Aller au contenu principal

News falaises - Patagonie extrême

Soumis par Villanueva Sean le mar, 27/02/2007 - 00:00

Par mail, voici le récit de la troisième tentative dans Royal Flush.
“Toilet Flush” dur dur d’avoir les conditions!

Fitz Roy, February 25th, 2007
Yo todos! Petite séance de bloc puis montée au paso supérieur pour l’essai kamikaze dans “Royal Flush”. C’coup-ci on s’est dit : “quoiqu’il arrive, on y va et on essaie”! Le lendemain de notre arrivée au Paso Supérieur, nous partons dans la voie. Une cordée allemande nous précède pour également tenter de libérer la voie. Il s’agit de Stéphane Glowacz et Markus, deux grimpeurs assez forts. Sean commence à s’exciter et me dit : “Mike, on les lâche pas, faut qu’on leur colle au cul!”. Depuis notre dernier essai, le glacier a un peu bougé et de nouvelles crevasses nous obligent à faire quelques petits détours, mais rien d’alarmant! De plus, nous commençons à nous sentir bien en confiance dans la neige et la glace, ça vient, ça vient! Arrivés au pied de la voie, on attendra quelques minutes que les deux allemands commencent à grimper pour y aller à notre tour. Les fissures sont toujours aussi belles, toujours aussi agréables à grimper. Cette fois-ci, ça va beaucoup mieux. Je suis plus affûté et en forme que lors du premier contact. Sean, en pleine forme, enchaînera toutes les longueurs que nous grimperons. Bien, bien! Je tomberai dans la première longueur, assez technique et dans une fissure à doigts assez difficile plus haut. L’ambiance est fantastique comme d’habitude et nous nous sentons en pleine harmonie avec le rocher. On avance plus lentement que les Allemands, notamment parce que chez eux le second monte au“jumar”. Notre style est plus lent étant donné que le premier et le second grimpent la longueur. Ils sont quand même rapides!

Arrivés à la sixième longueur, on les voit redescendre…Aïe aïe, ça pue ça! Stéphane nous expliquera que les longueurs plus haut sont remplies d’eau et que ça coule dans toute la fissure rendant la grimpe en libre presque impossible. Lui, il veut libérer la voie et a donc décidé de redescendre. On décide de continuer pour voir si on peut faire quelque chose. Deux longueurs dans l’eau et nos doigts sont trempés, ridés comme si on sortait de la douche. Pas facile de protéger en plus dans ces fissures mouillées. La longueur suivante est trop mouillée pour que je passe en libre. Tant pis, on y va en « french free » (càd en tirant sur les points pour avancer quand ça passe pas en libre). Je tire la longueur et j’arrive en-dessous du dernier petit toit avant d’arriver à la vire de neige. Là, c’est la douche ! Le temps d’installer le relais et commencer à hauler le sac, toutes mes couches de vêtements sont transpercées. Je suis trempé! C’est là qu’on décide de redescendre. Si c’est déjà trempé ici, ça veut dire que là haut ça doit bien pleuvoir. Merde, c’est dur d’avoir les conditions dans cette voie. Elle porte bien son nom, c’est vraiment un coup de poker ! Rien de grave. Retour au Paso, il fait assez beau. On décide de partir le lendemain pour l’aiguille Poincenot, le beau sommet à gauche du Fitz. Nos amis Suisses viennent de la faire et nous disent que c’est une belle course. 1,5 h d’approche depuis le Paso supérieur pour ensuite attaquer une rampe de neige/glace et mixte d’une dizaine de longueurs (300-400m à 50º/65º). Super! On fera tout en corde tendue car on se sent de plus en plus à l’aise dans ce type d’ascension. On arrive au lever de jour au dièdre à partir duquel commence l’escalade rocheuse. On zigzaguera pas mal dans un dédale de rocher et de neige pour finalement arriver au sommet. Pas facile de trouver son chemin! Le sommet est magnifique ! On a une vue à 360º sur le hielo continental, le Cerro Torre, le Fitz, El Chálten, génial ! Séance photo puis on commence les rappels. Le timing est bon. Finalement, ça prendra plus de temps car nous effectuerons les rappels avec une cordée de trois chiliennes et deux amis qui ont également fait le sommet.

En effet, les trois chiliennes étaient parties dans la voie il y a deux jours et nous n’avions pas de nouvelles depuis. Elles ont bivouaqué à l’arraché dans la voie et ont fait le sommet le lendemain. Elles se sont reposées sur une vire pendant 2h avant de continuer de nuit et sont arrivées au sommet un peu avant nous. Imaginez qu’on les a croisées sur le glacier quand nous partions dans Royal Flush et le lendemain elles étaient encore en action. Un bel exemple de volonté! Bravo les filles! Elles nous proposent de nous laisser passer mais on décidera logiquement de descendre avec elles car elles étaient dans un état proche du végétal et ça devenait vraiment dangereux. De plus, il y en a une qui avait reçu une pierre sur le bras et elle avait le bras dans une écharpe (enfin, une sangle d’escalade) et n’arrivait plus à bouger les doigts. Au moment où nous les avons rejointes, elles allaient descendre du mauvais côté de l’aiguille et se retrouver dans une face déversante de 1000m ! (Et c’en était fini je pense). On leur donnera notre bouffe et un peu à boire, et ensuite quand nos deux amis (qui descendaient du sommet également) nous ont rejoint, on s’est bien organisé pour leur monter les rappels et récupérer les cordes et ainsi gagner du temps. Nous nous sommes retrouvés tous les 7 sains et saufs sur le glacier alors qu’il faisait encore jour. Bien, bien ! On aura eu bien froid étant donné le vent et les mauvaises conditions météo ce jour-là, mais on se réchauffera rapidement au paso supérieur dans les grottes de glace! Les filles descendront le lendemain sans problème jusqu’à El Chálten. Super ! Le lendemain, repos au paso supérieur, profitant du soleil et de la super journée qui s’offrait à nous. Comme le temps était beau, Sean avait encore envie de mettre un push sur le Fitz le lendemain. Quant à moi, j’avais déjà la tête dans les super lignes de Bariloche et valle encantado. Ceci étant, c’était clair qu’il fallait en profiter et j’étais prêt à accompagner Sean dans une dernière tentative. Finalement, tout s’est bien organisé car un de nos amis suisses (Roger) voulait absolument faire le sommet du Fitz et son partenaire de cordée ne montait pas ce jour-là. Ils sont donc partis pour une dernière belle aventure dans le Fitz avant de descendre depuis la brèche des Italiens à cause des mauvaises conditions. Voilà, voilà ! Nous voici de nouveau à El Chálten ! On a descendu le matos étant donné que je pars vendredi pour Valle, yeeah ! Sean reste encore une semaine voir si un dernier créneau lui permettrait de réaliser encore une belle ascension, puis il me rejoindra à Bariloche pour grimper les fissures de Frey. Yes! Let’s go climbing!

Mike et Sean

Quelques nouvelles de Sean et Mike qui se trouvent à l’autre bout de la planète…Conditions climatiques extrêmes, le Fitz Roy se défend bien, tempêtes et neige sont au rendez-vous….