
ZANSKAR

Inédit et ambitieux, le projet de François Promel était
de gagner le Zanskar par le chemin du Jumlam et de le quitter par le Tchadar.
Toutefois, des chutes de neige importantes dans la région de la Markha
ont incité Sonam, notre guide, à modifier quelque peu notre
itinéraire pour augmenter nos chances. Nous allons donc rejoindre le
Jumlam à Tiled Sumdo en remontant la vallée de la Khurna. A
la fonte des neiges, cette rivière devient torrent et balaye la vallée.
C’est donc un itinéraire vierge, sauvage et préservé,
dont nous aurons la primeur…

Les porteurs ont déposé leur paquetage sur des claies qu’ils
traînent derrière eux : quatre bouts de bois, une ficelle et
deux tubes de caoutchouc noir pour les patins. Ils ont « le pas Tchadar
» et patinent gaiement. Difficile de savoir ce qui leur passe par la
tête. Ce soir en tout cas, ils feront la fête : des grottes, une
météo clémente et de grands feux de joie.
La vallée de la Khurna, affluent du Zanskar, nous offre une grande variété de reliefs et de terrains : tantôt large et coupée de méandres que nous traversons à gué, les pieds et les mollets transis de froid dans nos sandalettes de plage, tantôt étroite et barrée de rochers où chercher l’itinéraire le plus sûr n’est en rien évident. Couverts de neige, les blocs glissent comme des toboggans : André parti bille en tête vers une énorme marmite glaciale est rattrapé au vol par Catherine, qui glissera quelques mètres plus loin. Mes fesses tâteront également de la glace deux minutes plus tard et un porteur prendra même la température de l’eau : tous trouveront cela très amusant.


Guide, cuisiniers et porteurs
Notre guide a longuement préparé notre voyage. Pendant l’été,
Sonam a fait le tour des villages pour recruter nos porteurs et cuisiniers
et effectuer des dépôts de nourriture. Les villageois zanskaris
vivent en effet de leurs récoltes et de leurs bétail : ils n’ont
quasiment rien à vendre et le commerce est inexistant. La situation
est différente à Padum, chef-lieu du Zanskar, relié à
Kargil durant l’été par une piste de 232 kilomètres.
Adultes et d’origines modestes, nos porteurs parlent le ladakhi et
l’hindi – les enfants qui vont à l’école apprennent
également l’anglais. Ils sont prévenants à notre
égard et nous essayons de leur rendre la pareille : nous partageons
le thé, les biscuits, les en-cas et pour Marc, les bâtons de
marche. De temps en temps, Jean-Michel les égaie aussi d’un petit
tour de magie. Tous les matins, une loterie est organisée pour le portage
: les porteurs reçoivent ainsi chaque jour un paquetage différent
de la veille.
Levé à 6h30 dans le froid intense et le vent. Tente repliée. Départ en raquettes. Jamais marché avec ce genre d’engins. Les débuts dans la neige profonde sont éreintants. Il neige abondamment et le vent souffle en rafales dans des défilés étroits. L’altitude m’essouffle et ma bronchite s’intensifie.
Arrivé à 12 h sous le col pour le lunch, nouilles à satiété. Une heure de pause et ça repart en raquettes (commence à m’y faire). La pente s’accentue et vers 15 heures enfin, arrivée au col Charchar La sous le soleil. Les porteurs nous font la fête, François et Sonam accrochent au stupa du col des drapeaux de prières qui claquent au vent.
Altitude selon Marc : 5.132 m. Altitude selon Jean-Michel : 4.970 m.
Nous descendons dans l’euphorie l’autre versant, abrupt et dangereux.
Prends des gamelles. Nous avalons 1.200 mètres de dénivelée
jusqu’au campement. Il fait très froid, -10°C. Nous préparons
le terrain Marinus et moi pour monter la tente : nous sommes frigorifiés.
La nuit est claire et la fin de nuit très froide (-15°C). Au matin,
les chaussons sont en bois…
Aujourd’hui et demain, nous logerons chez l’habitant. Les demeures
zanskaries sont vastes et rectangulaires, faites de briques crues et de bois
de peuplier pour la charpente et le toit. En hiver, la famille se retranche
dans la pièce la plus chaude, habituellement la cuisine au rez-de-chaussée
: une pièce centrale sans fenêtre, entourée d’étables.
Nous investissons les pièces d’été, à l’étage
: lumineuses, pauvrement meublées de quelques tapis et tables basses.
Pour y accéder, nous traversons la cour où des mangeoires sont
pratiquées dans les murs pour les repas du yack, des dzos (croisement
du yack et de la vache), des ânes et des chèvres. Les petits
de l’année prennent le soleil sur le toit, où l’on
entrepose et fait sécher le fourrage et le bois. Cet endroit est pour
eux la meilleure protection.


Tinle, notre « maître d’hôtel », nous apporte le thé du matin dans la tente. Le soir, c’est lui qui dirige le rituel « mains propres » avant le repas, avec savon, eau fraîche et serviette. Chez l’habitant, il veille à notre confort et alimente le poêle en combustible : bois, racines ou bouses de yack arrosées de kérosène.
Nous visitons le couvent de Zangla, où chaque nonne s’affaire à déblayer du toit de sa maison la neige accumulée. La plus vénérable a besoin d’aide : l’excuse est imparable et j’échappe ainsi à la visite culturelle. Nous découvrons le thé salé au beurre et oublions bien vite cette expérience dans une bataille de boules de neige contre les nonnettes. Le soir, nous buvons du tchang (bière d’orge légère, sorte de panaché à l’arrière-goût fermenté) en applaudissant une démonstration de danses et de chants folkloriques improvisés par les filles du village, coiffées chacune du superbe perak de leur mère.
[à suivre] ....