
22 Août 2007 16h00....Viking à Bénidorm,
Viking à Bénidorm…… Bénidorm c’est
le nom que Stef à donné Au BC
Phil, Stef et moi sommes à présent sous la tente que nous venons
d’installer à 6100m….le vent souffle mais elle est bien
arrimée dans 40cm de neige et avec les pieux fait « maison «
cela ne craint rien…..
Bénidorm à Viking, Bénidorm à Viking, c’est
Roger qui nous répond au talkie-walkie du BC à 4400m…il
nous lance la dernière prévision météo reçue
au BC.
Demain, dernier jour de beau temps et puis le très mauvais temps s’installe….
Peux-tu répéter ? Et dans un silence, comme si le vent avait
retenu son souffle, la confirmation arrive…..Il nous reste un seul jour
de beau temps pour atteindre le sommet…et redescendre !
Très mauvais, c’est quoi ici ?….si c’est comme la
tempête que nous avons subi à 5800m
la semaine passée,….c’est pas bon « dixit Stef ».
Viking à Bénidorm, Viking à Bénidorm ….nous
te rappelons dans deux heures …
Echange de regards et silence.. un seul jour, … après deux années de préparation… !
Quelques heures auparavant nous galérions dans ce mur de 300m de dénivelé
avec cette poudreuse des jours précédents et les sacs à
dos pas « tristes » de plus de
25 kg pour monter le camp 2 pour plusieurs jours afin de pouvoir attaquer
le sommet.
Malgré l’inconfort, mais avec la chaleur retrouvée de
nos duvets nous piquons du nez.
Olà olà ,tiens, une voix ! Je ne rêve pas ? nous ne rêvons
pas, non pas le yeti ici.
La tirette de notre tente est manipulée et après quelques secondes
d’interrogation, une
tête hirsute débouche dans la tente. C’est un alpiniste
de l’expé Iranienne qui nous informe dans un anglais avec des
r qui roulent comme un tonnerre de montagne que leur tente a été
emportée par le vent. Mais sa demande n’est pas complètement
formulée, voyant que notre tente est « vollenbach » comme
on dit à Bruxelles.
Ils devront redescendre.
Nous nous endormons
Le vent nous réveille pile avant 18h00…regards hébétés
dans la tente ….ils nous faut décider et appeler le BC …nous
avions décidé au préalable que Roger monterait seul
au camp 1 à 5300m lorsque nous serions en phase de descente …d’une
dernière tentative pour atteindre le sommet.
Il nous aiderait alors à descendre les deux camps …
Mais comment en sommes nous arrivé là ? Revenons au 7 août
.
Nous étions arrivés la nuit précédente au camp
de base (3600m) après 2 jours et demi de voyage dont 600 bornes de
liaison entre Tachkent, capitale d’Ouzbékistan, et Och, ville
relais au Kirghizstan ; passage de frontière , copie conforme de l’ancien
mur de Berlin, avec barbelés, mitraillettes, etc … et les 300
derniers kilomètres de pistes avec un col à 3600m dans un camion
russe ayant fait l’Afghanistan et le chauffeur aussi . Nous avons néanmoins
pris le temps de goûter au plat national qu’est le « plof
» composé principalement de riz, d’ail et d’un peu
de viande avec beaucoup de gras, accompagné d’excellents melons,
pastèques et pain.
Donc ce 7 août Phil, Stef et moi arrivons au Col des Voyageurs par beau temps. Durant cette montée, Roger ,sans jambes, est retourné rejoindre Chris au BC , conséquence de la tourista, mais ayant tenu à voir ma tête lorsque j’ai découvert le « pavé » de 5kg qu’ils avaient ajouté dans mon sac… !
Immense labyrinthe de crevasses, de crevasses énormes,…. c’est
ce que nous découvrons lors de notre arrivée au col (4100m)
qui sert à la fois de montée d’acclimatation et de belvédère
pour analyser l’approche de la voie que nous voulons tenter.
Après un long examen, nous décidons que nous irons installer
notre BC 2, à 4400m, au pied de la face nord et que de là, nous
attaquerons le Pic Lenine par la voie médiane.
11 août ,toute l’équipe est installée au BC2 avec les 250kg de matos et nourriture. Nous sommes montés en deux vagues les 12 km de liaison avec les porteurs afin de récupérer de la tourista qui règne, sauf Stef qui se la « paie » seulement au BC2 (nous commencions à faire des paris sur sa contraction..). La météo est pluvieuse en début de journée et tourne à la neige au coucher.
12 août ,bloqués au BC2 par le mauvais
temps. L’ambiance est bonne et nous profitons pour glaner des infos
auprès d’autres expés en place. La montagne est fortement
chargée de neige (nous avions déjà reçu des infos
en ce sens fin juin) avec plusieurs départs d’avalanches. Les
discussions vont bon train sur notre voie.
Durant l’après midi nous voyons un porteur descendre vers le
camp de base une silhouette dans un plastic couchée sur son cheval…..
Après inspection aux jumelles de la voie médiane et des avalanches,
nous décidons de partir sur la voie nord ouest, moins exposée….en
principe…..
13 août, 20h30-Chris, Roger et Stef sont de retour du camp d’altitude1 à 5300m. Ils sont exténués. Partis à 6h30 ce matin, ils ont déposé le matos nécessaire au C1 mais n’ont pas eu le temps de monter la tente. Il faut savoir qu’après la traversée des 600 derniers mètres avant la paroi, un champ ascendant de crevasses avec des ponts minés se présente. Puis, ce que nous appellerons le premier mur, une montée à 70° entre les séracs, suivi d’une sorte de rimaye qui prépare un second mur (lequel, lorsqu’on est dedans, n’en finit pas… !). Ensuite vient une sorte d’immense « poêle », et enfin une bonne traversée en dos d’âne pour bien casser les jambes, le tout aux dimensions Gulliver, voilà pour la montée au C1.
14 août –Phil, dit Butter, et moi sommes
arrivés à monter la tente au C1. Après un début
de montée dans une bonne météo, le temps changera. Le
montage du camp sera opéré sous un mauvais temps tel qu’après
avoir dégagé 8m³ de neige, nous nous sommes aperçus
que nous montions la tente en partie au dessus d’une crevasse….hé
! petite de 60cm… Elle y restera cependant toute l’expé.
Dans la descente Butter s’offre une crevasse (bienvenu au club !).










15 août-Tous au BC2, mauvais temps et pelles à neige….Roger est out et Phil, en marmotte.
16 août-Temps incertain, mais Butter, Stef et moi partons avec des gros sacs (certains lecteurs du CAB comprendront que lorsque le Viking dit gros sacs, … !!) Nous comptons monter au C1 avec des réserves de nourriture, puis équiper un deuxième camp d’altitude à +/- 6100m. Nous terminerons l’ascension au C1 sous la neige …tiens!
17 août- Nuit ok, info de Chris au talkie,
une avalanche est partie de +/- 6000m pour finir juste au dessus de la rimaye.
Au départ pour le C2, le ciel est nuageux, mais pas le temps de chauffer
les articulations, le couloir d’ascension est juste derrière
le camp. Ah, il est beau! Une moyenne de 60° et de la neige bien lourde
à gogo!! Par contre, la sortie sur l’arête vous met une
de ces claque…une vue extraordinaire… lorsque les nuages s’écartent…!
Bavante, cette arête! Le vent souffle et nous permet de profiter de
cette vue.
Tiens ! Quelqu’un a touché à l’interrupteur ? En
une demi heure, nous prenons 40 cm de poudreuse et progressons avec une visibilité
de moins de 10m, puis un vent, une sorte de blizzard …pas vu arrivé
! Clic, une ouverture et nous découvrons la pente nous barrant l’accès
au C2. L’altimètre indique 5800m. Il reste un mur de 300m chargé
à mort de neige fraîche, tandis que derrière nous une
autre tempête montre son nez. Nous enneigeons le matériel lourd
avec une balise et descendons rapido au C1, puis BC2.
Ensemble, nous mettons en place le scénario suivant et décidons
que Roger et Chris monteront demain au C1 avec la tente d’attaque pour
y passer la nuit pour acclimatation et après repos, tenter la ligne
droite du sommet avec une cordée d’attaque et une de soutien.
Neige toujours.
18 août-Levés tard, grand beau ! ça
existe ici ? Copieux déjeuner. Phil me colle une urgence médicale
: suspicion de phlébite, SOS télé-médecine avec
Dr Sebastian Spencer par téléphone satellite. OK, anti-inflammatoires
et suivre de près.
Fin de matinée, nous suivons Chris et Roger avec les jumelles pendant
un repas pantagruélique. Ils progressent difficilement. Après
plusieurs communications talkie et encouragements, je leur laisse la décision
du retour.
A 14h30 appel, ils redescendent. A leur arrivée, Chris fait un début
d’hypothermie, 35°C !
19 août- Tous au BC2 - Repos et suivi médical – Heureusement, il fait beau, ça aide. Butter(fly) chasse le papillon (si, si, nous avons des photos…!), match de volley, douche maison, grosse bouffe, tout y passe ! Et préparation des sacs pour Stef, Butter et moi.
20 août- 5h00 - Au lever du jour, nous découvrons
l’explication du vacarme de cette nuit : une avalanche de séracs
est partie de l’arête sommitale à +/-6900m et a labouré
toute la face nord ! A 9h00, par tel satellite, Dr Sebastian donne son feu
vert pour le départ de Butter. Nous arrivons au C1 vers 16h00. La montée
s’est faite par beau temps ! Nous avons quand même galéré
dans le champ de l’avalanche.
21août –Bonne météo –repos
au C1-
Retour au 22 août-La décision est
prise nous redescendrons demain. Tenter le sommet avec encore plus de 1200m
de dénivelé et le risque au lendemain de se trouver ,nous sur
cette arête et Roger seul dans la montée au C1 par très
mauvais temps nous conforte dans
notre décision.
23 août- Il fait beau, mais le vent est fort.
Nous démontons le camp d’altitude 2. Stef ne sent plus ses mains.
Photo souvenir et nous descendons dans la poudreuse. Plus bas, c’est
moi qui ne sentirai plus mes pieds. Après le couloir, nous arrivons
au camp d’altitude 1. Il est 12h30. Chris, par talkie nous confirme
que Roger est cours de montée. Il nous rejoindra effectivement au C1
vers 15h00.
Nous faisons de l’eau, mangeons et démontons le C1. A 16h30,
nous entamons la descente avec des sacs pas tristes, foi de Viking !
24 août –Tous au BC2 . Météo maussade. Au lever, Butter nous fait un malaise passager, appel télé-médecine, faut le descendre. Secouriste de l’équipe je descendrai avec lui au BC1 .Philippe et moi descendons les premiers au camp de base, tandis que Stef, Chris et Roger démontent le CB2 et descendront à leur tour demain avec l’équipe des porteurs. Dans la descente un dernier regard vers cette immense montagne. Il neige au BC2.
25 août –Sommes tous au BC1 ,notre Philippe est à nouveau ok mais très suivi. Nous entamons notre retour.
En résumé, nous sommes revenus tous sains et saufs de cette
expé. Nous garderons un souvenir très fort de cette aventure.
Nous avons vu des paysages inouïs, rencontré des populations très
accueillantes en montagne et pris une bonne claque ! Qui nous donne envie
de repartir. MERCI à toute l’équipe.
Marc, dit le Viking