

Randonnées au Japon du 27/8 au 21/9/2007
Randonnée d’accord, mais pourquoi au Japon ? En fait ces dernières
années Regine et moi, on avait monté plusieurs volcans au Pérou
et au Chili avec Christophe Lehner et le CAB. On avait aussi fait La Réunion
où on avait eu le spectacle d’un volcan en éruption dont
la lave se jetait dans l’Océan Indien. Bref on cherchait d’autres
volcans à visiter quand on pensait tout à coup au Fujiyama au
Japon. On se renseigne et on tombe sur un guide de Lonely Planet « Hiking
in Japan » (randonnée au Japon).
On décide de faire le voyage à deux, je prends les billets et
Regine promets d’apprendre quelques mots de japonais. En fait en six mois
elle terminera trois tomes d’Assimil et elle continuera avec une japonaise
comme professeur privé. Notre vie professionnelle nous laisse peu de
temps pour la préparation, je lis un peu le guide qui contient la description
de 70 randonnées de 4 heures à 6 jours de longueur et je prends
un Railpass qui nous permet de prendre tous les trains même les Shinkansen
(le TGV japonais) pendant trois semaines. Pour le reste on fera de l’improvisation
sur place.
On arrive fin août à Kyoto, l’ancienne capitale. On prend
deux jours pour visiter, pour faire les achats de gaz, de cartes (tout en japonais)
et de la nourriture lyophilisée (mode emploi en japonais). C’est
un peu déroutant, tout est nouveau, on ne comprend pas grand-chose et
on a du mal à se faire comprendre. On fait une première randonnée
d’un jour dans les environs de Nara, une ancienne capitale au moyen-âge.
C’est très intéressant, des paysages avec de vieux temples
au milieu de champs de riz, mais il fait une chaleur chaude et humide presque
tropicale, il pleut régulièrement et les moustiques attaquent.
Il ne faut pas plus pour qu’on recherche un but en altitude, ce sera le
Haku-San (2702m), une des trois montagnes les plus sacrées. Le train
rapide pour Kanazawa met quelques heures et on arrive au pied des alpes japonaises.
Le lendemain on prend un bus très tôt et à 9h on commence
l’ascension. Il y a pas mal de japonais qui font comme nous, le sentier
est bien aménagé et on arrive début d’après-midi
au refuge à Murodo (2500m) qui peut accommoder 750 personnes ! On laisse
les sacs et on continue jusqu’au sommet. Malheureusement on est dans les
nuages et on ne voit rien. Le soir on a quelque bons contacts avec des randonneurs
japonais, grâce au fait que Regine parle quelques mots de japonais ce
qui est fortement apprécié. On se rend compte qu’on est
les seuls étrangers parmi les quelques centaines de randonneurs qui passent
la nuit au refuge. On sert le repas à 17h et à 19h on éteint
les lumières, nous sommes les derniers au lit, les autres ronflent déjà.
Le lendemain matin quand on se lève à 6h on est de nouveau les
derniers. Il pleut et on descend sous la pluie. Le bus nous ramène à
Kanazawa vers 16h30. La météo annonce du beau temps dans les alpes
du nord pour les deux trois jours à venir et on décide d’aller
faire une randonnée de trois jours dans la vallée de Kamikochi,
haut-lieu des alpes japonaises. Le même soir vers 21h on arrive à
Takayama, la ville la plus proche. Le lendemain on laisse les bagages superflus
à la gare et un bus nous amène à Kamicochi. La première
journée est facile et on arrive à un refuge très luxueux.
Le lendemain on monte le long du torrent de 1500 à 3000 mètres.
La végétation change d’heure en heure. Là haut un
refuge (650 personnes, altitude 3060m) occupe la crête. On commence à
connaître : on mange tôt, on se couche tôt, on se lève
tôt. Le lendemain on monte le Yari-ga-take (3180m), le sommet est équipé
d’échelles. La vue sur les sommets des alpes japonaises est extraordinaire.
On reprend nos sacs et on suit la crête vers le sud. Une section très
aérienne est équipée de nombreuses échelles et chaînes,
c’est le fameux Daikiretto. Le temps commence à changer, la pluie
arrive. Heureusement le granit même mouillé est bien rugueux parce
qu’on doit souvent utiliser les mains. On arrive en fin d’après-midi
à un petit refuge bien sympa, seulement six randonneurs ! On y restera
coincé deux nuits de suite à cause d’un typhon qui passe
sur Tokyo et qui est accompagné de vents violents et de pluies torrentielles.
Il restera à effectuer une descente sous la pluie pour retrouver Kamicochi.
Malgré cela on commence à se détendre et à aimer
vraiment. On apprécie la nourriture japonaise, l’efficacité
de l’organisation surtout des trains et des bureaux d’information
pour les touristes.
On décide de changer de région, on prend le Shinkansen pour Tokyo
et de là le train de nuit pour Sapporo, la capitale de Hokkaido, l’ile
du nord. On prend un deuxième train de nuit pour Wakkanai, la ville la
plus au nord du Japon située en face de l’île russe de Sakhalin.
Puis de là un ferry nous amène à l’île de Rhisiri,
en fait l’île c’est un volcan (1721m) qui émerge de
la mer. On plante la tente au pied du volcan et en un jour on monte et on descend.
On a pris de l’assurance et on décide de faire une randonnée
de 6 jours en autonomie avec tente et nourriture. Ce sera la grande traversée
du parc national Daisetzu-zan situé au centre le l’île de
Hokkaido avec l’ascension de plusieurs volcans dont le Asahi-Dake (2290m)
qui est en encore en activité comme en témoignent les fumeroles.
C’est un paysage très sauvage, mais très beau, l’automne
avec ses couleurs jaune, orange et rouge arrive tôt. C’est aussi
un pays où vivent des ours et comme les japonais nous équipons
nos sacs de clochettes pour avertir les ours de notre arrivée. Finalement
il n’y a que très peu de randonneurs et aucun étranger.
La randonnée se passe bien sauf quelques problèmes avec la météo
: une tempête tropicale qui nous arrose copieusement, mais on commence
à s’y habituer. On termine la rando comme d’habitude dans
un bain public, un onsen, les japonais adorent cela. Les hommes et les femmes
ont des installations séparées mais tout le monde s’y promène
tout nu, on s’y habitue vite, il suffit de regarder comment font les japonais
et de faire pareil.
On rentre ensuite vers Tokyo pour préparer la dernière randonnée,
l’ascension du mont Fuji (3776m) que les japonais appellent Fuji-san ou
Seigneur Fuji. On montera en fin d’après-midi jusqu’à
un refuge situé à 3250m. Le lendemain matin on quitte le refuge
à 3h du matin avec les frontales pour arriver au sommet à 5h,
juste avant le lever du soleil. C’est impressionnant seulement le volcan
émerge d’une épaisse nappe de nuages. On est monté
par la face nord mais on descend par la face sud. Des pentes raides couvertes
de cendres pulvérulentes nous permettent de descendre en faisant de grandes
enjambées. On descend de 3776m à 1400m en quelques heures, ma
montre me dit qu’on atteint des vitesses de descente de 30 mètres
par minute, une expérience grisante.
Arrivé en Europe la propreté, l’ordre et la conduite civilisée
de la population nous manquent déjà. On a aussi perdu quelques
kilos, cela est dû aux efforts mais aussi à la saine nourriture
japonaise : poissons crus, algues, avec peu de sucres et de graisses.
Le Japon a la réputation d’être cher, mais en fait ce n’est
pas plus cher que de voyager en Europe ou aux Etats-Unis, et on peut faire des
économies surtout si on profite des auberges de jeunesse, des refuges
gratuits de Hokkaido et en faisant du camping.
Nous on veut en tout cas retourner au Japon, il reste encore beaucoup à
visiter en particulier le sud. Regine continue donc ses études de japonais.
Regine Armbruster et Eddy Bynens