C’est à la dernière assemblée de l’asbl Nunatak
que Michel Lejeune nous présenta son projet de randonnée nordique
en terre de Baffin, à 100km de Clyde river, dans la Stewart valley
et le Sam Ford fjord.
Son but : se faire déposer en motoneige au début de la Stewart
valley pour la parcourir. Remonter ensuite un glacier parallèle dans
l’autre sens, et atteindre un col à 1200m pour redescendre ensuite
vers le Sam Ford fjord. La Stewart valley est dominée de part et d’autre
par des parois granitiques de plus de mille mètres de haut ; c’est
une succession de lacs entrecoupés par les moraines frontales des glaciers
qui y descendent.
Le défi est de trouver les chemins d’accès et de sortie
de la vallée, ainsi que la clé de la montée sur le glacier.
Il faudra ensuite franchir un col et retrouver derrière ce col la route
qui permet, en rejoignant un autre glacier, de boucler la boucle et revenir
au début de la vallée, avant de prendre pied sur le Sam Ford
fjord.
Deuxième projet : bordant le Sam Ford fjord, trône une superbe
montagne que l’on peut atteindre en remontant un glacier : le Broad
peak. Peut-être aurons-nous la chance de fouler ce sommet de plus de
1800 mètres ? Les motoneiges viendraient alors nous rechercher dans
la Revoir valley, après la traversée du fjord.
Un projet assez séduisant pour qu’au moins cinq personnes mordent à l’appât, tous des habitués du Grand Nord. Ils ont connu le Spitsberg, l’Alaska, la Laponie, le Groenland et leurs grandes étendues, la magie du soleil de minuit, les rudes bourrasques du blizzard, l’attrait des paysages minéraux, du jeu fantastique de la neige et de la glace avec les sommets majestueux, du silence à peine interrompu par le bruit de la glace qui craque, du vent sur les toiles ou de leur propre respiration. Car, dans notre civilisation où le bruit est dominant, au travail avec l’air conditionné, les imprimantes ou les photocopieuses, en rue avec le trafic permanent, sur les chantiers encombrés d’engins rugissants, ou dans l’air avec les engins volants, sait-on encore ce qu’est le bonheur de jouir du silence, de « l’absence » de bruit ?
Pour être sûr d’en profiter, nous sommes partis le lundi
de Pâques, après les cloches. Et quoi de plus logique, pour rentrer
à la maison, que de rentrer le 1er mai, le jour de la fête du
travail ?
Ce que je peux déjà vous dire, c’est que la complémentarité
et la solidarité dans le groupe ont joué à fond, que
chacun a eu le bonheur de fouler des sommets enneigés, que le Broad
peak s’est finalement laissé faire, malgré une sérieuse
mais courte bourrasque, et que le GPS a fait des merveilles dans les mains
de Michel, notre organisateur, palliant parfois l’absence de visibilité,
afin de garder ou de retrouver nos traces.
Et quelle joie aussi, que le plaisir enfantin de descendre à skis une
rivière gelée, ou de se laisser glisser sur une cascade momifiée,
jouant des pieds et des mains pour garder l’équilibre !
Quel plaisir enfin, de surprendre, au pied d’un glacier, le jeu de la
lumière sur des plaques translucides, donnant l’illusion de pénétrer
un « palais des glaces » peuplé d’animaux étranges
!
Les images que nous vous livrerons en novembre vous permettront peut-être de partager avec nous ces moments de bonheur, ainsi que de jouir du spectacle grandiose des paysages du Grand Nord. Et surtout, espérons qu’elles vous donneront l’envie de protéger cet environnement si fragile, que nous risquons de perdre d’ici peu, si nous n’y prenons garde.
Yves Raymaekers















