Aller au contenu principal

Au pays des neiges éternelles

Soumis par Disneur Thierry le lun, 20/07/2015 - 00:00

Deux stages consécutifs ont rassemblé anciens confirmés et néophytes compétents. Telle est notre formule « Tous Niveaux ». Si les expérimentés roulent leur bosse à l’aise, les nouveaux ruent dans les brancards. Marco a la dent longue en trekking, Thomas a réalisé 18.000km à vélo (en 3 ans). Benoit et Mikael, potes inséparables malgré la distance (infirmiers en Centre Afrique et Australie) se sont réunis en tandem pour rallier le stage sur un vélo unique. Depuis Louvain-La-Neuve c’est une belle mise en jambes.

Dès le premier stage, premier constat : chouette, il y a encore de la neige. Résultat : cinq écoles techniques rondement menées (nœuds, neige, auto sauvetage, glace, mouflage en crevasse) et 10 beaux sommets dans la foulée. En peaufinant entrainement et acclimatation : Tresenta 3.609 / Grand Paradis 4.061 / Corno Nero 4.322 rive dr / Ludwigshöhe 4.272 faceN / Rocher Balmenhorn 4.167.
Passé le Col de Lys à 4.248, enchainement des grands 4.000 du Grenzglacier : Zumsteinspitze 4.563 faceS / Punta Gnifetti 4.554 et son refuge Margherita le plus haut d’ Europe / Punta Parrot 4.436 et entrainement en arête / Belle finale : Lyskamm Oriental 4.527 par ses fameuses arêtes de neige « à la Samivel ». D’aucuns parmi nos alpinistes aguerris ont opté, le dernier jour, pour la contemplation. Profitant plus longtemps de moins nombreux sommets. Alors que votre serviteur rebondissait de sommet en sommet (abordables et élevés) éprouvant avec joie l’inébranlable motivation de ses nouvelles recrues.

Le second stage fit directement suite au premier, avec des adaptations dues au climat. Les pentes d’attaque du Grand Paradis vite transformées en glace nous ont détournés vers le plateau d’Asino et son arête supérieure équipée en via ferrata d’altitude : itinéraire à conseiller ! La canicule engendra des orages nous interdisant la Tresenta, et à la fin les télécabines (paralysées jusqu’ en début de soirée). Ambiance à tous les étages !

Mikael vous livre ici son impression : texte roulant autant qu’accrocheur, d’un gars rodé sur deux roues et qui se lance sur ses nouveaux crampons. Ecrit cinglant d’un adepte de slack-line. Vous découvrirez plus tard le récit palpitant de Thomas l’intrépide qui a le cœur bien accroché. Il a fait partie du premier stage mais n’apparaitra que dans le prochain magazine fédéral A&A . « Encore beaucoup de nuits dormir ».

Texte de Thierry Disneur, organisateur moniteur… et votre serviteur !

“4527”
Ai-je entendu croasser...? Je suis secoué par Benoit, et réalise en me réveillant que la “grenouille” de Thierry, notre guide et moniteur, a bien sonné. Il est 03h00. Le refuge est silencieux. Petit déjeuner romantique à la frontale, entre trois. Les yeux encore brumeux, baudrier bottines et crampons s’enfilent par automatisme acquis ces derniers jours. Les mousquetons chuchotent entre eux. Le thé dilué fait peu à peu effet, les yeux s’acclimatent et se concentrent sur les compagnons de cordée afin de vérifier le matériel de chacun. “Prêts pour une belle montée les gars”? Le glacier est crevassé. Hop, j’enjambe une faille dont je ne vois pas le fond. Le pas est régulier et sa musique dans la glace nous confirme le rythme. Sans même que l’on s’en aperçoive le soleil éclaire déjà les cimes dans notre dos. Spectacle de lumières. L’ombre en cône de la Pyramide Vincent pointe le Grand Paradis: coïncidence ? Nous y étions deux jours plus tôt. Petite pause au Col de Lys, l’occasion pour un sculpteur d’y mouler sa trace. A l’approche de l’ascension plus technique, le néophyte laisse place au maître en premier de cordée. Cap vers le sommet du Lyskamm Oriental. Bel objectif. Nous voilà soudain perchés sur une arête de neige effilée, et les commandes neurales s’embrouillent : mes jambes tremblent. Je me pose des questions, la sensation est forte. Je suis capable de marcher sur une slack-line sans broncher et là, rien n’y fait. Le vide à gauche, le vide à droite: je m’imagine tomber et emporter mes deux amis de cordée. Je demande de ralentir le rythme et me concentre alors sur ma respiration. Et puis surtout, sur chaque pas. Pied droit, pied gauche, piolet - pied droit, pied gauche, piolet… Mon regard ne s’évade plus, la confiance revient : ouf ! On s’arrête un peu car le mal de tête nous guette. Encore quelques pas et... nous y voilà. Accolade ! La vue est à 360°: Grand Paradis, Mont Blanc, Castor Pollux, Cervin, Dent Blanche, Zinalrothorn, Weisshorn, Monts Roses. Waow ! A la descente mes pensées se laissent aller. Je réalise que j’ai pris énormément de plaisir à ressentir et à surpasser la peur. La montagne est belle, la compagnie d’un bon ami et d’un mono soucieux de transmettre sa passion tout en s’amusant… quel cadeau ! Merci à vous les gars : Thierry, Benoit et le Lyskamm Oriental.

Texte de Mikael Burhin, stagiaire exemplaire…sait y faire !

Cette foutue canicule de juillet 2015 n’a pu réfréner notre appétit de sommets. Si la montagne partout à morflé, nous, on a pris notre pied dans les monts Roses.