
Un
fameux tour de Rhin
C’est
un itinéraire qui empruntait largement le « Rheinhöhenweg » (Sentier
des Crêtes du Rhin) que Jean-Luc nous proposait ces quatre jours du week-end
du 1er mai, au pays de la Loreley.
Son briefing d’avant départ ne variait guère de matin en matin. Le doigt sur la carte, il expliquait :
« Nous allons d’abord monter là, puis nous redescendrons ici, dans
ce vallon ; ensuite nous remonterons par ici pour redescendre par là,
jusqu’au niveau du Rhin ». Et
puis… mais vous devinez la suite. A
quoi servent les courbes de niveau si ce n’est à être franchies ? S’il faut en croire l’altimètre, la journée
du vendredi, longue de plus de 25 kilomètres, nous a valu 950 mètres de
dénivelée positive.
Je ne sais si notre guide avait prévenu la municipalité d’Oberwesel de notre
arrivée. Toujours est-il que nous
fûmes accueillis par un feu d’artifice qui se terminait par un bouquet que
même une capitale européenne pourrait envier.
Mais était-ce en notre honneur ou parce que c’était la fête du vin ? La confortable auberge de jeunesse (à voir
l’âge moyen des personnes fréquentant ces auberges, il se confirme que « la
jeunesse n’a pas d’âge ») qui nous accueillait n’avait qu’un seul défaut,
celui de capter à merveille le bruit des trains passant toute la nuit en
contrebas (une ligne sur chaque rive du fleuve) qui se répercutait d’une
colline à l’autre dans cette vallée en U, ces trains allemands ayant eux-mêmes
un gros défaut : ils sifflent.
C’était
le mercredi. Le lendemain, nous
entamions notre marche. Je ne sais
pas si notre guide avait, comme on dit en Wallonie « offert des œufs
à Ste-Claire » mais alors que nous avions fait la route depuis la Belgique
sous le déluge, nous avons pendant nos randos, oublié jusqu’à l’existence
de la pluie. Si le ciel était maussade
le premier matin, le soleil a bien vite voulu être de la partie et nous
a suivi dans toutes nos sorties.
Je
ne vais pas vous détailler chaque journée, car si je vous parle de nos émerveillements
(le mot n’est pas trop fort) sachez qu’ils étaient quotidiens.
Imaginez la lente montée (lente en tous les cas pour votre serviteur),
le plus souvent en forêt (superbes forêts où dominent les feuillus en essences
mélangées) et, au moment où on se demande (en tout cas votre serviteur)
si elle finira jamais, la sublime récompense, le débouché sur la crête,
devant un panorama à vous couper le souffle (celui de votre serviteur était
déjà bien entamé). A vos pieds, le large ruban ondoyant du Rhin,
scintillant au soleil, arpenté de chalands. Sur l’autre rive, un bourg aligne ses maisons blanches autour d’un
clocher. Et vous tenez votre revanche
sur le train qui vous avait empêché de dormir ; il passe à 300 mètres
sous vos pieds, minuscule, comme un ridicule jouet d’enfant. Dominant le bourg, un château-fort, admirablement
conservé ou restauré, monte une garde désormais inutile. Plus haut encore, la colline est escaladée
de bois et de vignes. Vers le sommet,
ce sont les prés et les cultures qui prennent la relève, piqués de villages,
damassés de champs de colza affichant fièrement la couleur, en une ondulation
légère qui conduit le regard jusqu’à des kilomètres. Avec là-dessus, le plus souvent un ciel bleu qui semblait importé
tout droit de la Méditerranée.
Et
il y avait, printemps oblige, l’émerveillement des fleurs sauvages. L’aubépine mettait partout sa note blanche,
nous enivrant de son parfum. Moins
massifs, les genêts se poussaient du rameau pour se faire remarquer. Sans oublier toutes ces humble fleurs au niveau
du sol : les stellaires en tutu blanc, vraies reines en ce pays, les
véroniques, les violettes, les chélidoines et bien d’autres. Et en quelques endroits, contrastant avec cette
humilité, l’orgueilleuse orchidée, sûre de sa beauté, consciente de sa rareté,
se haussant du cou au dessus de la végétation environnante.
Mais est-ce que notre guide pu, comme nous, saisir toutes ces merveilles
dans leur totalité ? Soucieux
de ne pas égarer son troupeau, il avait, me semble-t-il, plus souvent les
yeux sur sa carte que sur le terrain. Mais
au moins entendait-il, autre émerveillement quotidien, le joyeux concert
que ces centaines d’oiseaux, ivres de soleil, nous donnaient chaque matin.
Je
n’aurait qu’un seul blâme, celui que j’adresse au curvimètre de Jean-Luc
qui avait mal choisi son jour pour se mettre en grève. Par contre, je n’aurai que des félicitations pour Monsieur Météo
et, bien entendu, pour notre guide. Mais
je ne veux pas être trop louangeur à son égard, car on pourrait m’accuser
de népotisme. Aussi ne signerai-je
pas Marcel B….., mais simplement ….
Moineau
P.S.
Le Sentier des Crêtes du Rhin s’étire sur 500 km. A quand la prochaine étape ?