Le CAB Brabant dans les MONTAGNES DES HAUTS-TATRAS
(Visoké Tatry) SLOVAQUIE août 1994
(from Lolo and Stevo, 10 days in remembrance of their friend Christian
Vanderstichelen)
LA MISE EN ROUTE
1 fille et 5 garçons : Gwen Gallant, Jacques Borlée, Dominique Javaux, Jean-Marc
Riegel, Bernard Tordeurs, André Stoop (le conteur).
J'ai la ferme intention, malgré le petit nombre
de participants, de réaliser le programme proposé pour ces 2 semaines, sans
jamais dépasser le budget fixé (18.000,-frs. demi-pension en refuge et voyage
inclus) Les absents ont eu tort comme d'habitude, le pari est gagné. Nous
sommes des privilégiés sans ... privilèges (pas de subsides de la ligue, pas
de suppliques au matériel auprès des sponsors et pas de bouche-pouf de la
section) L'autonomie financière complète quoi. Cela ne nous empêchera pas
de passer en Slovaquie 12 jours superbes, fertils en émotions (et stress)
, pleins d'exploits et de nouvelles amitiés.
LES HAUTS-TATRAS (largeur +/- 40 kms)
Avec nos regards habitués aux Alpes, cette petite chaîne qui
termine le nord des Carpathes, ne nous impressionne pas trop (un top à 2653
m, le mont Gerlache). Erreur! Cette "petite aventure", dans un granit sombre
à souhait résonnant comme une enclume, sera pour certains "une totale" très
engagée physiquement et moralement. L'équipement en paroi est inexistant ou
alors si peu (un piton rouillé, une vieille sangle abandonnée et délavée qui
cassera à la moindre traction)
LE PROGRAMME
Samedi 20.08 Départ 06h00. 1.200 kms et logement à
Modra
(faubourgs de Bratislava) . Les slovaques sont sympas nous nous sommes paumés
dans Bratislava; un jeune saute dans sa voiture et nous tire sur la bonne
route. 21h00 souper au chalet Zochova avec aubade-violon par un groupe de
tziganes (le piège à D.Marks). LE DICTIONNAIRE A DOMINIQUE.


LA
RENCONTRE.
Lundi 22.08 7h00 pétante. Le bazar à matériel devant le refuge. Franche
rigolade des copains slovaques. Là-bas un principe moins on s'encombre de matos,
moins on protège et plus on sort vite. Bon, donc pas de frontale, pas de couverture
de survie, le minimum. 16h00 Stevo (Mr."no problems") et Bernard nous rejoignent
au sommet (après un VI+ UIAA [+/- TD+]) .
Dimanche 21.08 13h40 arrivée à Poprad (km 1550). Nous débarquons tout notre
barda et parquons les voitures dans le jardin d'un particulier (sécurité oblige).
Bus jusque Stary Smokovec puis crémaillère et quelques mètres de dénivellé plus
loin le chalet Zamkovského (1495 m.) où nous passerons 7 jours. Vodkas, rhum
et piva (bières).
Lolo,
Gwen et moi avons été plus modestes. Enfin ce Kersmarsky stit (pic) cela fait
tout de même une vingtaine de longueur sur 550 m de paroi. Un très (trop) gros
morceau pour notre premier jour. Redescente en caillasse entrecoupée de désescalade
solo en III. Cris pour localiser les 2 autres cordées. Sans réponses. Refuge,
21h00 toujours rien. Stevo repart pour les 2 heures d'approche du Kersmarsky
et revient sans nouvelles. Il est minuit. 2h30 du mat, on tambourine dans le
couloir. Epuisés, voilà Laco, Jacques et Jean-Marc. Pour éviter notre descente,
trop dangereuse dans le noir, ils se sont tapés un petit sommet et un pierrier
sans fin.
Dominique devrait être devant, et donc déjà arrivé. 5h00 on frappe à nouveau.
C'est lui. Ouf! ... Parti seul il s'est trompé d'itinéraire et a dormi quelques
heures sur une dalle de béton de télécabine. Tout se termine bien mais ON
A GRIMPE SOUS LA LUNE.
Mardi
23.08
A quelques 2 heures du refuge une superbe paroi (en exposition Nord-Est) marquée
à gauche au 2/3 de sa hauteur par un énorme pentagone jaune. C'est la Zlta stena
(Yellow Wall) 200m comme nous les aimons dans un temps potable, 8 longueurs.
LA RECRE.
Mercredi 24.08
Journée relâche. Quelques achats à Poprad. Et à 30 kms de là une "ballade" de
5-6 heures dans le magnifique parc national "Slovakian Paradise" (à voir absolument)
. 18h00 piscine olympique de Poprad avec sauna. Et ensuite ... grande bouffe
dans un restaurant typique et excellent (pour une addition incroyable de 2.000
couronnes = +/- 2.200,-frs pour 10 personnes). Encore plus fou ...! pour quelques
dollars, le dernier bus de la ligne régulière, emportant des voyageurs médusés,
se détourne de son itinéraire normal et nous remonte à Hrebienok en pleine forêt.
Une heure de marche nous est épargnée. Nous la mettons à profit pour écluser
dans le noir total, ponctué d'énormes éclats de rire, 2 bouteilles de rhum qui
sortent par miracle du sac de Lolo. SOULOGRAPHIE.

Jeudi
25.08 Objectif le Siroka Veza (Broad Tower) . Un peu plus de 200m en face
Sud. Diverses voies pas trop faciles (5-5+), mais pas de quoi fouetter un chat.
8h30 nous partons du chalet sous un soleil radieux. Approche prévue en 3 heures
et demie. En passant devant le chalet Téryho (2.050m), mon altimètre marque
un bon 2.250 m. Brrr...!, mais le soleil est toujours là. Je redescends avec
Jacques. Méfiez-vous les copains, le temps vire. 3 cordées continuent cependant
l'approche. 3 heures plus tard Jacques et moi à peine rentrés au chalet, le
ciel enfile une robe noir d'encre et soudain une violente tempête de grêle pilonne
les rochers. Qu'est-ce qu'ils doivent déguster en paroi! Accalmie durant 2 heures.
Il doit être environ 17h00, le ciel est plombé, il tombe des cordes comme c'est
pas possible. La petite cascade près de notre refuge gonfle à toute vitesse
et devient torrent. Les nuages s'engouffrent et s'amassent. Grêle à nouveau,
terrible, des oeufs de pigeons. Le vent se lève, mais les nuages s'accrochent.
18h00 seulement et il fait déjà noir. Ce coup ci je suis très inquiet. Ils n'ont
pu se dégager avant la première grêle. Quant à la seconde et la tempête et la
pluie, je n'ose y penser. 20h10, Lolo, Gwen, Stevo et Bernard sont là, trempés.
Ils ont sorti leur voie après la première grêle et 2 ou 3 heures plus tard ils
se réfugiaient au Téryho. Terrible. Les conditions sont pourries. Stéphane (Stévo
qui connaît cette montagne traîtresse) remonte vers le Téryho. Il continuera
vers le départ des voies. Minuit. Coup de téléphone de Stévo. Il a mis 3 heures
et demie pour rejoindre le refuge Téryho qui pour lui est à deux heures de marche.
Il était près de celui-ci et, malgré sa frontale, il a erré un long moment pour
le retrouver. Il dormira là. Pas de nouvelles des autres. Au refuge nous dormons
à peine. Demain à la première heure nous alerterons le secours en montagne.
6h30, Lolo téléphone. Génial,... les amis se reposent au refuge Zbojnicka (un
refuge dans la vallée qui jouxte la nôtre et qui ne dispose que d'un poste de
radio) .

Ils y sont arrivé vers les 2h00, après une série de rappels de fuite (plus qu'osés
sur petits béquets avec cordes gonflées se coinçant sans arrêt, puis descente
dans un dédale d'amas rocheux monstrueux).
Laco,
qui connaît pourtant "sa montagne", avait perdu ses repères et proposait de
bivouaquer dans la tempête en pleine paroi. LE REGARD DANS L'EXTREME, LE
REGARD EN SOI-MEME, YEUX DANS LES YEUX.
Vendredi
26.08 Un temps catastrophique. Repôt et chaleur au refuge. Un slovaque habitant
le Canada débarque avec une bande de copains. Guitare et chansons folkloriques.
Jacques grattera la guitare. JEUX DE SOCIETES.
Samedi 27.08
Lolo nous quitte ce matin. Laco nous a réservé un minibus pour la journée (300,-frs/pers).
Nous visiterons la fameuse ville polonaise de Zakopane, typique, touristique
et superbe. Frontière, contrôles poussés par des agents aux mines patibulaires.
Pas marrant du tout. Une soupe au bortsch et autre plats régionaux nous régalent.
Des achats souvenirs en quantité à des prix incroyables et nous repassons discrètement
en Slovaquie (on croit retrouver l'Ouest! après LA POLONAISE).
Dimanche 28.08
Le plat du jour le Lomnicki stit, un des sommet culminant
des Hauts-Tatras. Il est coiffé par son très célèbre observatoire. 2 heures
d'approche, puis la cabine jusqu'au sommet. Sous le regard effaré des touristes
nos cordées désescaladent "dans le vide" pour atteindre 3/4 d'heure plus tard
une large vire. Une dizaine de longueurs en V-V+ pour remonter à l'observatoire.
Entre les volutes nuageuses une vue extraordinaire se dégage avec intermittence
sur la vallée (Mala Studena dolina) et le refuge Téryho quelques 500m plus
bas. UNE JOURNEE BANALE.
Lundi 29.08
A 7h00 du mat nous devions rejoindre Oleg au lieu dit Sliezky
dom (lever à 4h30) pour entamer l'ascension des crêtes du Gerlach (9 heures
de course) et retour au refuge (+ 3 1/2 heures). La veille, le groupe refuse
une si longue journée. Nous changerons de refuge. Je connais le chalet-hôtel
Cpt. Moravek, c'est plus confortable mais très ancien régime. Enfin, le paysage
y est très beau.
2 ou 3 longueurs pour Stevo et Bernard sur l'Ostrva (et son
profil d'indien à la nuit tombante) et nous au pieds, restons ébahis dans
le plus étrange des cimetières jamais vu le Symbolicky cintorin. Croix bariolées
et mémorials dédiés à tous les slovaques morts en montagne où que ce soit
dans le monde. TRANSFERT POUR MOINDRES EFFORTS.
Mardi 30.08
Une journée idyllique et pleine de soleil. Nous grimperons
la Volia Veza (Bull Tower) . 3 longueurs dans un beau dièdre fissuré, 3 longueurs
verticales en belle dalle plein sud et une soixantaine de mètres pour atteindre
le sommet frontière avec la Pologne. Du gaz coté Pologne (900m d'à pic) et
nous devons désescalader une trentaine de mètres de ce côté là! Les genoux
tremblent. Retour au chalet à 18h00. LA BRONZETTE.
Mercredi 31.08 Jean-Marc va enfin pouvoir grimper avec
le génial Stevo. Ils veulent s'éclater sur les flancs de l'Ostrva. VII-VII+
(6 b/b+ français) avec un équipement pas terrible (un clou pliera lors d'un
rappel de Stevo). STEPHANE C'EST GENIAL. Pour les autres, dernières
promenades et récupération des voitures amenées en toute infraction (parc
national oblige)devant la porte de l'hôtel de montagne. Jeudi 1 et vendredi
2.09 : Un long retour sans problèmes. Bonheur de chacun de relater une fois
encore son aventure, ses peurs, la gentillesse et le dévouement des amis slovaques.
Regards rêveurs où se rebobinnent les images que nous ramenons avec nous.