toutes les armées occidentales et ONG réunies. Grace à lui, des centaines d’écoles – surtout pour filles – et principalement dans les régions islamistes sont opérationnelles. En cours de route, j’ai eu l’occasion aujourd’hui de visiter une telle école à Hadarabad.
Urdokas
Au quatrième jour de notre trek vers le camp de base, le glacier du Baltoro nous fait l’honneur de sa réputation : rien de plat, montée et descente continue sur des blocs multiformes, pas un instant de stabilité, guère de temps pour jeter un coup d’œil à la ronde sans risquer de trébucher. On en perd le nord dans ce labyrinthe fait de glace, pierres et torrents glacés. Le site du camp n’en est pas moins époustouflant lorsque le soir venu, les nuages se déchirent et laissent apparaître une vue prégnante sur la Cathédrale et sur le pinacle des tours de Trango. Une plaque à la mémoire de 3 Espagnols morts en 2013 sur le Gasherbrum I me ramène à la réalité. Mingwa Temba, un de nos sherpas était dans les parages et me raconte son héroïque intervention au secours d’un membre taïwanais d’une autre expédition qui avait fait une chute entre les camps 4 et 3. En une nuit, ils sont montés du camp de base jusqu’au-dessus du camp 3 pour le dégager. Durant tout ce temps Mingwa ne pouvait s’empêcher de penser à son frère qui avait trouvé la mort au Kanchenjunga lors d’une tentative conjointe. Mingwa n’a que 22 ans et son frère en avait deux de moins. C’est leur choix de grimper mais c’est aussi leur gagne-pain ! La légèreté apparente (car on ne peut parler d’indifférence) avec laquelle on parle ici de la mort d’un ami, d’un collègue ou d’un membre de la famille me va loin. Tout cela en vaut-il bien la peine ? Mais peut-être est-ce ainsi qu’il faut réagir lorsqu’il en va de son propre gagne-pain ou lorsqu’on est grimpeur professionnel.
Deux jours plus tard nous arrivons à Concordia place - ainsi nommée par un explorateur français en référence à son homonyme à Paris; c’est l’endroit magique où se rencontrent les glaciers descendant des sommets les plus impressionnant de la terre : le K2, l’imposant Broad Peak, le Mitre Peak, le Marble Peak, le Gasherbrum IV etc. Du K2, drapé dans un voile de nuage, je ne devine que la base mais le Broad Peak est bien visible. Pas vraiment beau mais vachement impressionnant et écrasant. 8000 m c’est tout de même bien haut ! Et nous sommes bien insignifiants…
Banana ridge
Jeudi 10 juillet, 4h15’, trois semaines après notre arrivée à Islamabad, nous partons Tunj et moi-même accompagnés de notre sherpa Sangay et de 3 autres sherpas pour installer les camps 1 et 2 à respectivement 5900 et 6400 m. Les 3 autres sherpas emportent essentiellement de l’oxygène et du matériel pour nos compagnons chinois qui veulent faire l’ascension d’une traite mais avec force oxygène. Un grimpeur n’est pas l’autre… Jusqu’à 11 h je suis bien le groupe à travers l’impressionnant « icefall » du Gasherbrum et je me vois déjà au sommet… Après 11 h, cependant, la messe est déjà dite ! Depuis 3 mois j’étais gêné par une tendinite au côté intérieur du genou gauche et, dans une tentative d’atténuer la douleur, j’avais in extremis commandé des nouvelles semelles. La suite infinie des raidillons dans le glacier, des crevasses à franchir, des passages en neige profonde avec un sac de 17 kg sur le dos se charge de m’user les pieds à des endroits non prévus, si bien qu’à peine arrivé au pied du Gasherbrum II, je suis envahi par la crainte de l’échec. Tout m’apparaît encore bien plus raide et rude que prévu. Je suis bien curieux de savoir à quoi je ressemblerai demain sur le très pentu « Banana ridge ».
En chemin vers ce Banana ridge la douleur devient insupportable. Chaque pas me brûle la plante du pied. N’en pouvant plus, je retire les semelles spéciales et recouvre mes plantes de pied d’une couche de « seconde peau ». La neige est très abondante ce qui ne facilite pas les choses. Et pourtant la raideur spectaculaire du Banana ridge va être mon salut. Grimper un jour sur corde fixe est bien meilleur pour mes pieds que cet interminable labyrinthe dans le glacier qui n’arrête pas de monter puis descendre. Un coucher de soleil inoubliable sur le cirque des Gasherbrum VI, V, IV, II et I, achève de me redonner confiance. Le panorama me coupe le souffle et pas seulement au sens littéral. Rien que des géants de 8000 m, des paysages de neige inaccessibles, des glaciers suspendus à perte de vue. Le tout constamment en mouvement du fait des nombreuses petites avalanches qui tentent de rétablir le fragile équilibre des pentes de neige.
Une grosse heure nous suffit à redescendre en rappel les 500 m et en à peine 5 h nous rejoignons le camp de base à travers l’Icefall. Nous voilà au moins acclimatés !
Les Chinois « nouveaux riches »
Les quelques rayons de soleil baignant le camp de base estompent les effets du jetstream à 7000 m. Le vent et l’excès de neige forcent cependant l’expédition coréenne qui se trouve à 7300 m à suspendre sa tentative au sommet. Tout le monde se réfugie dans la sécurité du camp de base…à l’exception de nos co-expéditionnaires chinois qui forcent leur sherpas à les accompagner dans une tentative de gagner d’une traite le sommet avec une grande quantité d’oxygène, oxygène que notre équipe avait hissé péniblement aux camps 1 et 2. Non seulement la météo n’a pas l’air très stable mais nous ne nous sentons pas non plus en état de repartir directement. Notre « dame » Chinq ne tient cependant plus en place. Est-ce l’ambition, l’argent, le fait d’être trop gâtée, trop présomptueuse, égocentrique ? Qui sait ? L’équipe est en tout cas divisée, et les Chinois quittent le camp. Ils seront « accompagnés » par trois sherpas qui les tiendront par la main et se chargeront de tout le portage. Leur tentative échoue quelques jours plus tard et nous nous attendons à les voir redescendre au camp 2 car on annonce le retour de nouvelles chutes de neige. Mais le matin suivant, coup de théâtre, les Chinois semblent être toujours au camp 3 malgré les injonctions de notre chef d’expédition de redescendre rapidement. Ou donc se trouve la frontière entre courage et imbécilité ? Pour moi, il y a longtemps qu’elle a été franchie ! Cette Chinq n’en a « rien à cirer » des autres et ne met pas seulement sa vie en danger mais surtout celle de ses sherpas. Sangay décide de les rejoindre avec un sherpa de l’équipe coréenne et 48 h plus tard, tout le monde se retrouve ici en sécurité mais cela aurait tout aussi bien pu mal tourner. L’atmosphère au camp de base avec les Chinois frise le zéro absolu. Tunj Findik, notre chef d’expédition ne veut plus les voir…
Lundi 21 juillet : « fête nationale »
Le temps s’éclaircit enfin après 5 jours de neige sans interruption, et nous décidons de remonter au camp 1 avec les Coréens et les Japonais. L’idée est de grimper ensemble pour pouvoir se frayer un chemin dans la neige profonde à 7000 m. Nous mettons, Tung et moi, tout en œuvre pour qu’on s’active. J’ai cependant le sentiment que la condition n’y est plus vraiment après ce repos obligé. Est-ce l’altitude, l’ennui ou l’atmosphère délétère du camp de base qui me pèse ? On remet donc le couvert à 2 h du matin, ce 21 juillet. Du coup, les Chinois se retrouvent aussi à l’attaque de l’Icefall : veulent-ils vraiment risquer une seconde tentative ? Tunj est dans tous ses états mais moi, plus rien ne m’étonne. Les sherpas n’apprécient pas non plus car ils ont tout redescendu, Chinq ayant laissé entendre deux jours plus tôt qu’elle déclarait forfait. Ils doivent non seulement s’activer « vollen bak » mais doivent, en outre, trimbaler 20 litres d’oxygène, car Madame grimpe avec oxygène à partir de 6000 m ! Nous aimerions bien pouvoir accéder au sommet sans oxygène mais, sans l’aide de nos sherpas aguerris - surtout pour faire la trace - ce n’est pas jouable. Nous portons donc toutes nos affaires personnelles afin de permettre à nos sherpas d’attaquer en pleine forme. Après une heure de progression, je grelotte car avec seulement 3 couches, je me suis équipé un peu léger. Rien à faire, j’ai laissé les autres couches au camp de base pour m’alléger et mon duvet m’attend au camp 2. L’avantage d’une nuit froide est que tout le glacier et la cascade de glace sont durs comme de la pierre. On ne glisse nulle part et les crevasses sont bien visibles. Nous gardons, Tunj et moi, un bon tempo pour nous tenir au chaud et nous retrouvons vite seuls sur le glacier. Le seul problème, la nuit, est de retrouver son chemin dans ce labyrinthe de glace. Vers 6 h je commence à tousser et crains un refroidissement, ce qui risque de sérieusement compromettre mes chances d’arriver au sommet, mais j’aperçois dans le lointain la lumière du soleil descendre sur le glacier, et ça c’est synonyme de chaleur. L’acclimatation a fait son œuvre et nous réduisons de moitié le temps pour atteindre le camp 1, si bien qu’à 8 h du matin nous sommes déjà en train de creuser la neige pour réinstaller notre tente. Nous sommes déjà confortablement installés depuis quelques heures quand Sangay nous rejoint.
Le lendemain matin, Tunj et moi, reprenons la trace de 3 sherpas dans la Banana ridge. Le soleil est vite de la partie et nous fait ramer dans la profonde. Sans sherpa c’est la mer à boire, mais la pente de plus en plus raide (70°) rend précisément l’ascension plus aisée et vers midi nous pouvons déjà fouiller la neige à la recherche du matériel que nous avons laissé au camp 2, recouvert entretemps d’un mètre de neige. Il me faut encore plus d’une demi-heure d’effort pour avoir enfin le plaisir d’enfiler mes vêtements en duvet !
En route vers le camp 3, je peux apprécier les bienfaits du stage de cascade de glace avec Jean de Macar. Il y a là quelques passages à 80 et 90° comme je n’en ai encore jamais rencontrés dans mes expériences de neige et de glace précédentes. Quelle chance que les sherpas de l’équipe coréenne aient placé des cordes fixes jusqu’au camp 3 lors de leur première tentative au sommet. Elles sont cependant enfouies sous une épaisse couche de neige, ce qui ralentit notre progression. Le risque d’être victimes d’une avalanche ne cesse de nous inquiéter mais nous atteignons les 7000 m en toute sécurité vers 14h. Le beau temps demeure et nous apporte une réelle chance d’accéder au sommet. Recroquevillés à quatre l’un contre l’autre nous essayons de dormir quelques heures mais c’est sans grand espoir.
Piolet d’Or
Il est 21 h, la nuit est claire mais glaciale; nous essayons d’enfiler nos godasses et nos crampons. Style direct encore et après une demi-heure, un mixte de glace et de rocher. J’aime particulièrement ces changements de terrain mais clairement pas les Coréens, car après ces premiers 350 m de grimpe, il n’y a plus personne devant nous, à l’exception d’un de leurs sherpas. Juste avant le début de cette attaque en mixte, un instant d’inattention a suffi et je fixe avec horreur, dans le faisceau de ma frontale, mon piolet qui dévale la pente. D’abord doucement, comme s’il voulait me laisser une chance de l’agripper, il prend ensuite vite de la vitesse et disparaît du champ de ma frontale. J’avale de travers et pousse un juron ; Je n’ai jamais sécurisé mon piolet par une cordelette car je trouve que cela gêne les différents mouvements. J’avais bien eu un pressentiment car cette fois, j’avais prévu une sangle de sécurité et un piolet supplémentaire, mais tout ça me fait une belle jambe quand le matériel se trouve 2200 m plus bas au camp de base ! J’essaie rapidement de rationnaliser : se fier à ses seuls crampons et aux cordes fixes pour grimper mais surtout pour descendre est plutôt téméraire. De toute façon chuter ici n’est pas une option. La chance que je puisse arrêter une chute avec mon piolet dans une pente pareille est mince mais j’aimerais tout de même mieux l’avoir ! Assez rapidement, je clos l’incident et me concentre à nouveau. Le lever du soleil est toujours un moment magique mais pour moi, contrairement aux autres, il n’est rien de plus ! Le sommet est encore beaucoup trop lointain. Bien que l’arête sommitale soit à portée de main, il nous faut encore patauger 2 heures dans la profonde pour s’en approcher. Ce n’est que dans la dernière partie avant l’arête que les sherpas se voient obligés de placer une corde. J’étais entretemps déjà devenu un spécialiste de la « boxe de neige ». C’est une nouvelle technique pour conserver son équilibre sans l’aide du piolet. On plonge un bras aussi profondément que possible dans la neige pour éviter la chute. 7 h du matin : nous sommes sur l’arête sommitale. La vue est colossale, tant des montagnes environnantes que de la crête devant nous. J’avais imaginé les derniers 350 m comme une promenade agrémentée de quelques raidillons mais j’étais à cent lieues d’avoir imaginé un tel mur de neige. Maximum deux heures et demie m’avait on dit mais, à la vue de ce qui m’attend, mon courage s’enfonce dans les talons. D’autant que cette année personne encore n’a atteint le sommet. Mingwa, du haut de ses 22 ans, enfile son masque à oxygène et s’engage vigoureusement. En un rien de temps, debout sur ses crampons et arrimé à son piolet, il est déjà 100 m plus haut occupé à installer une corde. Quel courage ! Ca m’impressionne au « plus haut » point ! Les Chinois et leurs sherpas s’y mettent aussi et, un peu en arrière, nous suivons, Tunj et moi. Nous progressons mètre après mètre, en rampant littéralement. Je perfectionne ma technique et n’essaye plus de me redresser. Je m’oblige à faire dix pas à quatre pattes avant de relever la tête et de jeter un œil aux alentours. Et ça marche. Ça me coûte moins d’effort et, tandis que Mingwa cherche une solution pour franchir le dernier obstacle, je rejoins Tunj et les autres à 50 m sous le sommet. Un quart d’heure plus tard nous y sommes ! Quel moment bizarre ; tous ne se félicitent pas réciproquement. On se dépêche de prendre quelques photos et, comme par hasard, les masques à oxygène ont tous disparu : « wat een show ! ». Je ne prends moi-même pas assez de temps pour jouir du moment. Avec 3 Chinois et leurs 3 sherpas, Tunj et moi, plus encore Sangay, nous sommes trop nombreux sur l’espace étroit du sommet. Le succès de l’expédition avec 8 sur 8 au sommet n’en est pas moins total.

La suite de ce périple dans le prochain PMPV

En franchissant l’Indus par un premier pont suspendu, je me retrouve catapulté 15 ans en arrière lorsqu’au volant de ma Tata Sumo,

gasherbrum II