Voici le récit de ce qui nous est arrivé durant ces 16 jours sans nouvelles... Après avoir quitté notre camp de base sous la tempête, les tentes solidement ancrées, nous sommes revenus à Puerto Natales pour un ravitaillement et donner quelques news.
Le 27 janvier, nous sommes repartis
vers notre camp avancé pour tenter le gros projet de l'expédition
dans le parc : une ligne majeure, en pleine face est de la tour centrale,
ouverte en 1991 par W.Güllich,
K.Albert, B.Arnold, N.Batz et P.Dittrids (7C/A3, 1200m, 36 longueurs, engagement
VII). Lors de la marche vers notre camp avancé, nous nous sentions
vraiment motivés et puissants. Pour la première fois, nous regardions
la face avec le réel sentiment de pouvoir la dompter.
C'était une journée assez venteuse. Dès notre arrivée,
le moral s'écroule à la vue de notre campement dévasté
par la tempête! Nous retrouvons nos 2 tentes arrachées, le matériel
dispersé au vent (vaisselle, caméra, le jarango de Nico, les
vêtements, etc.). Ces tentes, on les avait pourtant attachées
dans des rochers, protégées par des murs de pierre!!!
L'inquiétude et la tension montent...que manque-t-il? Nous reste-t-il
assez de matos pour continuer? Tout est tellement dispersé...pfff....Courageusement,
nous commençons à tout rassembler sous un vent si fort que tenir
debout reste difficile. Le bilan sera relativement lourd: le jarango de Nico
est brisé en morceaux, nos 2 tentes sont irrécupérables,
les vêtements sont trempés, la vaisselle et la nourriture éparpillés
au vent, nos radios ne fonctionnent plus, la caméra est mouillée
et le sac de couchage ainsi que la housse bivouac de Mike ont disparu, envolés.
Plus de 2000 euros de dégâts... PAF! C'est la leçon, le
coup de boutoir droit au cœur... la Patagonie nous apprend.
Dans ces conditions, tenter Riders est-il encore possible? Devons-nous redescendre?
Rester, OK, mais où se réfugier par ce temps, où laisser
le matos?.....Olivier avait trouvé refuge dans une petite cavité
sous un gros bloc de granite et laissé du matos qui n'avait pas bougé.
Seulement, il n'y a pas de place pour 4 personnes. Après avoir cherché
d'autres endroits en vain, nous réalisons que le seul moyen est de
creuser cette grotte pour permettre à 4 personnes de s'y réfugier.
Un nouveau souffle redynamise le groupe. Vaillamment, nous nous lançons
dans l'aménagement d'un nouveau camp avancé : "El campo
belga!" Nous travaillerons comme des taupes pendant 2 jours, à
déterrer des blocs de granite et s'arracher les ongles en évacuant
de la terre pour transformer cette petite cavité en un terrier 4 étoiles!
De plus, Mike obtiendra des gardes du Parc le prêt d'un sac de couchage,
surmontant ainsi un obstacle essentiel à la suite de l'expédition.
Nous voilà bien installés. Pour tout vous dire, notre terrier
nous a paru plus confortable que les tentes.
On prend le taureau par les cornes, on le retourne, et on attaque! YAH! On
voulait vraiment tenter Riders, et le moral est vite remonté. Le jour
suivant, Oli et Seán grimpent les 6 premières longueurs et commencent
à monter les sacs. Cette fois, ça y est, on est dedans! Nous
arriverons 2 jours plus tard au camp13 après une grosse journée
de plus de 24h et avoir halé (hissé) plus de 200 kilos de matos,
nourriture et eau. Le camp 13 est une petite vire enneigée, au-dessus
de laquelle on pourra installer nos portaledge (lits suspendus). Cette première
partie de la voie (les 13 premières longueurs) fût déjà
très alléchante. Chacun a pu s'exprimer dans de belles dalles
en granite, qui offraient des longueurs d'escalade technique et engagée.
Nous voilà isolés et complètement engagés dans
la voie. Nous savons que nous n'avons qu'une chance pour atteindre le sommet,
le point de non-retour est dépassé. Le surlendemain de notre
arrivée au camp 13, le beau temps va permettre à Nico et Mike
d'avancer jusqu'à la dix-huitième longueur.
L'escalade est vraiment extraordinaire et pure. La voie nous offre un panel
de longueurs variées. Tantôt, il s'agira d'un dièdre élargi
aux adhérences délicates sur réglettes franches, tantôt
nous avançons dans des fissures aux dülfers enivrantes, ou aux
"offwith" et cheminées épuisantes. Quel régal!
C'est après 2 jours d'attente d'un bon créneau météo
que Oli et Seán peuvent avancer jusqu'à la vingt-cinquième
longueur, c'est-à-dire la sortie du fameux toit. Cette partie de la
voie (L13jusque L25) est vraiment extraordinaire, quelle chance! Les talents
techniques de Seán et son audace lui ont permis de surmonter une cheminée
rendue presque ingrimpable à cause des coulées de glace qui
s'y étaient accumulées. Oli a pour sa part gravi de très
belles lignes de fissures aux prises pas toujours fiables, ce qui a permis
à nos deux compères d'arriver à la sortie du toit en
fin de journée sous une tempête de neige qui a accéléré
la descente...Bonne journée! Avoir passé le toit signifiait
pour nous que le prochain créneau météo serait celui
du rush au sommet.
La magie d'Internet nous permet de suivre presque en direct les exploits
de Nico Favresse et ses compères Olivier Favresse - Sean Villanueva
et Mike Lecomte au bout du monde....
5 jours pour approcher la voie et monter du matériel...Une bonne
dizaine d'allers-retours entre
l'entrée du parc et le pied de la voie...11 jours en pleine paroi,
11 jours sans toucher le sol...11 jours incroyables...une aventure extraordinaire.
Le 8 février 2006 à 19h31, Oli, Mike, Seán et Nico
arrivent au sommet de la tour centrale du Paine par la voie "Riders
in the storm". On l'a fait! Yeeaaah!!!!!


Sean - Pitch 25 - 7b+

Olivier - Pitch 20 - 7a+

Nico Pitch 21 - 7c



Nous patienterons 3 jours dans
nos portaledge dans le froid, le vent et la neige, jouant aux cartes, fêtant
l'anniversaire de Seán, chantant et jouant de la musique. Chaque soir,
nous allions dormir tôt et nous nous levions systématiquement
à 2h, 4h et 6h du matin pour voir si la météo nous permettait
de partir. Il fallait commencer à se rationner efficacement et combler
le manque d'eau en fondant de la neige. Le 8 février, le réveil
sonne à 2h... le ciel est saturé d'étoiles!


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A 19h31, l'équipe "Patagonia Dreams" au complet est au sommet,
tous sont vraiment heureux d'avoir réalisé un rêve et
vécu cette aventure. La descente fût longue car il fallait éviter
que les cordes ne se coincent trop dans les fissures. Deux fois, nous devrons
regrimper pour aller les récupérer. Nous arriverons au camp
13 vers 2h du matin, harassés mais hyper contents. Le lendemain, on
se réveillera dans le brouillard complet et couverts de neige : c'est
la tempête! vaya vaya! Le jour suivant, le beau temps nous permettra
de retourner défaire les cordes fixes et de savourer à nouveau
les plus belles longueurs...hé, hé.
Nous démonterons le camp et redescendrons le même jour car nous
voulons profiter des bonnes conditions météos. En effet, en
Patagonie ça change tellement vite qu'il vaut mieux y aller carrément
quand il fait beau. La descente en rappel s'avérera plus dangereuse
que ce à quoi nous nous attendions. En effet, nous avons dû descendre
sur des relais peu fiables, alourdis par nos sacs pleins à craquer.
Enfin, nous sommes resté très prudents, et sommes arrivés
soulagés au "campo belga" vers 4h du matin, n'étant
toujours pas certains d'avoir utilisé la bonne ligne de rappels. Encore
une belle grosse journée comme on les aime! En effet, après
la descente en rappel délicate, nous dûmes retraverser le glacier
dans le noir, lourdement chargés par la moitié du matériel,
l'autre moitié étant restée au pied de la voie. Celui-ci
avait tellement bougé durant ces 11 jours d'ascension qu'on a dû
se frayer une nouvelle trace entre les crevasses fraîchement ouvertes.
Cela n'a pas été facile! Après s'être cuisiné
un bon repas, nous
sommes allés dormir à 6h du matin!!. Nous entamerons la descente
le lendemain. Il nous faudra 2 jours pour arriver à l'entrée
du parc et reprendre le bus jusque Puerto Natales, épuisés d'avoir
effectué des allers-retours pour transporter nos hallbags bourrés
de matos. Demain, on se met en route pour El chálten et le deuxième
objectif de l'expé "Royal Flush" au pilier Est du Fitz Roy.
Merci pour votre support! Depuis Chalten
L'EQUIPE PAS D'AGONIE DREAMS
