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Compte rendu essentiel :
Jeudi 26 juillet 2007 : Montée au refuge
de Crête-Sèche ( 2410m) + école de construction de relais,
pose de coinceurs et friends.
Vendredi 27 juillet 2007 : Pic de la Vierge de l’Aroletta
(2993m)
Groupe 1, Marc et Benoît : Via Oriana (400m, 9L, 5+ max, équipée).
Descente par 9 rappels dans la voie. Groupe 2, Sarah, Thierry, Manu : Via
dell’ amicizia (450m, 12L, 6a+ max/5 obl., équipée). Descente
par 5 rappels pourris en face N jusqu’au Col de l’Aroletta
Samedi 28 juillet 2007 : Bec d’Épicoune
(dénomination suisse) / La Rayette (dénomination valdôtaine),
3531m, par le col de Crête Sèche et le col du Chardoney, puis
par l’arête N (voie normale, PD, I). Retour à Bionaz.
Dénivelée + : 1480 m ; dénivelée - : 2050 m ;
distance : 30,6 km.
Dimanche 29 juillet 2007 : Montée au refuge
Guide d’Ayas (3394m)
Dénivelée + : 1050 m ; distance : 4,5 km.
Lundi 30 juillet 2007 : Castor, 4228m, versant W (voie normale par le Zwillingsjoch,
PD), descente sur le Zwillingsjoch et montée sur Pollux, 4092m, par
la face W (PD+), descente par l’arête SW (voie normale, AD-, III),
descente sur le refuge Mezzalama (3004m).
Dénivelée + : 1725 m ; dénivelée - : 2136 m ;
distance : 9,78 km.
Mardi 31 juillet 2007 : École de glace sur
le glacier di Verra. Descente sur Saint Jacques.
Dénivelée - : 1500 m.
Mercredi 1er août 2007 : jour de pause.
Jeudi 2 août 2007 : Montée au refuge
Quintino Sella (3585m).
Dénivelée + : 948 m ; distance : 4 km.
Vendredi 3 août 2007 : Naso del Lyskamm, 4272m
(face SW, PD+), descente afin de rejoindre la trace du Passo del Lyskamm,
Balmenhorn, 4167m, puis :
Marc et Manu : Refuge Margherita (4554m)
Dénivelée + : 1800 m ; dénivelée - : 770 m ; distance
: 12, 8 km.
Sarah, Benoît et Thierry : Corno Nero (4321m), Ludwigshöhe (4341m),
refuge Margherita (4554m).
Dénivelée + : mieux vaut ne pas savoir ; dénivelée
- : ajouter la dénivelée + du groupe aux 770 m du premier groupe
; distance : 15 km ?
Samedi 4 août 2007 :
Thierry et Sarah : essai au sommet E du Liskamm, 4527m, par l’arête
E (AD). Pyramide Vincent (4215m). Descente sur Gressoney.
Manu, Marc et Ben : Zumsteinspitze, 4563m, par l’arête SE (F),
Parrotspitze, 4432m, par l’arête E (voie normale, F), descente
par l’arête W (PD) sur le Lisjoch et ensuite le refuge Citta di
Mantova (3440m). Descente sur Gressoney.
[Les dénivelées et distances n’ont été indiquées
que lorsque nous disposions d’un relevé GPS.]
Compte rendu circonstancié, voire superflu
:
Certains paysages se retrouvent toujours avec plaisir. Cela est d’autant
plus vrai sous un soleil éclatant. Certains lieux aussi, surtout lorsque
les changements apportés par le maître des lieux sont tels que
le vin coule désormais à flots lors du souper. (Fromage et viande
séchée, eux, n’ont pas changé, heureusement.) Certaines
personnes, quant à elles, se retrouvent avec plaisir, mais aussi avec
un petit goût de crainte : à quelle sauce va-t-on être
mangé ?
À l’évidence, à l’issue du stage premier
perfectionnement de 2007, en Valpelline, je puis répondre sans faux-semblants
que non, notre très cher Thierry (il est) Disneur n’a pas changé,
et cela pour le grand bien du galbe de nos mollets et de la fermeté
de nos cuisses. Comme on pourra le voir, le programme a été
aussi salé que la viande séchée du coin, et, même
si parfois les quatre stagiaires s’en sont plaints, ils avaient tort,
car ils étaient là pour cela !
Si le ratio recommandé de 1700 m minimum de dénivelée
positive n’a pas été atteint tous les jours, il y a à
cela une raison bien simple : certains d’entre nous (les quatre stagiaires
: Sarah, Marc, Ben et Manu, Thierry est bien entendu exempt de tout soupçon
de ce genre), à bout de forces le plus souvent, ont parfois craqué.
Le Castor avec sa superbe mais courte arête sommitale en donne un bon
exemple : après avoir aisément surmonté les longues pentes
neigeuses du plus haut des deux Zwillige, une de nos deux cordées (je
tairai leurs noms) préféra renoncer aux vingt derniers mètres,
impressionnée par les à-pics et les rafales de vent de la crête
ultime. Probablement ne connaissaient-ils pas encore la technique essentielle
du chevauchement d’arête, qui permet à tout un chacun de
se tirer de ce genre de mauvais pas (depuis, on connaît mieux comme
technique : le jeté volontaire du côté opposé à
celui sur lequel le compagnon part pour la grande glissade en vous ayant si
possible préalablement prévenu du côté choisi.
Méfiez-vous des dyslexiques !).
Et, quelques jours plus tard, le mauvais temps permit sans aucun doute à
tout le groupe de sauver la face et d’éviter de recourir à
la technique préalablement décrite en nous forçant à
renoncer aux combien plus aériennes arêtes du Lyskamm, pour mieux
se rabattre sur les plus débonnaires pentes du Naso del Lyskamm, dont
la redescente donna néanmoins du fil à retordre à certains.
Le spectacle du vent tourbillonnant soulevant la poudreuse pour mieux laisser
voir lesdites arêtes à travers la brume nuageuse baignée
d’un soleil d’abord timide puis plus hardi mit un peu de baume
sur les regrets de certains, tandis que la vision du fameux Menschenfresser
(« Bouffeur d’hommes ») dominant la mer de nuages le soir
même depuis le plus haut refuge d’Europe, le refuge Margherita,
combla les autres et effaça chez eux la moindre trace de regret. Mais
avant d’en arriver là, il aura fallu une halte au christique
Balmenhorn et à son bivouac ambiance Mittel Europa, et ensuite qu’une
fois encore une cordée fasse preuve d’une abnégation sans
bornes pour s’enfiler en compagnie de notre « mangeur de montagnes
» successivement la pente de glace miniature du Corno Nero et les pentes
de neige de la Ludwigshöhe (de justesse, ils échappèrent
à l’arête de la Pointe Parrot) avant d’arriver à
la Pointe Marguerite où les attendaient, chope en main (portées
jusque là les bières), les deux autres qui s’étaient
traînés là une demi-heure plus tôt avec une allure
de vieilles mules récalcitrantes.
La cabane Margherita heureusement, nous offrit ce soir-là un coucher
de soleil inoubliable, avec tous les géants des Alpes (depuis le Mont
Viso jusqu’au Weisshorn, en passant par toute la chaîne du Mont
Blanc) pointant leurs cimes puis leurs ombres par-dessus une mer de nuages
et devant un ciel se teignant petit à petit de toute la palette des
couleurs du couchant. Le lendemain, dernier jour du stage, permit à
tous de profiter pleinement de cette espèce de plaine de jeu géante
que sont « les » Mont Rose, les uns filant à la Zumsteinspitze,
pour mieux profiter de la lumière de l’aurore sur la Dufour et
la Nordend, pour un instant figées devant nos yeux telles des tableaux
parfaits, avant d’admirer sur la courte mais jolie arête de la
Pointe Parrot, la succession presque infinie des chaînes italiennes
(jusqu’au golfe de Gênes dit-on) baignées des brumes du
matin ; et les autres se frottant au terrible Lyskamm mais renonçant
pour mieux rebondir sur la Pyramide Vincent avant que tous ne se retrouvent
à la cabane Citta di Mantova, et ne descendent, épuisés,
malgré le programme léger de ce dernier jour, mais heureux de
tout ce qui avait précédé, jusqu’aux terrasses
de la vallée.
Le reste du stage (c’est-à-dire jusqu’à l’ascension
du Castor, mais aussi après, puisque portés par le souffle du
Lyskamm, nous en avons oublié son jumeau Pollux et ce qui s’ensuivit)
avait débuté près de Bionaz, dans la Valpelline, au refuge
de Crête Sèche, où la lutte fut âpre pour protéger
notre pitance des assauts des deux ânes locaux, avant que nous ne nous
lancions dans un petit écolage sur les coinceurs et autres amis. Le
lendemain, sur les conseils du très sympathique gardien, nous nous
sommes lancés dans deux des nombreuses grandes voies de Crête
Sèche qui sont d’ailleurs à conseiller autant que le génépi
du refuge ! Attention toutefois aux coquetteries du topo qui nous amenèrent
à grimper à corde tendue une longueur de V sup. qui faisait
60 mètres et non 50 comme indiqué. Le troisième jour
du stage fut occupé tout entier par l’ascension du Bec d’Épicoune
: départ à 4h, arrivée au col et au glacier à
7h, passage de la rampe rocheuse à 8h, pentes de neige jusque 9h et
chutes de pierres entre 9h15 et le sommet, descente (moins de pierres, elles
avaient déjà roulé), glacier, chamois, caillasse, retour
au refuge, bières vers 16h, descente à la vallée et retour
à Bionaz, lorsque la notion du temps était perdue pour tous
(sauf Thierry) depuis longtemps. Ces 1500 mètres de dénivelée
positive agrémentés de 30 km de marche et de 2000 mètres
de dénivelée négative motivèrent les stagiaires
à demander une grâce pour le lendemain, sous la forme d’une
montée en jeep, afin de quelque peu raccourcir la petite montée
au refuge des guides d’Ayas, d’environ 1700 mètres. Ce
qui fut fait. Heureusement, la journée du lendemain avec l’ascension
du Castor et ensuite de son frère Pollux permit de sauver la face en
retrouvant le rythme de croisière adéquat, quoique décalé
par rapport aux préceptes du genre « Partir et revenir (très)
tôt » : départ à 7h (après plusieurs «
lever – tirer le rideau – se remettre au pieu »), dans les
rafales d’un vent glacial qui nous offrit des conditions de neige et
de regel parfaites jusque tard, retour à 17h après avoir redescendu
les cordes fixes de la section en mixte de Pollux. Et enfin, cerise sur le
gâteau, descente au charmant refuge Mezzalama, d’où nous
partîmes le lendemain afin de jouer un peu sur le glacier (presque)
attenant avant de redescendre en vallée, où une journée
de pause un peu trop complète (la pause, pas la journée) au
goût de certains attendait l’équipe. La suite vous est
connue : montée à Quintino Sella, sous la menace du mauvais
temps, et réveil aux aurores pour constater que les conditions sur
le Lyskamm n’étaient pas celles que l’on espérait.
Lyskamm, spierdalaj !
Et maintenant, comme nous l’avons si souvent répété
dans les chers walkie talkie (accord des noms composés ?) de Thierry,
ce qui a dû perturber plus d’un alpiniste italien ou suisse en
route dans les environs et équipés des mêmes engins, a
vos-ôtes !
Ps : dans le n° 49 de Vertical janvier 2004, un bon article sur les 4000
du Mont-Rose (avec de non moins bonnes photos).
Pps : un ou deux liens sympas : http://www.rifugiocreteseche.it/,
http://www.labatise.com
Emmanuel Oldenhove