
Trekking en Patagonie
Le 19 janvier 2004, nous nous envolons pour la Patagonie. Nous sommes 13. Christophe Lehner va nous guider d’Argentine au Chili, du Fitz-Roy aux tours de Paine, par la pampa, les pistes, sous la pluie, dans le vent (toujours), par les sentiers, à travers les lagunes et tout cela dans la bonne humeur, et même quelquefois au soleil !
Après un très long vol - 4 avions dont Madrid/Santiago, 13h
à lui seul - nous arriverons à Punta Arenas, ville chilienne
bordant le détroit de Magellan. Et ici c’est l’été
austral : 18° si on se protège du vent. Celui-là secoue
tout : la nuit les portes claquent, les toits tremblotent, et les bourrasques
font s’envoler les chapeaux. Mais nous quittons la ville le lendemain
avec les 22 cartouches de gaz achetées sur place. Le souci du combustible
est oublié : on n’en manquera pas. Un car nous emmène
vers le nord pour Puerto Natales, ville de tôles et de planches peintes
de couleurs vives s ’étendant au bord de son fjord, au fond duquel
nous apercevons la cordillère. Le vent, encore lui, secoue les enseignes
et semble le seul maître de la ville. Nous nous réfugions dans
un restaurant pour refaire nos forces et goûter le lomo (la savoureuse
entrecôte locale), le congre grillé et, pour les plus affamés
le plat du pauvre : lomo avec des œufs et des frites. Le vin chilien
est plaisant à boire. Nous ne découvrirons le pisco sour (l’apéro
chilien au blanc d’œuf et marc de raisin) que plus tard, grâce
à une initiative de Jean-Michel. Après, plus moyen de s’en
passer. Le soir on se loge chez l’habitant : c’est simple et convivial.
Marc, qui n’avait pas supporté le catering de l’avion,
a récupéré et Nicolas, pas très en forme commence
à se réveiller de temps en temps. Bref, le trekking pourra commencer.
Le jeudi 22 janvier, un car nous attend dès 8 h. Un
superbe arc-en-ciel s’est posé sur le fjord : il peut s’installer
pour des heures, mais c’est signe qu’il pleut. Nous traversons
la pampa chilienne bordée de forêts, très vallonnée,
des lupins multicolores poussent le long des ruisseaux. Arrêt à
la frontière chilienne : contrôle, tampons, paperasse, puis nous
entrons en Argentine où ça recommence. Le paysage a changé
: ici une pampa sèche ondule à l’infini dans un paysage
immense. L’herbe est jaune, les points d’eaux sont asséchés.
Mais il y a beaucoup d’oiseaux, des aigles par deux, des oies nonnettes
et des animaux qui nous sont peu familiers : les guanacos (sorte de lama),
les nandous (petite autruche brune) et des renards. On voit plus rarement
le bétail, les chevaux et les moutons. La piste poussiéreuse
nous mène en vue des grands lacs Argentina et Viedma, résultant
de la fonte des glaciers du campo hielo. L’eau est d’un vert émeraude
vif et se voit de très loin. C’est un panorama admirable qui
s’offre à nous, bordé à l’ouest par le massif
où se trouve le Fitz Roy ou O Chalten (3405ms) que nous espérons
voir lors du premier trekking qui commencera vendredi.
Mais nous sommes encore en voyage et, après une après-midi à
El Calafate, bien approvisionnés, nous reprenons la piste pour arriver
à El Chalten passé minuit. Il y a eu une halte pour croquer
de la tarte et se désaltérer à l’estancia Léona
tenue par des filles très séduisantes. Il a fallu aussi s’arrêter
pour réparer les freins qui chauffaient : occasion de voir un nandou
filer suivi de ses 10 petits. Au loin, le lac Viedma, argenté dans
la nuit qui tombe, est traversé par des rideaux de pluie tombant sur
les montagnes. On se loge à El Chalten passé minuit.
Le vendredi matin les sacs sont pesés et hissés sur les épaules,
car chacun, un court moment, veut sentir leur poids respectif. En minibus
et en jeep, nous remontons vers le fond de la vallée jusqu’au
lac del Desertio pour y pique-niquer. Il fait beau, les eaux sont vertes,
les hêtres de Magellan poussent partout et le contraste est saisissant
entre la forêt- nous ne sommes qu’à 500m- et les glaciers
très proches descendant jusqu’à 700m. Nous allons par
un court sentier admirer l’un d’eux : le glacier de Hemul (nom
du chevreuil en Patagonie). Il est assez petit mais sa langue se perd dans
un lac couleur d’émeraude.
Nous repartons pour le pont sur le rio Electrico et là nous abandonnons
la piste et les véhicules pour prendre le sentier. Plein ouest, par
une vallée ouverte, puis la forêt où j’espère
bien voir un puma, nous marchons lentement vers la Piedra del Fraile et nous
installons le campement près de la petite estancia au bord du rio.
L’endroit est superbe, dominé par le pico Electrico, que Jean-Michel
rêve de faire puisqu’il est transporteur de courant ! Le soir
barbecue sous l’abri –celui qui a abrité l’expédition
du CAB de 1981 deux mois durant- et belle convivialité : les bières
et les briques de vins circulent dans le groupe. Nicolas, Christophe G et
Sophie partagent une tente, tous les autres sont par deux : Régine
et Eddy, Jean-Pierre et Claudine, Josyane et Marc-autre candidat pour l’Electrico,
Christophe (Le chef) et Nausicaa et enfin Jean-Michel et moi-(Jean-Marie).
Le lendemain, samedi, le temps s’est salement dégradé,
mais nous remontons le long du torrent, puis par des barres rocheuses jusqu’au
glacier des Polonais. On se fait durement contrer par de fortes rafales de
vent et il pleut sans arrêt. Le moral ne baisse pas. L’après-midi,
presque tout le monde prendra le sentier du pico Electrico mais la visibilité
est mauvaise : RAS. Belle montée de 1300m. Mais le piolet de Marc n’a
pas servi et personne n’est allé au sommet. Il y a une petite
éclaircie dans la soirée. Nous soupons sous l’abri et
je fais circuler le Lemoncello, monté dans le sac, pour maintenir le
moral. Dans la petite estancia, le soir, j’attaque une mémorable
partie de jeu de dames avec Nausicaa face à un public qui avale des
chocolats chauds devant un poêle rougeoyant, suralimenté par
le patron

Dimanche 26 janvier, les tentes sont démontées
dans la pluie. Nous partons pour le campement Poincenot en face du Fitz Roy.
Le sentier vers le sud se perd dans la forêt. Nous y apercevons de grands
pics noirs à aigrettes rouges qui vont par bandes sous les arbres.
Nous rejoignons finalement l’itinéraire longeant le rio Blanco,
dans la pluie qui augmente et transforme le chemin en rivière. Le vent
est de plus en plus fort et les deux traversées de torrents - il faut
sauter de bloc en bloc dans des rafales de pluie - sont assez délicates.
Jean-Pierre a heureusement repéré les meilleurs passages. Nous
arrivons au campement Poincenot vers 15h. Il fait affreux, on n’y voit
goutte: il faut utiliser le flash pour photographier. Trois tentes sont bien
installées, mais il faut remonter les autres, rapidement inondées,
plus haut sur le plateau, dans des trombes d’eau. Certains n’ont
plus rien de sec : même les vestes en Goretex sont percées et
des chaussures ont pris l’eau. On cuisine sous les tentes sans se voir
ni se parler. Tout autour le vent hurle toute la nuit.
Mais lundi matin, le 26 janvier, il fait beau et on aperçoit même
le Fitz Roy dans la brume. Derrière lui, le campo hielo argentin étend
ses 13.000kms² de glace. A 9h30 les aînés, les trois Jean
(Michel, Pierre, Marie), chaudement vêtus, une barre de muesli en poche,
foncent par le raide sentier vers le plateau supérieur et sont en face
du lac glaciaire en moins d’une heure, pour admirer le mythique sommet
de l’O Chalten ou Fitz Roy. Des averses de pluie et de neige mêlées
ne nous empêcherons pas de contempler les pics effilés qui apparaissent,
fulgurants de lumière, pour être brièvement noyés
dans les averses scintillantes, puis disparaître dans les brumes et
réapparaître encore. C’est un grand moment pour nous, et
quand nous redescendons, heureux, nous croisons les autres qui montent enfin.
Vers 15h, nous sommes en route sous des rafales de vent, par les lagunes détrempées,
le long des lacs Madre, Hija et Nieta et nous installons nos tentes sur une
pente sablonneuse, sous les pins au bord du torrent s’écoulant
du lac Torre. Le soir la pluie tombe à nouveau. Pas de veillée,
le mugissement incessant du torrent et du vent nous berce la nuit entière.
Le lendemain le soleil est de retour. De hardis oiseaux orangés, bleus,
jaunes, roses et vert, gros comme des moineaux, picorent les miettes de mon
triste pain chilien, que je suis forcé de manger à la cuillère
! Un arc-en-ciel s’est installé vers le nord sur le glacier qui
descend du Cierro Torre, l’objectif de la matinée. Nous allons
l’apercevoir durant toute la remontée de la moraine, sous les
bourrasques et la pluie, vers le mirador Maestri. Tout le monde est là,
excepté El Jefe Christophe qui opéré récemment,
a mal à la jambe. On se photographie devant le glacier auréolé
par l’arc de lumière brillant dans la pluie.
Un beau soleil nous accompagne quand nous descendons le sentier dans une pampa
arbustive vers El Chalten. Nous sommes à l’arrêt sous les
arbres, près d’un petit col, quand une troupe de perruches vertes
s’approche en jacassant, puis s’éloigne dans un vol ondulant.
Un peu plus tard nous longeons des gorges, puis nous atteignons vers 16h la
localité, genre Far-West argentin. Ruée de chacun d’entre
nous vers les magasins, les restaurants et autres snacks: nous achetons les
fruits qui nous ont manqué, nous buvons une bonne bière, goûtons
une salade de papas ou une pizza avec un verre de tinto. Ahhh le bonheur !
A 18h un car nous emmène vers El Calafate. Le couvercle, diabolique,
de la remorque que nous avons chargée, s’est rabattu successivement
sur mon crâne puis sur les bras de Christophe et du Jefe. Nous sommes
inquiets dans le car : que va-t-il encore arriver ? Mais l’atmosphère
se détend et Nausicaa fait passer des gobelets et des chips. Nous trinquons,
avec du champagne, dans les cahots, à l’anniversaire de notre
Jefe Christophe. Nouvel arrêt, comme à l’aller, à
l’estancia Léona : on y retrouve les filles et le vin blanc doré
et sec comme un vin du Jura. Je joue à l’anneau avec la brunette
au chapeau : je touche le clou plusieurs fois mais la senorita accroche l’anneau,
lancé adroitement, et retenu par la ficelle attachée au plafond.
Ayayay ! Mais comme nous sommes mariés, elle et moi, chacun de notre
côté, je ne peux prétendre ni à reprendre l’estancia
ni les filles qui vont avec et font si bien marcher les affaires dans ce coin
désolé. Regrets, regrets, le car repart et bien sûr je
suis dedans…Nous arrivons à El Calafate dans la nuit : au dodo,
nous sommes crevés.
Le mercredi 28 janvier, levés tôt - il est
6h15 - nous déjeunons, puis, en route, en car, pour le glacier du Perito
Moreno. Nous longeons le lac Argentina avant d’approcher le site glaciaire,
aménagé pour avoir la meilleure vue, avec des passerelles, des
barrières, et des escaliers en bois. C’est très impressionnant
: on ne peut s’approcher du front - qui fait 5 kms d’une rive
à l’autre – mais on voit l’étendue de sa masse,
alimentée par plusieurs courants. Des icebergs flottent sur l’eau
des bras du lac, et des séracs, gros comme des maisons, se détachent
régulièrement dans un fracas énorme. Un petit bateau
qui évolue devant le front nous aide à en évaluer la
hauteur : entre 60 et 80 m. Les ombres des nuages courent sur toute l’étendue
du glacier et le rendent plus menaçant qu’il n’est en réalité
: nous apprendrons qu’il a commencé à fondre trop vite
car l’été de cette année est anormalement chaud.
Cela se confirmera lors du deuxième trekking au Chili.
Le soir en ville, grande parrillada argentina : on nous y sert à volonté
toutes sortes de viandes et de boudins grillés, et un buffet appétissant
nous tend les bras. Les bouteilles de vin rouge et blanc circulent, nous sommes
décidés à oublier les repas lyophilisés qui étaient
notre ordinaire sur le sentier. Pour ma part je prends de l’agneau grillé,
du boudin, des papas à l’ail, de la purée de carottes
pimentée, de la salade et une excellente compote de poires pour dessert.
Après ce festin, Régine, Nicolas, Eddy, Christophe G et moi
profitons de la nuit tiède avec des cigares et du pisco sec, attablés
à une terrasse de la rue principale.
Le lendemain, après un transfert des bagages en taxi jusqu’à
la gare des bus, nous repartons pour le Chili et Puerto Natales. Nouvelle
journée en car sur la piste. A 14h nous sommes à la pension
Alicia, au bord du fjord. Le soir nous allons dans un restaurant de la plaza
des Armas, pour manger et écouter un gaucho guitariste, beau comme
un dieu, nous chanter des sérénades. Les yeux de toutes les
femmes brillent.
(...suite et fin)
Le vendredi 30 janvier au matin, nous pénétrons
en car dans le Parque national Torre del Paine. Nous partons d’abord
admirer le versant sud du massif depuis le mirador du lago Nordenskjöld,
sur le bord duquel nous pique-niquons. Un autre car nous dépose près
du petit musée du parc pour en faire la visite. La visite parcourt
les salles consacrées à la faune, la flore, la géologie
et la formation des glaciers.
Enfin, chargés des sacs, nous prenons le sentier nord vers le campement
de las Carretas au bord du rio Grey. Le paysage est très différent
de celui de l’Argentine. La vallée que nous remontons est une
plaine d’herbe rousse. De grosses touffes épineuses vert pâle
à fleurs jaunes constituent la végétation au sol avec
les petits arbustes. Les hêtres de Magellan sont plus petits, mais très
ramifiés. Nous voyons des nandous, quelques condors et de nombreux
guanacos. J’espère apercevoir le chat sauvage chilien ou un puma,
mais ils se montrent rarement. Le temps est nuageux avec un fort vent de nord-ouest
mais le soleil brille. La cordillère défile sur notre gauche
pendant que nous marchons tête baissée. Les tentes sont installées,
la cuisine est difficile dans le vent violent, mais il fait assez beau, et
le soir on bavarde près des tentes en admirant la cordillère.
Le samedi, nous continuons vers le nord à travers la prairie sous un
vent furieux jusqu’au refuge du lac Pehoe en vue du Massif del Paine,
dont nous ferons le tour. On distingue bien les tours de granit coiffées
de pics crénelés plus sombres, que je suppose être de
l’andésite. On s’arrête pour manger et boire une
bière. On repart en traversant une petite gorge escarpée, pour
déboucher bientôt en vue du Lago Grey à 500m. Le temps
s’est mis au beau et il fait même chaud si on se met à
l’abri du vent. Le lac, rive gauche, est encombré de gros glaçons.
Vers 16h nous en sommes en vue du glacier Grey. Le refuge du même nom,
situé sur la rive caillouteuse du lac, est atteint vers 17h30. Le front
du glacier est à moins d’un km, séparé par le rognon
du Nunatak couvert de hêtres. Les séracs s’en détachent
de temps en temps et errent sur les eaux du lac furieusement agitées
par le vent. Accompagné de Jean-Michel, je vais admirer un petit lac
de fonte au pied du glacier. De la moraine, nous voyons l’énorme
étendue du campo hielo Patagonia Sur, dont nous remonterons la rive
orientale deux jours durant avant de franchir le col Paso John Gardner, à
seulement 1240m.
Le soir Eddy, Régine, Claudine et les 3 Jean goûtent le Gato
tiré d’un litre de carton. C’est un bon tinto qui a de
la mâche ! On nous sert l’ordinaire du refuge : côte de
porc, patates, salade de chou blanc et tranches d’ananas. On rajoute
du Gato et on va se coucher dans les petites chambres.
Nous sommes le dimanche 1er février. Claudine ne va
pas plus loin, c’était prévu, elle redescend vers le refuge
Pehoe. A partir de ce soir, les trois Jean forment une équipe et partagent
une tente. Nous commençons la remontée de la rive gauche du
glacier Grey par des moraines boisées et des sentiers dans la forêt
de hêtres avec des franchissements acrobatiques de torrents encaissés
et de petites parois par de grossières échelles. Il fait chaud
toute la remontée. A 16h, nous dressons les tentes au campamento Paso
d’où nous avons une vue magnifique sur le glacier en contrebas,
et sur la cordillère, qui ferme l’horizon à l’ouest.
Comme j’ai un peu mal au dos, je n’accompagne pas le groupe qui
descend folâtrer sur le glacier : Jean-Michel y fait sensation pieds
nus avec ses méduses de plage en patinant sur la glace. Je surveille
les tentes : il y a beaucoup de passage de randonneurs qui vont dans l’autre
sens. Occasion pour moi de lier connaissance avec des gens venus d’un
peu partout comme on le fera le soir dans l’abri, près du poêle
allumé car il fait frisquet. C’est le moment aussi de goûter
au Lemoncello, et nous vidons la précieuse gourde entre nous.
Le lundi il fait toujours beau et, levés tôt,
les 3 Jean, prêts à l’heure dite, décident de prendre
le sentier vers le col Gardner sans trop attendre. La montée est raide,
le sentier à peine tracé sous les arbres : il faudra faire quelques
paliers pour décompresser. Puis nous atteignons le pierrier et bientôt
le col est en vue. Nous cassons la croûte avant de le franchir et de
descendre. Comme il y a quelques névés, Nicolas, Jean-Pierre
et moi filons dessus en ramasse pour nous installer plus bas près de
belles sources sur une pelouse où poussent des fleurs qui sentent très
fort la vanille. Regroupés, nous attaquons la dernière partie
de la descente vers le campamento los Perros, par des pentes boueuses et marécageuses
difficiles à traverser, tout comme un large torrent sur des troncs
emmêlés instables. Les tentes installées vers 17h, on
peut penser à soi, prendre une douche, découvrir les richesses
du petit magasin ou même aller voir un glacier proche comme font Régine
et l’infatigable Jean-Pierre. Nicolas offre du vin. On prend donc l’apéro
avant d’attaquer les lyophilisés : bœuf aux nouilles, nasi-goreng,
hachis parmentier…On fait circuler le Gato tinto et tout le monde y
goûte. Depuis le début de ce trekking, Régine, notre médecin,
a beaucoup d’éclopés à soigner. Elle va d’une
tente à l’autre, distribuant les anti-inflammatoires, l’aspirine,
la crème pour les coups de soleil, soignant les ampoules, bandant les
genoux etc. Et, toujours positive elle réconforte et encourage. Et
aussi, Christophe veille à ce qu’on s’entraide en allégeant
le sac d’un marcheur plus fatigué et en s’attendant toutes
les heures.
Le mardi 3 février, nous dévalons vers le
lago Dickson et nous voyons de loin le glacier tapi au fond de la vallée,
ce qui donnera à Jean-Pierre l’envie d’aller le voir de
plus près. Nous déjeunons au refuge Dickson et, après
une sieste sur la pelouse, nous attaquons le raidillon qui nous mène
en vue de la vallée marécageuse du lago Paine, véritable
enfer pour le randonneur qui y campe comme nous allons le faire : c’est
le paradis des moustiques. La pauvre Sophie, qui semble délicieuse
pour ces minuscules insectes en deviendra la proie favorite. IL faut dire
que comme à l’accoutumée elle s’active beaucoup
à l’extérieur : repas, corvée d’eau etc.
Nous tentons d’éloigner les insectes avec beaucoup de feu et
de fumée. Mais l’endroit est splendide et ce soir-là,
quel beau coucher de soleil ! Dés le lendemain il faudra de nouveau
lutter contre ces bestioles qui nous accompagneront jusqu’en vue du
camping Seron. Il fait de plus en plus chaud, nous quittons les pantalons
pour les shorts et, en fin de journée, avant un petit col nous apercevons
Claudine qui est venue à notre rencontre. Nous croisons maintenant
des gauchos qui mènent des cavaliers et des chevaux chargés
de ravitaillement. Nous logeons le soir au refuge des torre del Paine dans
une vallée d’où nous apercevons le glacier du massif.
Le tour est bouclé. Demain chacun fera l’ascension vers les tours
à sa guise. Je décide de m’y rendre seul.
Jeudi le 5 février, il fait beau dès le matin
et il fera de plus en plus chaud dans la journée. Je pars seul et très
léger vers la vallée au fond de laquelle se dressent les tours.
En traversant la petite pampa supérieure déserte et ensoleillée,
j’aperçois un renard qui poursuit un lièvre. Un peu plus
loin, me dirigeant vers le canyon -sans le savoir- j’effraye un guanaco
couché derrière un arbuste. Il détale vers le bas. Plus
haut je tombe sur le torrent encaissé, ce qui m’oblige à
redescendre. Je rencontre Christophe et Nausicaa qui font comme moi. Personne
n’a de carte de la région, mais dès le pont franchi il
suffit de remonter la vallée et de longer le torrent. Par le versant
sud j’arrive jusqu’à un petit refuge et je me ravitaille
en eau. Je continue le long du torrent et dans la forêt de hêtres
ensuite. Je bois à toutes les sources rencontrées. Un peu avant
midi je remonte les blocs du bas de la moraine où Claudine attend Jean-Pierre.
Je le croise qui redescend. A 12h30 je suis devant le petit lac qui me sépare
des trois tours. A l’autre bout du lac il y a une muraille granitique,
et par-dessus, un glacier qui s’accroche à la base des tours.
Les tours sont comme trois colonnes blondes élancées, d’une
verticalité impressionnante. Elles se détachent parfaitement
sur un ciel d’un bleu cru, et l’eau du lac paraît grise
tellement la lumière de midi est brutale. J’entre en conversation
avec le gardien du parc qui est là. Il me prête ses jumelles
pour observer une cordée qui progresse au-dessus du névé
en croissant de la tour sud. Les grimpeurs profitent d’excellentes conditions
: le temps est stable pour quelques jours encore et la réussite de
l’escalade paraît assurée. Après une heure de contemplation
de cette montagne exceptionnelle, je commence la descente, croisant un par
un tous ceux du groupe qui montent dans une chaleur accablante, suivis d’une
interminable procession de marcheurs de toutes nationalités.
En fin de journée tout le groupe est de retour et on reprend les bus
pour le retour vers Puerto Natales. Mais notre bus crève un pneu, et
il nous faut attendre deux heures au bar de la frontière chilienne
qu’une autre roue soit apportée. Nous sommes de retour à
la pension Alicia vers 1h du matin mais beaucoup préfèrent sortir
en ville quand même.
Le vendredi 6 février, départ en car vers 13h30
pour Punta Arenas. Arrêt dans la pampa pour un changement de véhicules
et, entassés dans un minibus, en avant pour la visite d’une colonie
de 10.679 pingouins. On n’en verra que 102 mais où sont les autres
? Arrivés en ville un petit problème de commodités nous
fera changer d’hôtel, mais le soir tout le monde est proprement
habillé- excepté Nicolas qui n’a que son pantalon de randonnée
et fait pitié à voir- pour aller se refaire une santé
dans un restaurant.
Samedi 7 février : journée libre. Chacun voit
la ville à sa guise. Je la visite avec Jean-Michel. Nous achetons aussi
les cadeaux, les souvenirs, nous flânons et visitons deux musées.
Vers 17h le chauffeur, Pablo, nous emmène tout en haut de la ville
et nous prenons les télésièges pour contempler le détroit
et la ville d’en haut. On aperçoit la Terre de Feu au sud et
à l’ouest la cordillère de Darwin à plus de 200kms.
Le soir nous sommes tous installés à une grande table dans un
joli restaurant près du port. L’ambiance est formidable : tournée
de pisco sour, vin blanc et vin rouge, excellent repas. A la demande de Christophe
El Jefe, chacun tour à tour parle de ses impressions de voyage, de
ce qu’il a ressenti au contact des autres, de ce qu’il a aimé.
C’est très positif le groupe est très soudé. Puis
il y a un silence et Josyane forme un petit chœur pour interpréter
une chanson que j’ai écrite et que Josyane a remaniée
et mise en musique sur l’air de ’’Malborough s’en
va t’en guerre’’. La voici :
1)C’est Christophe qui nous mène Par les montagnes et les plaines
D’argentine au Chili
C’est la Patagonie (Bis)
2) La pampa est trop grande On fait le tour du Paine On a déjà
vu le Fitz Le Grey et le Dickson (Bis)
3) L’Argentine on l’a vue Sous des rideaux de pluie En sautant
les torrents Campant à Poincenot (Bis)
4) A présent on patauge Dans les profondes bauges D’une lagune
à l’autre Et toujours au soleil (Bis)
5) On a franchi un col En pensant à la bière A celle qu’on
boira Quand on sera en bas (Bis)
6) Zut ! Il y a les moustiques Et même qu’ils nous piquent Mais
nous sommes stoïques On en viendra à bout (Bis)
7) On termine au Torres On y est tous monté Avec beaucoup de peine
Le trekking terminé (Bis)
8) C’est Christophe qui nous mène On le suivra partout Pourvu
qu’on ait à boire
A boire du tinto , à boire du pisco et du lemoncello
C’est la Patagonie ! C’est la Patagonie…
La suite est plutôt décousue : je m’offre un excellent
cigare cubain, nous allons, à quelques-uns, dans un bar du centre où
nous buvons pas mal de cocktails brésiliens Apeyria. Demain nous prenons
l’avion et, pour Nicolas effondré par sa nuit et son retour à
l’hôtel sur le large dos de Marc, ce sera comme à l’aller
: un peu comateux.
Le dimanche 8 février nous embarquons à Punta
Arenas, sans les deux Christophe et Sophie qui prolongent leur séjour.
Jean-Pierre les rejoindra depuis Santiago et Eddy fera un séjour studieux
dans la capitale chilienne pour y apprendre l’espagnol. Christophe El
Jefe nous accompagne jusqu’à l’aéroport et s’assure
que tout va bien : serviable et professionnel jusqu’à la fin.
Donc nous sommes encore 10 à passer une nuit à Santiago et 8
à embarquer le lendemain pour Bruxelles. Pour nous 8, retour en 5 vols
avec escales à Puerto Montt, Santiago et Madrid comme à l’aller
et en plus à Barcelone avant d’atterrir à Bruxelles le
10 février dans l’après-midi.
C’était une expérience formidable, la Patagonie est inoubliable.
Depuis mon retour en Belgique le souffle incessant du vent et les horizons
infinis me manquent. A tous les autres aussi…










