Nous voici enfin au pied du fameux éléphant de Tesnou. Ici,
pas de doute possible, cet imposant massif de 200 mètres de hauteur
ressemble bien à un éléphant. Nous resterons ici 3 jours
et ferons des voies de styles assez différents. Nous installons rapidement
le camp de base et partons directement pour notre première voie : Cham
Nostalgia, 5 longueurs. Selon le topo, c’est une voie « bien équipée
». Expression à comprendre selon les standards en vigueur dans
le Hoggar, car, bien qu’il s’agisse effectivement de belles plaquettes
récentes, l’espacement entre les points est quand même
assez important et il faut parfois compléter avec des friends. Cham
Nostalgia est un superbe dièdre, bien à l’ombre (ce qui
n’est pas pour nous déplaire vu l’intensité du soleil),
et qui se fait à la fois en adhérence et en jouant avec les
fissures du dièdre quand c’est possible. La roche est du granit,
mais de type beaucoup moins adhérent que celui trouvé dans les
Alpes par exemple. Nous progressons à deux cordées, une de 3,
emmenée par Christophe, notre guide estimé, et une autre de
2, Claus et moi. Nous sortons la voie sans trop de difficultés et retrouvons
nos autres compagnons au camp de base.
Le lendemain, nous voici partis dans notre première voie entièrement
sur coinceurs : Éclipse de lune. Pour ma part, c’est ma première
voie en « terrain d’aventure » et je l’appréhende
à la fois avec peur et excitation. Heureusement, les difficultés
sont modérées et je peux me contenter de « seulement »
grimper sur des friends qui ont été placés au préalable
de main de maître par Christophe. Je n’ai donc « qu’à
» grimper en tête, je ne dois pas m’échiner à
placer ces bouts de fer récalcitrants dans les fissures. Malheureusement,
quelque part au niveau de la cinquième longueur, le tracé de
la voie est beaucoup moins évident et, évidemment, pas de clou
pour nous indiquer la direction à prendre. Le chemin qui s’offre
à nous est beaucoup trop exposé et l’heure tourne…
En bon responsable, Christophe prend la décision qui s’impose
et, par une série de rappels, nous rebroussons chemin. Nous arrivons
au camp assez tard, en début de soirée, mais tout de même
fort satisfaits, car même si nous n’avons pas sorti la voie, cette
fois-ci, au moins, nous sommes sains et saufs !
Bernard Joiris
« Sur Tamanrasset assoupie, pèse l’heure de la gaïla (la sieste). Aucun être ne bouge. … L’air est lourd, suffocant ! Une brume de sable voile les montagnes. C’est à peine si l’œil exercé distingue, à l’est, la brèche tranchée au rasoir du djebel Adriane, et, plus près, au nord, la masse cylindrique de l’Iharen, énorme surrection volcanique ourlée de colonnettes de basalte. De l’Atakor n’Ahaggar, on devine dans les lointains bleutés des formes étranges d’aiguilles, de tours rocheuses, de crêtes finement découpées…A travers la brume, le disque solaire au zénith apparaît déformé, aplati, tantôt lointain, tantôt si proche que l’énorme sphère semble tomber comme un aérolithe en fusion sur l’oued aux éthels frissonnants » R. Frison-Roche : La piste oubliée.
Qui d’autre que Frison Roche pourrait mieux décrire aux grimpeurs que nous sommes ce que l’on ressent quand on découvre le Sahara ? Depuis 1 semaine déjà, quelques-uns s’aventurent dans le « bled » et grimpent à Tesnou – 260 km au nord ouest de Tam - (le dôme de l’Eléphant) et à l’Ihaghen – énorme pic de « phonolithe » au nord-est de Tam, et nous attendent à Tissalatine, décrit comme « le plus beau jardin de pierres des environs de Tamanrasset » (à environ 34 km au nord).
A Tissalatine, nous grimperons, en écho aux rochers « chéloniens
» de Frison-Roche, la « tortue », les « clés
de la liberté », « quatre demi-lunes sous la brume »,
« le poids et la mesure » et « Rhinocéros ».
Christophe regardera avec envie le dièdre à droite de «
Rhinocéros », mais dans le timing serré, pas possible
de faire une tentative…
Le groupe comporte 2 ados, Alexis et Axel, dont le niveau d’escalade
n’a rien à envier aux adultes, et qui goûteront avec le
même plaisir, les 3 tournées de thé targui, les plats
concoctés par nos accompagnateurs touaregs, et les repas pris autour
de la « table » : un carré de toile cirée posée
sur des tapis et entourée de matelas. Lebès (ça va) Jacquot
? Premier « rappel » (c’est à dire deuxième
tournée) de soupe, de riz, de couscous, de spaga….
A proximité de l’Assekrem (alt. 2.780m), où l’ermite
nous montre le « dictionnaire français-tamachek » et nous
raconte en quelques mots la vie du père de Foucauld, nous grimperons
le «Dièdre nord » (3 longueurs) de la Sawînan ; la
« Classique » et « Deux croiffants et un affecrem »
au Tizouyag sud (2 voies de 9-10 longueurs), et la « traversée
du clocher des Tizouyag ».
Une semaine qui passe en un temps record ! Il faut déjà plier le camp, rentrer au caravansérail, refaire les sacs pour le retour en avion et prendre enfin une douche digne de ce nom afin d’arriver en Belgique avec un aspect plus présentable. Quelques acharnés iront encore le dernier jour faire quelques longueurs à l’Adriane au lieu de flâner dans les souks de Tam.
Christian Fontaine
J'aime voyager... j'aime la vie nomade et ma première rencontre avec
les Touaregs m'a fait me rapprocher encore un peu plus de ce qui est essentiel.
Mais là-bas, au Sahara, j'ai aussi aimé...
Alexis quand il a dit qu'il allait grimper "à mort!";
Nilufer, à chaque relais, si petite avec son grand sourire complice
et rassurant;
Christian, très patient se faisant poser le cheich sur la tête
par Nilu et qui, une autre fois s’énervait pour une gourde (pas
Nilu !);
Anne qui savourait le pain et le moment de partage au repas;
Francis quand il parlait des étoiles ou déclamait Brel, une
autre étoile bien de chez nous ;
Axel, le soir autour du feu, qui écoutait les devinettes des Touaregs
et qui nous en a raconté une très fine et jolie;
Michel, le super-photographe toujours à l’affût des plus
belles images, qui tente de prendre la pose en caleçon au bord de l’eau
(où çà, où çà ?) pour Internet ;
Nicolas qui tout en appréciant la délicieuse soupe aux saveurs
orientales, buvait aussi parfois un « petit coup » ;














Laurent, aussi silencieux et plein de richesses cachées que le désert
;
Ann(eke), grimpeuse style V.T.T., lorsqu’elle a dansé la danse
du ventre entourée de dégaines clinquantes avec Jacquot venu
nous attendre à la descente de la voie au Tizouyag ;
Christophe, 1er de cordée de haut niveau soulageant aux relais, l’air
de rien, ses pieds meurtris en ôtant sous notre nez ses chaussons tout
en chantant « Ah l’oued… » ;
Michel, le bobologue, mentant avec finesse et son air coquin au contrôleur
des passeports à l'aéroport de Tamanrasset en se prétendant
infirmier et…
Monique pour tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle est et qui
m’a permis de me sentir revivre !
Monique Lepot
Bibliographie :
-"Escalade et randonnées au Hoggar et dans les Tassilis",
Bernard Pierre
et Claude Aulard,1985, ed Arthaud.
- "Escalade au Sahara. Massif du Hoggar." Thomas Dulac, 2005, ed
Thomas
Dulac. ISBN 2-9523566-0-2
Le site web de Th. Dulac
http://www.sableo.com/toposahara.htm
un site excellent pour tout ce qui est itinéraires et témoignages
escalade ou montagne
http://alpinisme.camptocamp.com/guide.html
Le groupe :
- Semaine 1 : Monique, Bernard, Christophe, Claus, et Michel, Nicolas
- Semaine 2 : Anne D., Anne G., Alexis et Axel, Monique B, Monique L., Nilu,
Laurent, Michel N. et Michel , Christophe, Nicolas, Christian, Francis.
Nos guides touareg : Ali, Boujnah, Mohammed (alias Jacquot), Mustapha, Shérif, et Srer.