
Aventure dans le grand nord Canadien
Cela fait des années que nous y pensions et des mois que nous nous
préparions. Objectif : La Fleur de Lotus.
Cette superbe paroi de granit est le principal centre d’intérêt
du Cirque of Unclimbables qui se situe dans les Logan Mountains, à
cheval entre le territoire du Yukon et ceux du Nord-Ouest.
Après 3 jours d'un voyage qui nous a transportés de Bruxelles à Vancouver, de Vancouver à Whitehorse et de Whitehorse à Fairy Meadows, nous arrivons enfin en hélicoptère dans le fameux cirque des « ingrimpables ». Il faut dire que la première ville est à 300 km et que le premier téléphone est à 5 jours de marche en traversant montagnes et glaciers. On est donc un peu perdu dans ce coin retiré des Rocheuses canadiennes.
L’ambiance de ces grandes parois de granit est magique et force le
respect.
On se sent vraiment petit face à cette nature brute et sauvage.
Il est tard et le campement est vite installé dans la pleine de Fairy Meadows, à 1h15 de la Fleur de Lotus et à l’endroit même où 26 ans plus tôt une célèbre expédition belge nous a précédé. (Babeth-Lambert-Marc-Michel et Toch)
Lundi 16
La première journée sur place nous fait comprendre qu’ici,
c’est la météo qui dictera notre planning.
Et aujourd’hui, c’est repos car il pleuvra toute la journée.
Nous en profitons pour faire connaissance avec deux compatriotes arrivés
un jour avant nous et que nous avions rencontrés à Zaventem
juste avant de prendre l'avion.
Ils ont profité de leur première journée sur place, alors
que nous voyagions encore, pour placer une corde fixe dans la première
longueur de la Fleur de Lotus encore bien mouillée.
Mardi 17
Le lendemain, le soleil est de retour et nous allons jusqu’au pied de
la voie pour mieux nous rendre compte des difficultés qui nous attendent.
Encore une fois ici, c’est l’eau qui pose problème.
Le dièdre de départ est sous une chute d’eau et il faudra
attendre que cela sèche un peu avant de tenter quelque-chose.
Mercredi 18
Troisième journée, il fait toujours beau. Nous attendons l’après-midi
pour retourner à l’attaque.
La première longueur étant fixée, nous essayons d'ouvrir
la seconde.
Nous ne progresserons que de 8 mètres aujourd'hui tant la roche est
grasse et humide.
Ce fameux dièdre de départ est l'entonnoir de toute l'eau cumulée
sur la paroi.
Et vu la taille du caillou, ce n'est pas en deux jours que ça peut
sécher.
Jeudi 19
Cette fois-ci, nous progressons.
C'est avec une cordée inédite composée d'un membre de
chaque équipe belge que nous arrivons à fixer notre corde au
deuxième relais.
Le moral de tout le monde est au beau fixe. Il nous reste du temps et plus
qu'une longueur à fixer pour pouvoir envisager de faire la voie dès
qu'un jour de beau temps se présente.
Vendredi 20, Samedi 21.
Le morale des troupes baisse car ces deux journées sont très
humides: averses, pluies, nuages...
La fameuse réputation du cirque n'est pas une légende.
Dimanche 22
Après une matinée couverte, le soleil nous pousse à l'attaque
de la paroi.
Pour une journée qui avait commencé tristement sous les nuages,
celle-ci se termine bien car nous fixerons les longueurs trois, quatre et
cinq. La partie la plus humide de la voie n'est maintenant plus un obstacle
vers le sommet. Et c'est le cœur léger que nous rentrons à
notre campement. Il suffira d'un jour de beau temps pour atteindre le sommet.
Lundi 23, Mardi 24, Mercredi 25.
Trois jours passés sous la pluie et les averses avec de temps en temps
une petite éclaircie, juste assez longue pour que nous puissions apprécier
la vue d'un ciel bleu, mais jamais suffisante pour sécher quoi que
ce soit.
Nous passons notre temps à tourner en rond dans les différents
campements : il y en trois maintenant car une équipe de 5 Français
nous a rejoints avec évidement le même objectif que nous.
L'après midi du 25, le soleil est plus présent que d'habitude.
La petite éclaircie devient un grand ciel bleu, un petit vent chasse
les nuages qui se développent sur les faces chauffées.
Il n'en faut pas plus pour que l'espoir renaisse et que nos sacs soient prêts
pour le lendemain.
Trop tard pour nos compatriotes qui doivent rentrer ce jeudi.
Jeudi 26 Juillet 2007
Petit matin parfait pour une grande voie. Pas un nuage dans le ciel. On quitte
le bivouac un peu avant 5h.
Nous sommes suivis de près par les Français.
1h de jumar pour arriver au début de la cheminée. Le temps est
prometteur malgré des passages de nuages dans le cirque. Les cordes
fixes ont bien joué leur rôle car le départ était
encore bien mouillé.
La cheminée à l'ombre est aussi très humide mais c'est
plus physique que technique et ça passe sans problème. Petite
pensée pour Stéphane et Thierry, en entendant l'hélicoptère
qui vient les chercher.
C'est vraiment trop bête pour eux d'avoir raté la voie à
un jour près.
On arrive à mi-hauteur vers 11h. C'est une belle terrasse où
l'on bivouaque quand on fait la voie en deux jours.
Le ciel est bleu et le moral est au beau fixe. Vu de là, le mur final
est très impressionnant. Il se redresse tellement qu'on a l'impression
qu'il devient déversant.










On attaque ces superbes longueurs de fissures et de knobs, ces grosses pierres
noires enchâssées dans le granit. Elles sont longues mais nous
avançons, toujours talonnés par les Français qui, quoique
plus rapides, restent derrière nous. Comportement très correct
de la part des guides qui après tout, sont là pour gagner leur
vie.
Le premier toit est passé facilement. Au cours de la 16ème longueur,
un orage se forme sur les sommets qui nous entourent et on entend le tonnerre
gronder autour de nous. Pourvu que ça tienne encore 1h.
Le second toit est nettement plus difficile.
La tension monte car le ciel se couvre au-dessus de nous et l'orage se rapproche.
La 17ème longueur est à peine entamée qu'il nous tombe
dessus. Un éclair frappe le sommet juste au-dessus de nous.
Les guides Français sonnent la retraite avec un grand "On se casse"
qui ne laisse aucun doute sur ce qu'il y a à faire. Je descends Jacques
qui a à peine eu le temps de faire quelques mètres et nous avons
juste le temps de sortir les vestes et de nous faire rincer. On entame la
descente alors qu'il nous restait seulement 70m à faire. L'orage ne
dure pas longtemps mais suffisamment pour mouiller la face et ôter tout
espoir de sortir au sommet. On rentre au camp à 23h30 sous la pluie
en marchant sur notre moral. Normal, il était dans nos talons.
Il nous reste 4 jours et nous espérons encore...Peine perdue. La face
ne sèchera pas.
On rentre un jour plus tôt que prévu car il a encore plu et ce
ne sera pas sec avant 2 jours.
L'hélico qui devait nous prendre à midi est arrivé à
9h donc avec 3 heures d'avance...Nous n'avions rien rangé et c'est
en 15 minutes que nous bourrons tout dans nos sacs et que nous nous envolons
au ras des montagnes pour éviter les nuages.
On passe tout de même par Inconnu Lodge (base de l'hélico) où
nous sommes très bien accueillis.
Les douches sont chaudes, la nourriture excellente et les lits très
confortables.
Mais comment être objectif après avoir passé 16 jours
sous la tente à manger nos rations quotidiennes.
Au matin, l'hélico nous dépose à la voiture. Donc très
cool retour à la civilisation.
Jacques a rencontré un des guides Français quelques jours plus
tard à Squamish.
Deux jours après notre départ, ils ont sorti la voie, non sans
se faire copieusement rincer à la descente.
La cascade du dièdre des premières longueurs était si
forte qu'ils ont du faire les derniers rappels en apnée sous peine
de se noyer.
Un groupe de Canadiens, arrivé en canoë la veille de notre départ,
a aussi atteint le sommet ce jour-là.
Par contre, deux américains partis plus tard ont été
stoppés au même niveau que nous.
Les jours suivant, beau la journée mais orage le soir. Donc faces mouillées
et plus de tentative possible.
De retour à Vancouver, nous retrouvons épouse, compagne et enfants. De nouvelles aventures nous attendent dans ce superbe pays mais plus calmes cette fois-ci et nettement plus ensoleillées.
Philippe Bertrand