
Les Hobbits commençaient à être très fatigués. Déjà la nuit remontait du fond de la vallée. Très haut dans l'Est, ils voyaient s'éteindre les derniers reflets rouges du soleil sur les sommets enneigés. Bientôt, ils allaient devoir chercher un campement au milieu des blocs de rocher et des troncs pourris. La perspective d'une nuit sur le sol gelé avec le risque d'être découverts par les Trolls ajoutait à leur désarroi. Frodon qui marchait en tête depuis le matin ne partageait pas ces craintes. A plusieurs reprises, il venait de percevoir un discret signal, un petit signe fugace porté par le vent, l'odeur acre et soufrée du charbon qui brûle. En dépit de son GPS qui ne fonctionnait pas, et du manque de cartes, il savait maintenant qu'ils approchaient du refuge de Welcome Flat Hut.
Ainsi marchions nous sur les pentes des Alpes néo-zélandaises, qui servirent de décor à quelques scènes du film : Le Seigneur des Anneaux. Pas question de monstres crachant le feu ni de précipices qui s'ouvrent sous nos pas, la nature ayant fait des progrès considérables depuis Tolkien. Mais sous un grand ciel bleu et un froid sec d'hiver, nous avons fait une splendide randonnée qui remonte le long de la Karangarua River puis la Copland River vers un col (Copland Pass) et traverse la montagne en quatre jours: la Copland Track.
Question de choix
- Celui de l’hiver austral. Les touristes y sont beaucoup moins nombreux et l’accueil plus personnalisé. La neige couvre les montagnes, ajoutant une dimension supplémentaire aux paysages ainsi qu'aux expés. Certes il y a un risque accru de mauvais temps, mais qui ne risque rien... n'a rien!
- Le choix de faire un voyage mixte: sites et villes touristiques mais aussi montagnes et randonnées. Dans ce cas, pas question d'emporter un matériel important. Si on y ajoute la contrainte du temps, il n'est pas question d'organiser une expédition engagée en altitude dans des conditions hivernales.
Elle commence au niveau de la mer et s'élève en suivant les
rives de la Copland River. La première demi-journée se passe
dans la forêt humide avec lianes et épiphytes dégringolant
le long des troncs entremêlés d’immenses fougères
arborescentes aux allures de palmiers. En bordure du torrent, les cristaux
de givre recouvrent plantes et rochers comme un décor de Noël
dans une vitrine de grand magasin. Peu à peu, des étendues de
hautes herbes rousses s'imposent dans un paysage qui ouvre sur les vallées
glaciaires, et probablement, le Mont Cook..
Refuge de Welcome Flat Hut : accueillant, non gardé avec ce qu'il faut
de charbon pour chauffer un poêle capricieux. Les courageuses se sont
baignées (notez le féminin pluriel) dans les sources chaudes
à proximité.
La deuxième étape conduit au col de Copland Pass, mais nous
avons dû faire demi-tour à Douglass-Hutt avant les premiers névés
faute de temps et d'équipement. Nous aurions pu, par cette voie, descendre
de l’autre côté vers Cook Village avec encore une possibilité
de nuit sous abri.
Frodon et ses Hobbits, qui n'étaient pas à un anachronisme
près et certainement pas des puristes, ont aussi loué les services
d'un guide et d'un hélicoptère pour explorer la vallée
du Fox Glacier. Car il n'existe pas de sentier pour gagner le Dôme du
Chancelor, planté comme une gigantesque proue de navire au milieu d’un
cirque glaciaire. Dépose au niveau du plus vieux refuge du pays, où
nous sommes accueillis par des Kea, perroquets de montagne, tout à
faits inattendus. Il reste quand même 700m de dénivelée
dans la neige durcie pour atteindre le sommet. La vue s'étend sur un
immense cirque où s'accumule la neige tombée des pentes des
monts Cook, Tasman et Lapérouse. De fait le Fox glacier est le trop-plein
de cet immense réservoir ; on comprend pourquoi il descend aussi bas
dans la vallée.
A ce moment-là, le plus beau est encore à découvrir.
Derrière nous, à quelques km (à vol de perroquet), la
mer de Tasmanie tapisse de son bleu profond l'échancrure entre les
sommets blancs. Et rien que pour cet instant nous ne regrettons pas d'être
venus en hiver.
Pierre Bivoit
La randonnée en Nouvelle Zélande
Ce n’est pas encore un sport national au même titre que le rugby,
les All Blacks sont partout, mais c’est quand même une institution
dans le pays. Certaines randonnées sont tellement populaires qu’il
faut retenir longtemps à l' avance son séjour dans les refuges
en été.
La Heaphy Track relie en quatre jours les deux rives de la péninsule
septentrionale de l’île sud.
La Queen Charlotte Track parcourt sur toute sa longueur une presqu'île
dans le détroit de Cook, avec de beaux paysages marins.
La Milford Track relie en 3 à 5 jours du sud au nord de Te Anau par
bateau ensuite par en longeant la Clinton River traversant la Makinson Pass
pour aboutir par la Arthur River au Milford Sound (Fjord en NZ). Impossible
en hiver car les ponts sont démontés !!!
Le Kepler Track est une belle boucle de 4 jours en face de Te Anau qui monte
sur une crête et revient par la rivière Iris Burn. Faisable en
hiver suivant les conditions d’enneigement et de brouillard.
Tout au long de ces pistes, des refuges gardé l’été
assurent l’accueil des marcheurs avec souvent possibilité de
camping. Les refuges sont ouvert et non gardé en hiver sans électricité
et sans chauffage.















